Le MR veut utiliser les surgains de l'État pour faire baisser les prix à la pompe
Face à la hausse persistante des prix des carburants, le MR accentue la pression sur le gouvernement Arizona. Le parti libéral exige une décision rapide pour soulager les automobilistes, tout en ciblant directement le Premier ministre Bart De Wever, jugé trop attentiste.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Le MR met la pression sur le gouvernement Arizona et exige une décision “dès vendredi” pour faire baisser les prix des carburants.
- Les libéraux défendent l’activation du cliquet inversé, financé par les recettes supplémentaires de l’État liées à la hausse des prix.
- Bart De Wever reste prudent, mais au sein de la majorité, l’idée d’un compromis rapide pour soutenir le pouvoir d’achat fait son chemin.
Le ton monte au sein de la majorité fédérale. Réuni en conférence de presse ce jeudi matin aux côtés de ses ministres de l’Énergie, Mathieu Bihet au fédéral et Cécile Neven en Wallonie, le président du MR Georges-Louis Bouchez a demandé au gouvernement de prendre des mesures concrètes pour faire baisser les prix à la pompe.
Le message est clair: une décision est attendue “dès ce vendredi”. À défaut, le parti libéral prévient qu’il ne pourra “plus faire comme si de rien n’était et devra agir en conséquence”, une mise en garde déjà formulée en début de semaine et réitérée avec insistance.
Au cœur des revendications du MR figure le mécanisme du cliquet inversé, qui permettrait de réduire automatiquement les accises lorsque les prix augmentent. Les libéraux proposent d’activer ce levier en utilisant les recettes supplémentaires générées par la hausse des prix de l’énergie. Selon les estimations avancées, ces “surgains” pourraient atteindre environ 60 millions d’euros, même si aucun chiffre officiel n’a encore été communiqué par le gouvernement, malgré les demandes répétées du MR.
Malgré cette pression croissante, le Premier ministre Bart De Wever reste prudent. Une position que Georges-Louis Bouchez dit comprendre, tout en la critiquant implicitement. “Je comprends parfaitement le Premier ministre. Ce qu’il veut éviter, c’est l’ouverture de la boîte de Pandore. Quand il va ouvrir la discussion, chacun va arriver avec son jouet”, a-t-il lancé, dans une pique à ses partenaires de coalition.
Risque de pénurie: "C'est n'importe quoi"
Le président du MR a également appelé les partis flamands de la majorité à tenir compte “de la réalité de tout le pays”, alors que les tensions autour du pouvoir d’achat s’accentuent.
Le débat ne se limite pas à la question des prix. Il s’est aussi déplacé sur le terrain de la sécurité d’approvisionnement, après des déclarations évoquant un risque de pénurie. Georges-Louis Bouchez a balayé cette hypothèse d’un revers de main: “C’est n’importe quoi!”, a-t-il affirmé, au lendemain des propos du ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot (Les Engagés), depuis nuancés.
En coulisses, plusieurs élus de la majorité reconnaissent que la pression politique devient difficile à contenir. Depuis plusieurs semaines, le gouvernement temporise, misant sur une accalmie géopolitique, notamment autour du conflit impliquant l’Iran et les tensions dans le détroit d’Ormuz. Mais cette stratégie atteint ses limites. “Bart De Wever a temporisé en espérant que la crise serait rapidement réglée. Mais aujourd’hui, il semble bien que ce ne sera pas le cas”, confie un député expérimenté. “Face à l’augmentation des prix des carburants, le gouvernement devra finir par donner quelque chose.”
Si un compromis devait se dessiner, il ne prendra probablement pas la forme exacte proposée par le MR ou Les Engagés, soulignent plusieurs élus. “Ce ne sera sans doute pas le cliquet inversé tel quel, mais une autre formule”, avance une source parlementaire.
Reste un élément central dans les discussions: l’impact budgétaire. Chaque hausse des prix des carburants augmente mécaniquement les recettes de l’État. “Il faut bien se rendre compte que chaque jour qui passe augmente les recettes publiques. Et c’est sans doute aussi pour cette raison, un peu cynique, que les choses traînent”, analyse un autre député. “Mais si la crise se prolonge, il faudra inévitablement faire un geste pour soutenir le pouvoir d’achat, car les belges ont compris que l'Etat s'enrichissait avec la hausse du prix des carburants”.