« Le rêve français touche à sa fin » : quand les émeutes dissipent l'image d'une France idyllique
Et si le 17 octobre avait sonné le glas d'une certaine idée de la France ? Dans une tribune publiée par le New York Times, la chroniqueuse américaine Glynnis MacNicol raconte comment les émeutes ont ébranlé l'image d'un pays longtemps considéré, outre-Atlantique, comme un refuge contre les désordres du monde.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Dans le New York Times, une chroniqueuse américaine s'interroge sur la fin du rêve français après les émeutes du 17 octobre. Une rupture dans l'image de la France ?
Il y aura peut-être un avant et un après-17 octobre. Non seulement pour les Français, confrontés à des scènes de pillage et de destruction d'une ampleur considérable, mais aussi pour les étrangers qui regardaient jusqu'ici la France comme une exception heureuse. Un pays où l'on vivait mieux qu'ailleurs, où la beauté des villes, la générosité du modèle social et une certaine douceur de vivre semblaient tenir à distance les convulsions du monde.
Cette image pourrait avoir reçu un coup décisif samedi dernier. C'est du moins le sentiment que décrit Glynnis MacNicol dans une tribune publiée lundi 19 octobre par le New York Times, sous un titre sans équivoque : « Le rêve français touche à sa fin ».
Paris, de refuge rêvé à miroir des crises occidentales
Depuis une dizaine d'années, la chroniqueuse américaine passe une partie de chaque année à Paris. Elle connaît les manifestations, les cortèges et les perturbations qui accompagnent régulièrement la vie française. Mais les événements du 17 octobre lui ont paru différents, par leur ampleur comme par leur intensité.
Elle raconte avoir traversé une capitale gagnée par les tensions, avant de découvrir, le lendemain, les vitrines fracassées, les magasins pillés et les carcasses calcinées de vélos électriques.
Ces violences s'ajoutent, selon elle, à une succession de crises qui ont progressivement dissipé le charme de l'exception française : canicules meurtrières, difficultés économiques, services publics fragilisés et paralysie politique.
Pour nombre d'Américains, la France représentait pourtant une forme d'antidote à leur propre société. Ses longues vacances, son système de santé universel et son art de vivre nourrissaient l'espoir qu'il existât encore, quelque part, un pays relativement préservé des inquiétudes contemporaines.
Or cette promesse paraît désormais moins assurée. La France ne serait plus ce refuge imaginaire, mais un pays occidental traversé, lui aussi, par les fractures de son époque.
Le 17 octobre, une rupture dans le regard porté sur la France ?
La portée du texte tient précisément à ce changement de perspective. Les émeutes ne sont pas seulement envisagées comme une nouvelle crise intérieure : elles deviennent le révélateur d'une désillusion plus profonde.
À l'étranger, les images des incendies de Limoges, des destructions parisiennes et des commerces dévalisés pourraient durablement concurrencer celles des terrasses, des boulevards et des monuments qui composent depuis si longtemps le prestige français.
Il serait prématuré d'affirmer que le 17 octobre constitue déjà une rupture historique. Mais la question mérite d'être posée : ces violences auront-elles définitivement altéré l'idée que le monde, et particulièrement l'Amérique, se faisait de la France ?
Cette impression est toutefois là, exprimée depuis les colonnes de l'un des plus grands quotidiens du monde : le pays que tant d'étrangers rêvaient d'habiter ne leur apparaît plus tout à fait comme auparavant.
La France n'a évidemment pas perdu en une journée sa beauté, sa culture ni son art de vivre. Mais elle a peut-être perdu quelque chose de plus difficile à restaurer qu'une vitrine : une part de l'illusion qu'elle inspirait.