Médias : le gouvernement va privatiser la RTBF ? TF1 et 21News seraient candidats
Coup de tonnerre dans le paysage audiovisuel belge : le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’apprête à privatiser la RTBF.
Publié par Rédaction
Résumé de l'article
— La majorité veut mettre fin aux subsides publics de la RTBF, jugés trop coûteux, et confier sa reprise à des acteurs privés
— Plusieurs groupes médiatiques sont intéressés, avec une refonte éditoriale et économique ambitieuse envisagée
— Le projet provoque un choc en interne et divise le monde politique entre partisans de réforme et défenseurs du service public
C’est un secret de Polichinelle : le budget du gouvernement accuse un déficit de plusieurs milliards d’euros, et les partenaires de la majorité se sont accordés sur un vaste plan d’économies dans les dépenses publiques. Un membre de cabinet nous confirme : « 350 millions d’euros sont alloués chaque année à la RTBF via des subsides. Cela correspond à environ 80 euros par an et par francophone ; pour une famille de quatre personnes, cela représente 320 euros par an. Ce n’est plus raisonnable de consacrer autant d’argent à un seul média de service public dans un monde où l’information est déjà largement disponible ailleurs. Il nous semble plus judicieux de réorienter ces moyens vers l’enseignement, le sport ou d’autres compétences. »
Cette décision ne signifie pas pour autant la disparition de la chaîne : elle ne coûtera simplement plus rien au contribuable. La banque d’affaires Lazard a été mandatée pour piloter le processus de vente et identifier des acquéreurs potentiels. Les groupes TF1, France 2 et 21News figurent parmi les candidats. Certains évoquent aussi la création d’un consortium TF1-21News pour permettre l’arrivée de contenus français à moindre coût et rentabiliser rapidement la chaîne grâce à des programmes généralistes, tout en augmentant les tranches d’information et de débat.
Les différents acteurs intéressés affichent leur volonté de « moderniser en profondeur l’information de service public » et de « réconcilier les citoyens avec une information libre et audacieuse ». L’inertie perçue au sein de la RTBF ces dernières années a également pesé dans la décision politique d’accélérer les réformes. Le fait que la quasi-totalité des candidats au poste de directeur de l’information provienne de l’interne a été interprété comme le signe d’un manque d’ouverture et d’une difficulté à engager des transformations profondes, notamment en matière de pluralisme. L’administrateur délégué Jean-Charles Philippot lui-même trouverait la privatisation une bonne idée, ne sachant plus toujours contrôler la ligne éditoriale du groupe, et particulièrement celle de la radio La Première, qui, selon lui, filtrerait trop vers le PTB et plus assez vers le PS ou Ecolo.
Dès cet été, une refonte complète des programmes est envisagée : disparition de certains formats jugés trop rigides et arrivée de nouvelles figures issues notamment des groupes IPM et Rossel, ainsi que de profils néerlandophones. L’objectif affiché est de « sortir du prêt-à-penser » et de reconnecter l’information avec le public.
Le panel de chroniqueurs, animateurs et humoristes serait totalement revu afin d’élargir les angles de traitement et de stimuler les audiences. L’organisation de débats réellement contradictoires et sans tabous constituera l’un des axes majeurs portés par la nouvelle direction.
Le gouvernement envisage également d’élargir les créneaux publicitaires afin de permettre à la chaîne d’atteindre la rentabilité dans un délai de trois ans. Plusieurs programmes de La Deux et de La Trois devraient disparaître, tandis qu’une fusion entre les télévisions locales et la RTBF serait facilitée. Les subsides destinés aux télévisions locales seraient maintenus temporairement afin d’assurer une transition progressive et d’éviter une réforme trop brutale. L’exécutif insiste toutefois sur la nécessité d’une utilisation plus efficace des moyens.
L’annonce a immédiatement suscité de vives réactions dans le monde politique. Certains saluent une secousse bienvenue dans un paysage médiatique jugé trop consensuel ; d’autres redoutent une remise en cause de l’équilibre du service public. À ce stade, le gouvernement indique qu’il « analysera les implications de cette évolution dans le respect du cadre légal ».
En interne, la surprise domine à la RTBF, où plusieurs journalistes évoquent un véritable séisme. La direction sortante appelle néanmoins à la prudence, assurant que les missions fondamentales de service public resteront garanties, et va organiser une séance de team building dans un club de pêche de luxe durant trois jours à Cannes pour garder les équipes motivées.
Deux intervenants majeurs sont prévus au programme des séances de formation, à savoir Joëlle Milquet et Elio Di Rupo, sous le titre : « Comment rester au pouvoir et garder des postes malgré une défaite électorale ? ». C’est la séance qui comporte le plus d’inscrits à ce stade. La deuxième séance la plus suivie sera celle concoctée par Charline Vanhoenacker, intitulée : « Comment recruter des humoristes qui partagent tous les mêmes cibles de manière quotidienne et ainsi continuer à rester entre nous ? ». Enfin, afin de rester dans la ligne de l’entreprise, tous les repas seront végans et la viande proscrite ; seul le poisson sera parfois autorisé.