L'État-providence est-il devenu prisonnier de sa propre générosité ? Le cas britannique peut le laisser supposer
Au Royaume-Uni, plus de sept millions de personnes perçoivent des prestations liées à la maladie ou au handicap. Leur coût explose, tandis que la croissance stagne et que les réformes se heurtent à de fortes résistances. Une enquête du Wall Street Journal met en lumière un dilemme qui dépasse largement les frontières britanniques.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
L'explosion des prestations sociales au Royaume-Uni révèle les difficultés des États-providence occidentaux face à la faible croissance et aux déficits.
L'État-providence peut-il continuer à étendre ses prestations lorsque l'économie qui les finance peine à croître ? C'est la question que soulève une vaste enquête du Wall Street Journal consacrée à l'envolée des dépenses sociales britanniques. Derrière les statistiques du Royaume-Uni se dessine un problème auquel sont confrontés, à des degrés divers, de nombreux pays occidentaux : comment préserver la protection des plus vulnérables sans installer une dépendance durable aux transferts publics ni compromettre l'équilibre des finances nationales ?
Le cas britannique est particulièrement frappant. Plus de sept millions de personnes, soit plus de 10 % de la population, perçoivent désormais au moins une prestation liée à la maladie ou au handicap. Parmi les personnes en âge de travailler, le nombre de bénéficiaires est passé de 2,9 millions en 2019 à 4,7 millions, une progression supérieure à 60 % en six ans.
Selon les données budgétaires citées par le quotidien américain, les dépenses publiques consacrées aux personnes malades, handicapées et à leurs aidants dépasseront 100 milliards de livres cette année. Elles pourraient atteindre environ 130 milliards à l'horizon 2030.
Quand l'assistance devient une réponse au déclin économique
L'une des observations les plus éclairantes concerne les anciennes régions industrielles. À Liverpool, notamment dans le quartier défavorisé de Walton, les prestations sociales occupent une place centrale dans l'économie locale. Près d'un ménage sur deux y reçoit une aide sociale et environ un habitant en âge de travailler sur cinq bénéficie de la Personal Independence Payment (PIP), une allocation destinée à compenser les surcoûts liés au handicap ou à la maladie.
Cette dépendance s'inscrit dans une histoire économique ancienne. La désindustrialisation a détruit de nombreux emplois, sans que des activités suffisamment rémunératrices viennent toujours les remplacer. Les prestations publiques ont alors contribué à amortir le choc social, mais elles n'ont pas nécessairement permis de reconstruire les perspectives professionnelles des populations concernées.
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