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Minneapolis, Trump et l’immigration : Luc Ferry refuse l’amalgame

par Harrison du Bus
©PHOTOPQR/L'YONNE REPUBLICAINE/ Antoine Compigne

Invité dimanche soir sur LCI face à Margot Haddad, le philosophe français Luc Ferry (photo) est revenu sur la mort d’Alex Pretti à Minneapolis, tué lors d’une intervention par des agents fédéraux américains (ICE). C’est pour lui un drame qui ne doit être ni minimisé, ni instrumentalisé dans le débat européen sur l’immigration.

Luc Ferry a d’abord rappelé la réalité d’une violence policière spécifique aux États-Unis, qu’il juge sans commune mesure avec les pratiques françaises. Il évoque une culture du maintien de l’ordre radicalement différente, marquée par l’usage des armes à feu et une logique d’affrontement qui rend ces interventions particulièrement dangereuses.

Un fait américain, un débat européen

Mais pour le philosophe, le cœur du problème n’est pas là. Il dénonce ce qu’il perçoit comme une dérive du débat public consistant à tout confondre : un drame survenu aux États-Unis deviendrait aussitôt un argument pour disqualifier toute critique de l’immigration illégale en France. Un raisonnement qu’il rejette fermement.

Être opposé à l’immigration clandestine, insiste-t-il, ne signifie ni excuser des violences policières étrangères, ni se rendre complice d’un meurtre commis par des agents américains. À ses yeux, cette confusion relève moins de l’analyse que de l’intimidation morale, visant à empêcher toute discussion rationnelle sur les politiques migratoires européennes.

La méthode Trump, un repoussoir… sans invalider la question

Luc Ferry ne se montre pourtant pas indulgent envers Donald Trump. Il critique frontalement ses provocations, son rapport conflictuel aux institutions et la brutalité de ses méthodes. Mais il opère une distinction claire entre la manière et l’objectif.

Selon lui, la violence et l’outrance du trumpisme ne doivent pas conduire à évacuer la question du contrôle des frontières. Le rejet de Trump ne saurait, à lui seul, tenir lieu de politique migratoire. L’Europe, estime-t-il, ne peut durablement accepter d’être une passoire sans en payer le prix social, politique et démocratique.

Sortir du chantage moral

En filigrane, Luc Ferry met en garde contre une forme de chantage intellectuel où toute critique de l’immigration illégale serait aussitôt assimilée à une approbation implicite des pires dérives américaines. Une mécanique qu’il juge délétère pour le débat démocratique.

Pour l’ancien ministre de l’Éducation nationale, il est au contraire urgent de tenir ensemble la double exigence de condamner sans ambiguïté les violences policières, où qu’elles aient lieu, et d’assumer un débat ferme, lucide et européen sur l’immigration. Faute de quoi, conclut-il, la discussion publique se réduira à des slogans moraux, au détriment de toute solution politique crédible.

Harrison du Bus

(©PHOTOPQR/L’YONNE REPUBLICAINE/ Antoine Compigne)

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