Recrutement : les employeurs surestiment massivement l’usage de l’IA chez les candidats
Les employeurs sont persuadés que l’intelligence artificielle est devenue omniprésente dans les candidatures. Pourtant, la réalité est bien différente : moins d’un candidat sur cinq y a réellement recours. Une étude de Partena Professional met en lumière un décalage frappant entre perception et usage.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- 3 % des employeurs pensent que les candidats utilisent massivement l’IA
- En réalité, moins d’un salarié sur cinq y a recours
- Les jeunes utilisent davantage l’IA que les autres générations
- L’IA est utile, mais ne doit pas remplacer l’authenticité
L’intelligence artificielle s’impose progressivement dans le monde du travail… mais pas forcément là où on l’imagine.
Selon une étude menée par Partena Professional en collaboration avec l’économiste du travail Stijn Baert, les employeurs belges surestiment largement l’utilisation de l’IA dans les processus de recrutement.
Alors que 53 % des employeurs pensent qu’au moins la moitié des candidats utilisent l’IA pour postuler, la réalité est bien plus nuancée : seuls 15,8 % des salariés déclarent avoir utilisé un outil d’IA pour rédiger leur CV, et 18,1 % pour leur lettre de motivation.
Une perception largement biaisée
Ce décalage est particulièrement marqué. Trois employeurs sur dix estiment même que plus de 70 % des candidats utilisent l’IA. Une perception alimentée notamment par le fait que près de la moitié des recruteurs (46,4 %) affirment avoir déjà détecté l’usage de l’IA dans une candidature.
Mais ces impressions ne reflètent pas la réalité du terrain. « L’IA bénéficie d’une forte couverture médiatique, ce qui donne l’impression que tout le monde l’utilise. En réalité, il s’agit encore d’une minorité », explique Dieter De Waegeneer, chez Partena Professional.
Des usages encore limités
Dans les faits, l’utilisation de l’IA reste marginale :
- 15,8 % pour rédiger un CV
- 18,1 % pour une lettre de motivation
- 9,1 % pour passer des tests en ligne
Autrement dit, la grande majorité des candidats continue de s’appuyer sur ses propres compétences. Même lors des tests en ligne, neuf candidats sur dix affirment ne pas utiliser d’outils d’intelligence artificielle.
Une fracture générationnelle nette
L’étude met en évidence une différence marquée selon l’âge. Chez les moins de 35 ans, près d’un candidat sur trois a déjà utilisé l’IA pour rédiger un CV ou une lettre de motivation. À partir de 35 ans, ces chiffres chutent de moitié. Pour les jeunes générations, l’IA devient progressivement un outil comme un autre. À l’inverse, les travailleurs plus âgés restent plus prudents. « Les jeunes se sentent plus compétents dans l’utilisation de l’IA, même si leur niveau de maîtrise reste encore limité », souligne Stijn Baert.
Un outil utile… mais à manier avec prudence
Pour Partena Professional, l’utilisation de l’IA dans une candidature n’est pas un problème en soi. À condition de l’utiliser intelligemment. Premier risque : perdre son authenticité.
Des candidatures trop “lisses” ou standardisées peuvent jouer en défaveur du candidat. Deuxième enjeu : la qualité. L’IA peut être un excellent outil pour corriger les fautes, un critère déterminant pour les recruteurs. Enfin, les candidats doivent être capables de défendre leur candidature.
Un CV généré par IA ne suffit pas : il faut pouvoir en expliquer le contenu en entretien.
Un enjeu aussi pour les employeurs
L’étude rappelle également que l’usage de l’IA dans le recrutement est encadré par la loi. RGPD, règles anti-discrimination et futur AI Act européen imposent des obligations strictes. La transparence est essentielle : les candidats doivent être informés lorsque l’IA est utilisée.
Et surtout, aucune décision ne peut être prise sans intervention humaine.
Au-delà des chiffres, l’étude met en lumière un phénomène plus large : un fossé entre perception et réalité. L’IA inquiète, fascine et alimente les fantasmes… mais son adoption reste encore progressive. Dans le recrutement aussi, la révolution est en marche — mais elle n’est pas encore généralisée.