L’Azerbaïdjan interdit le voile islamique à l’école et provoque la colère de la Turquie
Pays à majorité musulmane mais constitutionnellement laïque, l’Azerbaïdjan durcit ses règles vestimentaires dans les écoles, visant notamment le voile islamique. Une décision qui suscite la colère des milieux conservateurs turcs et met en lumière les divergences croissantes entre Bakou et Ankara.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
L’Azerbaïdjan interdit le voile islamique à l’école au nom de la laïcité. Une décision qui provoque la colère en Turquie et ravive les tensions entre alliés.
L’Azerbaïdjan entend faire respecter la laïcité jusque dans les salles de classe. Depuis le 21 septembre, les autorités imposent de nouvelles restrictions vestimentaires dans les établissements scolaires, interdisant les vêtements qui contreviennent à l'uniforme obligatoire ou au principe de laïcité. Une mesure qui vise notamment le port du voile islamique, rapporte Courrier international.
Cette décision a provoqué une polémique après la diffusion d’une vidéo montrant deux écolières en pleurs, auxquelles l’accès à leur établissement aurait été refusé parce qu’elles portaient le voile.
L’Azerbaïdjan, pays de tradition musulmane chiite, revendique de longue date une identité politique laïque. Cette orientation le rapproche d’autres anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, comme le Kazakhstan, l’Ouzbékistan ou le Turkménistan, où les autorités encadrent également les manifestations religieuses dans l’espace scolaire.
Erdogan dénonce une atteinte aux droits fondamentaux
La controverse a rapidement gagné la Turquie, pourtant l’un des plus proches alliés de Bakou. Le 22 septembre, lors d’un discours aux Nations unies, le président Recep Tayyip Erdogan a dénoncé les interdictions du voile dans les écoles de certains pays, les qualifiant d’atteintes aux droits fondamentaux.
Le 3 octobre, des manifestants se sont rassemblés devant le consulat d’Azerbaïdjan à Istanbul pour protester contre la mesure. Une organisatrice a notamment affirmé que le voile constituait l’identité même de la femme musulmane, refusant qu’il soit assimilé à une simple question d’uniforme scolaire.
La polémique illustre deux conceptions différentes des rapports entre religion et État. Alors que le pouvoir turc défend publiquement la liberté de porter le voile, les autorités azerbaïdjanaises privilégient une conception de la laïcité fondée sur le contrôle des manifestations religieuses dans certaines institutions publiques.
Une alliance mise à l’épreuve
Cette querelle intervient dans un contexte de divergences diplomatiques entre Ankara et Bakou, notamment sur la question israélienne.
L’Azerbaïdjan entretient une coopération stratégique étroite avec Israël, dont il constitue un important fournisseur de pétrole et auprès duquel il acquiert des équipements militaires. La Turquie d’Erdogan a, au contraire, considérablement durci sa position envers l’État hébreu depuis la guerre à Gaza.
Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a lui-même adopté un ton ferme face aux critiques étrangères. Le 4 octobre, il a demandé à ceux qui entendent dicter sa politique de ne pas se mêler des affaires de son pays ni de son mode de vie.
Cette fermeté contraste avec l’étroite solidarité affichée entre les deux pays pendant la guerre du Haut-Karabakh en 2020, lorsque la Turquie avait apporté un soutien militaire décisif à l’Azerbaïdjan.
La controverse sur le voile ne signifie pas une rupture entre les deux alliés, mais elle souligne les limites de leur proximité politique : derrière leurs liens linguistiques, culturels et stratégiques, Ankara et Bakou défendent des conceptions sensiblement différentes de la place de l’islam dans la société.