Aujourd’hui une décision d’entreprise, demain un problème budgétaire : Proximus n’est pas une exception, c’est un signal
Carte blanche d’Erik Saelens, entrepreneur et expert en technologies. La décision de Proximus de supprimer net 1.200 emplois d’ici 2030 est présentée comme une restructuration classique. Mais ce n’est pas le cas. Ceux qui y voient une simple opération d’économie linéaire passent à côté de ce qui se joue réellement sous la surface.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
Proximus supprimera 1.200 emplois d’ici 2030. Pour Erik Saelens, ce n’est pas une simple restructuration mais un signal fort lié à l’intelligence artificielle et à ses impacts budgétaires en Belgique.
Ces 1.200 emplois ne sont que la partie visible de l’iceberg. Derrière ce chiffre se cache un mouvement beaucoup plus large : outsourcing, rightsourcing, gel des recrutements, requalification vers des équipes plus réduites, et surtout la disparition progressive de couches managériales devenues superflues sous l’effet de l’intelligence artificielle. Si l’on additionne ces dynamiques, la conclusion devient douloureusement claire : on s’oriente vers une division par deux du nombre d’équivalents temps plein. Pas du jour au lendemain, mais de manière structurelle et difficilement réversible.
Un CEO pragmatique comme Stijn Bijnens sait parfaitement où se situent les inefficacités. La combinaison de l’intelligence artificielle, de l’automatisation et de la pression sur les marges laisse peu de place à la nostalgie. Il ne s’agit plus d’un choix stratégique parmi d’autres, mais d’une nécessité économique.
Et pourtant, en Belgique, nous continuons à nous accrocher à un mythe tenace : celui d’emplois protégés, de structures pérennes, d’une technologie introduite progressivement et avec prudence. Mais le monde n’évolue pas à notre rythme. L’intelligence artificielle accélère, les capitaux se déplacent, la concurrence se mondialise chaque jour davantage. Les entreprises qui n’anticipent pas disparaissent.
La vraie question n’est donc pas de savoir combien d’emplois seront supprimés. La vraie question est de savoir où nous créons de la nouvelle valeur, et qui est prêt à s’y adapter. Il ne s’agit pas uniquement de pertes d’emplois. Il s’agit de bonds de productivité, d’équipes plus petites et plus intelligentes, et d’une organisation du travail profondément repensée.
Il existe en outre une réalité dont on parle à peine. Si l’on projette une réduction de moitié des effectifs en Belgique, cela représenterait à lui seul environ 325 millions d’euros de recettes fiscales et de cotisations sociales en moins par an. Et si une part significative de ces travailleurs ne retrouve pas rapidement un emploi, un second choc suivra : allocations, accompagnement, baisse de la consommation. On ne parlera plus de millions, mais de centaines de millions d’euros supplémentaires.
Ce qui apparaît aujourd’hui comme une décision d’entreprise pourrait demain devenir un problème budgétaire.
Il est temps de se réveiller. Pas seulement les entreprises, mais aussi les décideurs politiques, le monde de l’enseignement, les syndicats et les travailleurs eux-mêmes. La réalité est à la fois simple et brutale : le monde n’attend pas la Belgique.
Et ceux qui continuent à penser en termes de structures anciennes risquent de découvrir un jour qu’ils ne sont tout simplement plus nécessaires.