Le paquebot néerlandais infecté à l’hantavirus ravive le fantôme du Covid-19
Trois morts, plusieurs cas suspects, un navire immobilisé, des évacuations sanitaires et un vol à retracer : l’épisode du MV Hondius réveille forcément de mauvais souvenirs. Ceux du Covid. Mais les autorités sanitaires insistent : le risque global reste faible. L’hantavirus inquiète, sans pour autant annoncer une nouvelle pandémie.
Publié par A.G.
Résumé de l'article
-Le MV Hondius, paquebot néerlandais touché par un foyer d’hantavirus, a fait trois morts et plusieurs cas suspects, ravivant le souvenir anxiogène du Covid.
-Mais l’hantavirus se transmet surtout par les rongeurs, et la transmission entre humains reste rare, limitée à des contacts très étroits.
-L’OMS juge donc le risque global faible, tout en coordonnant tests, isolements, évacuations sanitaires et traçage des contacts.
Le navire reliait Ushuaïa, en Argentine, à l’archipel du Cap-Vert lorsque plusieurs passagers ont développé un syndrome respiratoire aigu. Trois personnes sont mortes. D’autres ont présenté des symptômes compatibles avec une infection à hantavirus: fièvre élevée, troubles digestifs, pneumonie, difficultés respiratoires.
Le bateau transportait environ 150 passagers et membres d’équipage, issus de 23 nationalités dont 2 Belges.
L’Organisation mondiale de la santé a d’abord évoqué sept cas présumés, dont deux confirmés en laboratoire. Les bilans ont ensuite évolué. Certaines autorités sanitaires ont parlé de huit cas confirmés ou suspects. Ce flottement n’a rien d’inhabituel au début d’un foyer infectieux: les médecins testent les patients, les autorités retracent les contacts et les équipes organisent les évacuations, souvent en même temps.
Le bateau transportait environ 150 passagers et membres d’équipage, issus de 23 nationalités dont 2 Belges. Il a d’abord mouillé au large du Cap-Vert, avant de prendre la direction des Canaries. Les autorités espagnoles ont prévu un dispositif d’évaluation sanitaire, puis de rapatriement. Les passagers ne devaient pas débarquer librement. Chaque sortie devait se faire sous contrôle médical.
Pourquoi parle-t-on d’hantavirus?
Le mot est moins connu que Covid, Ebola ou grippe aviaire. Mais il désigne une famille de virus bien identifiée.
Les hantavirus passent surtout des rongeurs à l’homme. Le virus peut se trouver dans leurs urines, leurs selles ou leur salive. La contamination survient le plus souvent quand une personne inhale des particules contaminées, par exemple dans un lieu souillé par des rongeurs.
On parle donc d’une zoonose: une maladie qui passe de l’animal à l’homme.
En Europe, certains hantavirus provoquent surtout des atteintes rénales. En Amérique, d’autres formes peuvent entraîner un syndrome pulmonaire sévère. Le cas du MV Hondius inquiète pour une raison précise: la souche Andes pourrait être en cause. Or cette souche, présente en Amérique du Sud, possède une particularité rare. Elle peut parfois passer d’une personne à l’autre. L'Argentine connaît bien ce virus bien qu'elle n'en soit pas le foyer.
Il faut don mesurer les mots. L’OMS parle d’une transmission interhumaine possible, mais dans des conditions de contact très étroit. On n’est donc pas face à un virus respiratoire banal, capable de circuler massivement dans la population.
Le parallèle avec le Covid : tentant, mais trompeur
Le fantôme du Covid revient pour une raison simple: les images se ressemblent. Un bateau. Des passagers confinés. Des malades évacués. Des vols à retracer. Des autorités qui communiquent avec prudence. Des pays qui coordonnent leur réponse dans l’urgence.
Ce décor rappelle forcément le Diamond Princess, ce paquebot devenu en 2020 l’un des premiers symboles mondiaux de la pandémie. Le MV Hondius ravive donc une mémoire collective : celle d’un virus qui semblait lointain, puis qui a bouleversé le monde.
