Solvay-Syensqo : la rémunération d'Ilham Kadri fait scandale
Syensqo traverse une forte zone de turbulence depuis la scission de Solvay, tandis que la rémunération finale d'Ilham Kadri suscite une contestation croissante. Entre chute boursière, critiques de gouvernance et réactions discrètes mais inhabituelles des familles actionnaires, le dossier fragilise l'héritage de la transformation lancée fin 2023.
Publié par Rédaction
Résumé de l'article
La scission de Solvay en deux entités, dont Syensqo, se traduit par une chute boursière sévère et une polémique autour de la rémunération de plus de 100 millions d'euros à l'ex-PDG Ilham Kadri, relançant le débat sur la gouvernance du groupe et la confiance des familles actionnaires.
La polémique a pris de l'ampleur après la publication des montants perçus par l'ex-dirigeante de Solvay puis de Syensqo. Selon le rapport annuel de l'entreprise, Ilham Kadri a touché plus de 40 millions d'euros en 2025, pour sa dernière année à la tête de Syensqo, soit bien au-delà de sa rémunération de base, estimée à un peu plus de 7,5 millions d'euros, rapportent nos confrères des Le Soir et De Tijd.
À cela se sont ajoutés plusieurs éléments contractuels, dont une indemnité de départ de 13,1 millions d'euros, une prime de fidélisation de 7,5 millions d'euros, près de 4,4 millions d'euros pour avoir refusé un poste chez la concurrence, ainsi que 7,9 millions d'euros liés à son installation en Belgique après son départ des États-Unis.
Syensqo en plein krach boursier
Cette rémunération intervient dans un contexte boursier très dégradé pour Syensqo. Né en 2023 de la séparation du groupe Solvay en deux entités, le spécialiste de la chimie a vu son titre reculer brutalement fin février, avec une baisse d'environ 40% en deux jours après la publication de ses résultats 2025 et de ses perspectives 2026. La réponse a effacé plusieurs milliards de capitalisation, alors que l'opération de scission devait au départ créer davantage de valeur pour les actionnaires.
Critiques sur la gouvernance de Solvay/Syensqo
Les critiques se concentrent désormais sur la gouvernance du groupe. Plusieurs observateurs estiment que les conseils d'administration ont validé des rémunérations déconnectées des performances réelles, tandis que les familles historiques Solvay, notamment les Janssen et les Boël, se retrouvent exposent à une forte dégradation de la valeur de leurs participations.
Face à la tempête, des ajustements ont été annoncés au sein de Syensqo, avec l'arrivée de Michael Radossich à la direction et des changements au sein du management, dans l'objectif affiché d'accélérer la croissance et la transformation.
Du côté de Solvac, l'actionnaire de référence lié aux familles, la réaction a été inhabituelle par sa visibilité. Le groupe a pris acte de la réaction des marchés, dit suivre la situation de très près et affirme rester en contact étroit avec le conseil d'administration et la direction de Syensqo. Il a ensuite proposé des modifications dans la structure de détention et de vote des actions, dans un contexte où la confiance des familles actionnaires semble fragilisée.
L'avenir de la scission sous pression
Ilham Kadri, qui avait défendu devant ses administrateurs une transformation dont les effets ne se mesureraient, selon elle, qu'à moyen terme, n'a pas répondu aux sollicitations des journalistes. Elle avait toutefois estimé qu'il faudrait plusieurs années ailleurs, voire une décennie, pour juger pleinement les conséquences de la scission.
Une rémunération hors échelle par rapport à la taille de l'entreprise
Sur base des éléments en notre possession, nous pouvons estimer qu'Ilham Kadri a perçu plus de 110 millions d'euros au total entre sa rémunération chez Solvay et Syensqo, bonus et indemnités compris, sur la période 2023-2025.
Les chiffres publiés dans les rapports annuels et repris par la presse économique permettent de reconstituer une enveloppe globale très élevée. La scission de Solvay en 2023 a été couronnée par une prime d'environ 12 millions d'euros pour l'ancienne patronne, tandis que les exercices 2023 et 2024 ont vu s'ajouter près de 25,7 millions de bonus et autres rémunérations variables.
En 2025, dernière année à la tête de Syensqo, sa rémunération de base s'élève à plus de 7,5 millions d'euros, à laquelle s'ajoutent une indemnité de départ de 13,1 millions, une prime de fidélisation de 7,5 millions (répartie entre 2025 et 2026), près de 4,4 millions pour avoir refusé un poste chez un concurrent, et environ 7,9 millions liés à son installation en Belgique après son retour des États‑Unis.
Au final, le cumul de ces montants place Ilham Kadri parmi les dirigeants les mieux payées de Belgique, avec une enveloppe globale qui dépasse nettement la barre des 100 millions d'euros sur cette période, ce qui alimente aujourd'hui la polémique autour de sa rémunération et de la gouvernance de Solvay-Syensqo.
Au regard de la taille de Syensqo, dont la valorisation boursière tourne autour de quelques milliards d'euros, et de la dégradation sensible de sa valeur, ces montants de plus de 110 millions d'euros perçus par Ilham Kadri entre 2023 et 2025 apparaissent largement disproportionnés, comme déconnectés de l'ampleur réelle de l'entreprise estiment plusieurs observateurs proches des cercles économiques belges.
Cette rémunération, très supérieure à ce que l'on observe d'ordinaire dans le secteur industriel pour des groupes de cette taille, alimente la perception d'un décalage profond entre les intérêts du management et ceux des actionnaires et renforce l'exigence de transparence et de vigilance dans la gouvernance des grands groupes cotés en bourse.
Pourquoi la valeur boursière de Syensqo s'est-elle dégradée
La valeur boursière de Syensqo s'est dégradée principalement parce que les résultats et perspectives de l'entreprise ont fortement déçu les marchés, notamment fin février 2026. Après la publication de ses résultats 2025 et de ses estimations 2026, le groupe annonce une baisse de son chiffre d'affaires et de son EBITDA (Bénéfice avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissement), avec une croissance modeste voire négative sur plusieurs de ses activités clés, surtout dans les polymères spécialisés, qui représentent une part importante de ses revenus.
Cette dégradation de la rentabilité, couplée à des perspectives jugées incertaines et à une vulnérabilité réduite sur la croissance, a provoqué un rehaussement brutal de la prime de risque pour les investisseurs, qui ont réduit leurs anticipations de bénéfices à moyen terme. Le résultat a été une chute d'environ 40% du cours de l'action sur quelques jours, ramenant la capitalisation à un niveau bien inférieur à celui attendu pour une entreprise de croissance censée tirer partie de la scission de Solvay.