La moitié des entreprises ne savent pas combien leur coûte l'absentéisme pour maladies
La Belgique compte désormais 585.000 malades de longue durée. Pourtant, de nombreuses entreprises ont peu de visibilité sur l’absentéisme au sein de leur propre organisation. Son ampleur comme son coût restent souvent inconnus.
Publié par Peter Backx
Résumé de l'article
Seule une entreprise belge sur cinq dispose d’une politique structurée en matière d’absentéisme. Les petites entreprises, en particulier, suivent à peine leurs chiffres d’absences pour maladie. Alors que les employeurs doivent désormais prendre en charge une partie des indemnités versées aux malades de longue durée, ce manque de suivi peut leur coûter cher.
C’est ce qui ressort de l’enquête bisannuelle sur l’absentéisme menée par le service de prévention et de bien-être Mensura.
Le bureau d’études Indiville a interrogé, pour le compte de Mensura, 503 entreprises belges. Les questions ont été posées à des personnes impliquées dans la politique RH, la gestion du personnel ou de l’absentéisme. Les résultats ont été pondérés selon la région et la taille des entreprises afin d’être représentatifs de la Belgique.
L’absentéisme touche surtout les PME
Près de la moitié des entreprises, 46%, ne suivent pas leurs propres chiffres d’absentéisme. Exactement la même proportion ignore combien les absences pour maladie ou incapacité de travail leur coûtent chaque année. Seule une entreprise sur cinq dispose d’une vue complète de ces coûts.
Les perturbations sur le lieu de travail sont pourtant importantes. 46% des entreprises considèrent l’absentéisme comme fortement à très fortement perturbant. Dans les PME de 10 à 249 travailleurs, cette proportion atteint près de six sur dix. Dans les entreprises de 500 à 999 travailleurs, elle grimpe même à trois sur quatre.
Malgré cela, près de la moitié des entreprises interrogées ne tiennent pas ces chiffres à jour. Les plus petites entreprises sont particulièrement à la traîne : chez elles, la proportion atteint 53%. Les grandes entreprises suivent beaucoup plus souvent l’absentéisme. Parmi les organisations de plus de 250 travailleurs, seules 5% n’ont pas de visibilité sur les chiffres.
Deux entreprises sur trois n’en voient pas l’utilité
Les raisons pour lesquelles les entreprises ne suivent pas leur absentéisme sont également frappantes. Près de deux tiers d’entre elles, 65%, n’en voient pas l’utilité. Trois sur dix ne disposent pas d’un système approprié. Par ailleurs, 13% estiment que ce suivi demande trop de travail.
« De nombreuses entreprises considèrent encore avant tout une déclaration de maladie comme quelque chose qu’elles doivent traiter correctement sur le plan administratif », explique Bart Teuwen, expert en absentéisme chez Mensura. Quelques indicateurs clés peuvent pourtant rapidement fournir des informations utiles. « Constate-t-on davantage d’absences dans un département particulier ? L’absentéisme de courte durée augmente-t-il ? Les travailleurs restent-ils absents plus longtemps qu’auparavant ? », cite-t-il en exemple.
Pour les petites entreprises, il n’est pas nécessaire de mettre en place un système complexe. Il s’agit surtout de rester en contact avec le travailleur malade et de bien suivre son absence. À partir d’une certaine taille, la collecte de données devient toutefois plus pertinente. « Lorsque les organisations grandissent, il devient utile, à partir d’une cinquantaine de collaborateurs environ, de cartographier les chiffres de l’absentéisme », précise Teuwen.
46% ne connaissent pas les coûts
Les coûts de l’absentéisme restent eux aussi inconnus pour de nombreux employeurs. 46% ignorent combien les maladies et incapacités de travail coûtent chaque année à leur entreprise. Seule une entreprise sur cinq affirme disposer d’une vue complète de ces coûts. Avec les nouvelles règles, ce manque de visibilité a désormais aussi des conséquences financières.
Depuis le 1er janvier 2026, les employeurs comptant au moins 50 travailleurs doivent également contribuer financièrement lorsqu’un salarié reste malade plus d’un mois. Ils prennent en charge 30% de l’indemnité de maladie pendant les deux mois suivants. Le dispositif s’applique aux travailleurs âgés de moins de 55 ans au début de leur incapacité de travail.
« Dès cet automne, de nombreuses entreprises comptant des malades de longue durée verront en outre pour la première fois la facture de la cotisation de solidarité supplémentaire qu’elles doivent payer », indique Teuwen. Il devient donc plus important de connaître également l’impact financier de l’absentéisme. « Il sera dès lors encore plus important pour les entreprises de cartographier le coût de l’absentéisme », ajoute-t-il.
Seule une entreprise sur cinq dispose d’une politique d’absentéisme
Une politique structurée en matière d’absentéisme fait également souvent défaut. Le traitement des déclarations de maladie et le maintien du contact avec les travailleurs absents sont organisés dans la plupart des entreprises. La prévention et la réintégration sont en revanche beaucoup moins souvent formalisées.
Seule une organisation sur cinq dispose actuellement d’une politique structurée en matière d’absentéisme. Teuwen plaide pour ne pas se limiter au traitement individuel des déclarations de maladie, mais aussi pour analyser où et à quelle fréquence les travailleurs s’absentent. Les entreprises peuvent ainsi détecter plus rapidement les problèmes et y réagir de manière plus ciblée.