Mais la comparaison atteint vite ses limites. Le SARS-CoV-2 se transmettait très facilement par voie respiratoire. Il pouvait circuler avant même l’apparition des symptômes. L’hantavirus, lui, se transmet d’abord par exposition à des rongeurs infectés. Même avec la souche Andes, la transmission entre humains reste rare. Elle suppose des contacts rapprochés.
C’est pourquoi le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré que le risque pour la santé publique mondiale restait faible. Il a aussi indiqué qu’il ne pensait pas que la situation ressemble au début de la pandémie de Covid-19.
Une enquête sanitaire encore ouverte
La grande question reste celle de l’origine.
Les deux premiers passagers décédés avaient voyagé en Amérique du Sud avant d’embarquer à Ushuaïa, le 1er avril. Les autorités de Terre de Feu jugent très improbable une contamination locale à Ushuaïa. Elles rappellent qu’aucun cas confirmé d’hantavirus n’y a été enregistré depuis la mise en place des registres épidémiologiques.
L’Argentine connaît en revanche des cas dans d’autres régions, notamment plus au nord. Les enquêteurs doivent donc comprendre où l’exposition initiale a eu lieu : avant l’embarquement, lors d’une excursion, dans un environnement contaminé par des rongeurs, ou à une autre étape du voyage.
L’OMS cherche aussi à retrouver les passagers d’un vol Airlink entre Sainte-Hélène et Johannesburg. Une Néerlandaise de 69 ans, débarquée du navire avec des symptômes digestifs, a pris ce vol avant de mourir en Afrique du Sud. Le traçage concerne plus de 80 passagers et six membres d’équipage, selon les informations relayées par l’AFP et Belga.
Aux Pays-Bas, une hôtesse de l’air de KLM a également été placée à l’isolement après un contact avec une personne infectée. Les autorités appliquent ici le principe de précaution.
Pourquoi les croisières inquiètent autant
Les croisières forment des lieux à part. Elles rassemblent des passagers de nationalités différentes, les concentrent dans un espace fermé et multiplient les repas partagés, les cabines, les excursions, les soins de bord, les contacts rapprochés.
Cela ne transforme pas automatiquement un navire en foyer incontrôlable. Mais cela complique la gestion sanitaire. Quand un cas grave apparaît, les autorités doivent identifier les contacts, isoler les personnes à risque, organiser les évacuations, prévenir les pays d’origine et éviter la panique.
Dans le cas du MV Hondius, la géographie complique encore la situation. Le navire se trouvait dans l’Atlantique, au large du Cap-Vert, loin des grands centres hospitaliers européens. Les évacuations médicalisées ont donc exigé une coordination entre l’OMS, l’opérateur du navire et plusieurs États: le Cap-Vert, les Pays-Bas, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Afrique du Sud.
Ce qu’il faut retenir
L’épisode du MV Hondius est grave. Trois personnes sont mortes. Plusieurs autres ont été hospitalisées ou placées sous surveillance. Les passagers ont vécu une situation anxiogène, et le souvenir du Covid rend l’affaire encore plus sensible.
Mais il ne faut pas confondre alerte sanitaire et début de pandémie. L’hantavirus n’est pas un virus nouveau. Il ne se diffuse pas comme le coronavirus. Sa transmission interhumaine reste rare. Elle concerne surtout la souche Andes, dans des situations de contact très étroit.
Les autorités testent, isolent, retracent les contacts et rapatrient sous contrôle médical. C’est précisément ce qu’elles n’avaient pas toujours su faire assez vite au début du Covid.
Le MV Hondius restera peut-être dans les mémoires comme la "Croisière de la Mort". Mais, à ce stade, l’OMS et les agences sanitaires ne décrivent pas un nouveau Covid. Elles décrivent un foyer sévère, limité, encore sous enquête, et placé sous surveillance renforcée.