Les adolescentes américaines se déclarent beaucoup moins souvent bisexuelles : un phénomène qui intrigue les chercheurs
Aux États-Unis, la proportion de jeunes lycéennes se déclarant bisexuelles est passée de 26 % à 13 % entre 2021 et 2025, selon une analyse des données sanitaires fédérales relayée par le Washington Post. Une baisse spectaculaire qui intrigue les chercheurs et suscite déjà des interprétations politiques.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Aux États-Unis, l'identification bisexuelle des jeunes lycéennes a chuté de moitié entre 2021 et 2025. Le Washington Post examine cette évolution inexpliquée.
Une évolution aussi rapide qu'inattendue. Aux États-Unis, de moins en moins de jeunes adolescentes se déclarent lesbiennes ou bisexuelles, selon une analyse des dernières données des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), présentée ce jeudi 8 octobre par le Washington Post.
Le phénomène est particulièrement marqué chez les filles de ninth grade, la première année du lycée américain, généralement âgées de 14 à 15 ans. En 2021, 30 % d'entre elles se définissaient comme lesbiennes ou bisexuelles. En 2025, elles n'étaient plus que 17 %.
La diminution est encore plus frappante pour la seule identification bisexuelle : elle est passée de 26 % à 13 % en quatre ans, soit une division par deux.
« Cela ressemble vraiment à une chute libre », constate Jean Twenge, professeur de psychologie à l'université d'État de San Diego, qui a analysé les données du CDC. Mais elle reconnaît immédiatement que les causes de cette évolution restent inconnues.
Une baisse particulièrement marquée chez les plus jeunes filles
Spécialiste des différences entre générations, Jean Twenge étudie régulièrement les résultats du Youth Risk Behavior Surveillance System, une enquête nationale réalisée tous les deux ans auprès des lycéens américains.
Les données révèlent une évolution contrastée selon l'âge et le sexe. Chez les garçons, la proportion de ceux qui se déclarent homosexuels ou bisexuels est restée relativement stable au cours de la dernière décennie. Chez les adolescentes plus âgées, le recul est nettement moins marqué : les niveaux d'identification lesbienne ou bisexuelle demeurent supérieurs à ceux observés avant la pandémie.
La baisse la plus spectaculaire concerne donc les filles les plus jeunes, et principalement celles qui se définissent comme bisexuelles.
Ce retournement intervient après une période de forte progression. Dans les années suivant les confinements liés au Covid-19, les enquêtes américaines avaient enregistré une augmentation importante de l'identification lesbienne ou bisexuelle chez les lycéennes.
La tendance s'est ensuite inversée, d'abord progressivement, puis de façon beaucoup plus prononcée chez les nouvelles générations entrant au lycée.
Les conservateurs américains y voient une victoire politique
La publication de ces chiffres a rapidement suscité des réactions dans les milieux conservateurs américains.
Terry Schilling, président de l'American Principles Project, une organisation conservatrice engagée notamment sur les questions familiales et éducatives, a attribué cette évolution aux changements politiques intervenus sous Donald Trump. « Incroyable ce qui se passe lorsqu'on réduit les moyens du ministère de l'Éducation et de l'USAID », a-t-il commenté sur X.
Mais cette interprétation est loin de convaincre Jean Twenge. La chercheuse rappelle que le recul avait commencé avant le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, sous la présidence de Joe Biden. Elle souligne également qu'une explication exclusivement politique ne permettrait pas de comprendre pourquoi la baisse touche particulièrement les adolescentes les plus jeunes, et beaucoup moins celles de 17 ou 18 ans.
La politique pourrait jouer un rôle, reconnaît-elle, mais elle ne saurait, à ce stade, expliquer à elle seule le phénomène.
Un phénomène encore inexpliqué
D'autres chercheurs appellent à la prudence dans l'interprétation des résultats. Jody Herman, chercheuse au Williams Institute de l'université de Californie à Los Angeles (UCLA), relève que l'analyse publiée ne présente pas les intervalles de confiance permettant d'apprécier la significativité statistique des écarts observés.
Elle estime que les données disponibles soulèvent, pour l'instant, davantage de questions qu'elles n'apportent de réponses.
Jean Twenge entend désormais examiner plusieurs hypothèses, notamment les effets de la pandémie, l'environnement politique et l'influence des réseaux sociaux.
Une distinction demeure essentielle : ces enquêtes mesurent la manière dont les adolescents déclarent leur orientation sexuelle à un moment donné. Elles ne démontrent pas qu'une proportion équivalente d'entre eux aurait changé d'orientation.
La spectaculaire diminution de l'identification bisexuelle chez les plus jeunes Américaines pourrait ainsi refléter des évolutions dans les normes sociales, les représentations ou la manière de se définir. Mais aucune de ces explications n'est encore établie.