Quand la rhétorique militante devient le langage du pouvoir politique
L’ambassadeur d’Israël David Saranga alerte sur la récupération des mobilisations étudiantes et la banalisation de l’hostilité envers son pays. Un appel à l’Europe pour qu’elle mesure les dangers de ces dérives pour ses propres démocraties.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
David Saranga alerte sur la récupération des mobilisations étudiantes par des réseaux militants unis dans leur hostilité envers Israël.
Il décrit comment ces réseaux transforment des revendications locales en campagnes idéologiques contre Israël et l’Occident.
Amplifiés par les réseaux sociaux, les slogans de la rue peuvent devenir le langage du pouvoir politique.
L’Europe doit cesser de considérer l’hostilité envers Israël comme une affaire qui ne la concerne pas. Les stratégies politiques franchissent les frontières. La haine aussi.
Par David Saranga, ambassadeur d’Israël en Belgique et au Grand-Duché de Luxembourg
Comment l’« alliance rouge-verte » et les réseaux sociaux peuvent transformer des mécontentements locaux en campagnes internationales, et pourquoi l’Europe ne peut plus considérer l’hostilité envers Israël comme une affaire qui ne la concerne pas.
Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi des drapeaux palestiniens apparaissent à chaque manifestation en France ou en Belgique ? Savez-vous ce que « Mondialiser l’intifada » signifie véritablement ? Quid de l’« alliance rouge-verte » et de ses réseaux transnationaux qui organisent et amplifient les mobilisations étudiantes ?
Pour les Israéliens, le mot « Intifada » n’est pas un mot abstrait : il évoque douloureusement la vague d’attentats-suicide et de citoyens assassinés dans les rues, les bus et les restaurants. Ceux qui scandent « Mondialiser l’intifada » ne peuvent pas s’attendre à ce que nous y entendions une formule militante innocente.
Derrière les mobilisations étudiantes
Au-delà des slogans, une enquête de Fox News Digital sur les coulisses des manifestations dresse le tableau d’une véritable opération politique : militants communistes, organisations socialistes, syndicats et partis politiques se concentrent tous autour des revendications étudiantes.
Sur les 50 organisateurs recensés par Fox, seuls 15 sont des collectifs étudiants ou de jeunesse. Parmi les 35 autres figurent 12 organisations syndicales, huit groupes communistes ou socialistes, quatre partis politiques, dont le Parti communiste français et La France insoumise, ainsi qu’un réseau pro-palestinien.
Ces manifestations trouvent un large écho sur BT News (BreakThrough News), une plateforme numérique financée par Neville Roy Singham, un homme d’affaires et militant d’extrême-gauche opérant depuis Shanghai. Ce qui nous ramène à la question de l’ « alliance rouge-verte », qui décrit la coopération entre la gauche radicale et l’islam radical.
Présenter les mobilisations actuelles comme de simples manifestations d’étudiants revient à occulter une réalité bien plus large. Dans les revendications pour de meilleures conditions d’enseignement, certains réseaux militants trouvent un levier pour recruter de nouveaux partisans et imposer un agenda politique qui dépasse largement celui de l’éducation. La question est de savoir qui transforme un conflit scolaire en une scène de combat idéologique contre Israël, le capitalisme et l’Occident.
Des causes distinctes, une même campagne
Tout tient à la manière dont des causes distinctes sont réunies dans une même campagne politique. Lorsque le financement de l’enseignement et l’opposition à Israël sont présentés comme les deux volets d’un même combat, les militants peuvent mobiliser les partisans de l’une et de l’autre cause.
Un étudiant qui réclame de meilleures conditions d’enseignement devient alors le destinataire d’un discours de politique étrangère sans rapport avec sa demande. C’est ainsi que la solidarité peut devenir un instrument de mobilisation idéologique.
Pour les Israéliens, ce terrain est familier. Depuis trois ans, nous voyons comment une guerre légitime, menée pour protéger les citoyens israéliens contre le terrorisme du Hamas, sert de prétexte à des campagnes qui remettent en cause le droit de notre pays à exister, tandis que les discours hostiles passent de l’écran à la rue, et de la rue à l’écran. L’Europe devrait se demander si des méthodes similaires ne sont pas désormais appliquées à ses propres conflits internes.
Le 20 octobre, treize jours seulement après la tuerie et la prise d’otage de masse du 7 octobre, Zohran Mamdani déclarait : « Nous assistons à un génocide et à une crise humanitaire à Gaza. » Les troupes israéliennes n’étaient pas encore entrées dans Gaza. Deux ans plus tard, Mamdani est devenu le maire de New York. Les slogans scandés dans la rue peuvent finir par devenir la langue du pouvoir politique.
Dès le 8 octobre 2023, au lendemain du massacre et avant même le début de toute intervention militaire israélienne, des manifestants protestaient déjà contre Israël à travers le monde. Alors que les terroristes du Hamas étaient encore présents sur le territoire israélien, prêts à poursuivre leur pogrom, des militants à New York célébraient le carnage qui venait d’avoir lieu.
Le 20 octobre, treize jours seulement après la tuerie et la prise d’otage de masse du 7 octobre, Zohran Mamdani déclarait : « Nous assistons à un génocide et à une crise humanitaire à Gaza. » Les troupes israéliennes n’étaient pas encore entrées dans Gaza. Deux ans plus tard, Mamdani est devenu le maire de New York. Les slogans scandés dans la rue peuvent finir par devenir la langue du pouvoir politique.
Les réseaux sociaux, accélérateurs de l’indignation
Les réseaux sociaux servent d’accélérateur. Une confrontation devient une vidéo, une vidéo devient une accusation et, à force d’être répétée, l’accusation prend l’apparence d’une certitude. Le contexte peine à rivaliser avec l’indignation.
Et ainsi, des revendications locales ou nationales d’horizons totalement différents sont fondues dans un même récit d’oppression, où ceux qui contestent le discours dominant deviennent des cibles plutôt que des interlocuteurs.
Les démocraties ne peuvent pas laisser des réseaux militants détourner des revendications populaires et normaliser l’intimidation et la haine. Excuser ces pratiques dès lors qu’Israël est visé ne fait qu’en banaliser l’usage dans d’autres contextes.
L’Europe est concernée
L’Europe doit cesser de considérer l’hostilité envers Israël comme une affaire qui ne la concerne pas. Les stratégies politiques franchissent les frontières. La haine aussi.
Est-ce arrivé près de chez vous ? L’Europe devrait déjà se demander qui se mobilise aux portes de ses écoles et au service de quels objectifs politiques.
Expert de la communication et des réseaux sociaux, S.E. David Saranga, qui vient de déposer ses lettres de créance au Roi, a dirigé le Bureau de la diplomatie numérique du ministère israélien des Affaires étrangères d’août 2022 jusqu’à sa nomination au poste d’ambassadeur d’Israël en Belgique. À ce titre de directeur, il coordonnait les activités de diplomatie publique et de communication numérique du ministère sur différentes plateformes, notamment X, Facebook, TikTok, Instagram et YouTube.