Reconstruire l'industrie en Ukraine : au-delà de l'aide, vers une production mesurable (Carte blanche)
Une carte blanche de Cinzia Pasquale, entrepreneuse en Ukraine et fondatrice de Pascale-Projects.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
"La reconstruction en Ukraine doit s'appuyer sur des moyens de production tangibles, des résultats mesurables, des normes claires, une gouvernance transparente."
Lorsqu'on évoque l'Ukraine aujourd'hui, l'attention se porte souvent sur la guerre, la géopolitique et les fonds de reconstruction. On s'intéresse beaucoup moins à une question cruciale : comment relancer l'activité industrielle de manière économiquement viable, techniquement solide et pleinement conforme aux normes européennes ? Notre longue expérience en Ukraine nous montre clairement que la reconstruction industrielle n'est pas avant tout un problème financier, mais bien structurel.
L'industrie doit être concrète, non symbolique.
La reconstruction ne peut reposer uniquement sur des déclarations, des fonds ou des programmes de soutien temporaires. Pour être durable, elle doit s'appuyer sur des moyens de production tangibles, des résultats mesurables, des normes claires, une gouvernance transparente.
Concrètement, cela signifie réactiver les usines, et non organiser des conférences.
Opérer en Ukraine aujourd'hui exige de la résilience, mais surtout de la discipline. Les systèmes énergétiques sont instables, la logistique fragile et le financement prudent.
Tout modèle industriel doit donc être aussi indépendant énergiquement que possible, traçable numériquement, basé sur les ressources locales, intégré aux chaînes d'approvisionnement européennes.
Le potentiel d'une industrie fondée sur le charbon
L'Ukraine possède d'importantes ressources forestières et de biomasse. Correctement gérées, ces ressources peuvent soutenir la production de matériaux “bio-based”, la production de carbone négatif (par exemple, le biochar), la transformation avancée du bois, les systèmes d'énergie renouvelable à l'échelle locale.
La clé réside cependant non pas dans l'extraction des matières premières, mais dans leur transformation selon les normes européennes.
L'avenir industriel de l'Ukraine repose sur une mesure rigoureuse des émissions de charbon, le respect des cadres européens de développement durable et la traçabilité tout au long de la chaîne de valeur.
Sans mesure, il n'y a pas de crédibilité. Sans crédibilité, il n'y a pas d’intégration.
L'Europe comme cadre, pas seulement comme marché
Pour les entreprises ukrainiennes, l'alignement sur les normes de l'Union européenne n'est pas une option. C'est une condition de survie à moyen terme. Les obligations de reporting environnemental, de traçabilité des chaînes d'approvisionnement et de gouvernance sont parfois perçues comme des contraintes administratives. En réalité, elles constituent le fondement de la confiance.
Les entrepreneurs opérant entre l'Ukraine et l'Union européenne doivent concevoir leurs systèmes industriels dès le départ de manière à respecter les exigences en matière de reporting de développement durable, les critères d'efficacité énergétique, les obligations de transparence des achats public.
Il ne s'agit pas d'idéologie, mais d'accès aux marchés et aux capitaux.
De la résilience à la compétitivité
La résilience seule ne suffit pas. L'industrie ukrainienne doit non seulement survivre, mais aussi être compétitive.
Cela implique notamment des unités industrielles petites et efficaces, des systèmes de surveillance numérique, une moindre dépendance aux infrastructures centralisées, des partenariats techniques avec les institutions européennes. La reconstruction offre l'opportunité de bâtir des systèmes industriels modernes, plutôt que de reproduire des modèles obsolètes. L'objectif ne doit pas être de simplement rétablir la situation d'avant 2022, mais de créer une base de production plus robuste, mesurable et intégrée.
Une approche pragmatique
D'après notre expérience entrepreneuriale, le progrès passe par des mesures concrètes et mesurables, par exemple la relance de la production à échelle contrôlée, une autonomie énergétique lorsque cela est possible, la mise en place d'une traçabilité numérique, la création de partenariats industriels transfrontaliers.
Les grands discours importent moins que des équipements fonctionnels. Les usines qui produisent, mesurent et respectent les normes attirent les capitaux plus rapidement que celles qui promettent une transformation sans résultats tangibles. L'avenir industriel de l'Ukraine ne se définira pas par des slogans, mais par une rigueur opérationnelle.
La reconstruction doit reposer sur une production réelle, des mesures rigoureuses et l'intégration européenne. Tout le reste est secondaire.