Thélyson Orélien renonce à prouver qu'il n'a pas utilisé l'IA en même temps qu'émergent de nouveaux soupçons de plagiat
L'écrivain québécois d'origine haïtienne renonce à fournir les preuves promises pour démontrer que son roman n'a pas été écrit par une intelligence artificielle. Dans le même temps, une enquête du quotidien Le Devoir révèle de nouvelles similitudes troublantes entre un reportage journalistique et un article publié par l'auteur en 2023.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Thélyson Orélien renonce à prouver que son roman n'a pas été écrit par l'IA. Une enquête du Devoir révèle aussi de nouvelles accusations de plagiat.
L'affaire Thélyson Orélien, qui secoue le monde littéraire francophone, connaît de nouveaux rebondissements. Soupçonné d'avoir eu recours à l'intelligence artificielle pour rédiger son roman C'était ça ou mourir, l'écrivain a finalement renoncé à constituer le dossier de preuves qu'il avait promis de présenter pour dissiper les soupçons.
Selon une information de La Presse canadienne publiée le 17 octobre par Le Devoir, les Éditions du Boréal ont confirmé avoir accompagné l'auteur dans cette démarche, avant que celui-ci ne décide d'y mettre un terme.
La maison d'édition assure respecter cette décision, tout en reconnaissant qu'elle aurait préféré pouvoir apporter des réponses définitives aux accusations.
Des preuves promises qui ne viendront pas
Thélyson Orélien avait pourtant catégoriquement nié avoir utilisé l'intelligence artificielle pour écrire son roman. Dans une déclaration transmise à l'AFP le 13 octobre par son éditeur français Grasset, il affirmait que « pas une seule phrase » de son ouvrage n'avait été créée par l'IA.
L'auteur avait annoncé dès septembre son intention de réunir des éléments permettant d'établir l'origine humaine de son texte. Ce travail est désormais abandonné, sans que les raisons de ce revirement aient été précisées.
La controverse a déjà eu des conséquences sur la carrière de l'écrivain. Son roman a été retiré de la course au prix Goncourt, tandis que les éditions Boréal reconnaissent un ralentissement des ventes, sans communiquer de chiffres précis.
Le livre demeure toutefois commercialisé. En rupture de stock chez l'éditeur au moment de l'annonce, il devait faire l'objet d'une nouvelle impression.
Un reportage aux ressemblances particulièrement troublantes
L'enquête du Devoir s'appuie notamment sur une comparaison détaillée des deux articles, dont certaines similitudes dépassent la simple reprise d'informations publiques.
Les deux reportages s'ouvrent ainsi dans le même refuge pour migrants, à Tapachula, au Mexique. Tous deux décrivent une ambiance musicale et s'attardent sur une jeune mère haïtienne accompagnée de son bébé.
Mais les personnages changent étrangement d'identité. Dans le reportage original du Devoir, la jeune femme s'appelle Lanèse Pharisien, a 24 ans et tient dans ses bras sa fille Nikita. Dans le texte publié par ErraMagazine, elle devient Marianne Desrosiers, 22 ans, mère d'une petite Élodie.
La ressemblance ne s'arrête pas là. Les deux articles évoquent les mêmes statistiques sur les demandes d'asile au Mexique, citent le même représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, Giovanni Lepri, et rapportent un rassemblement de 7.000 migrants survenu le 18 septembre.
Plusieurs passages semblent ainsi reprendre, sous des formulations différentes, la structure et les informations du reportage initial.
Plus préoccupant encore, un autre intervenant cité dans les deux publications, Pierre-Marc René, a assuré au Devoir n'avoir jamais accordé d'entretien aux auteurs d'ErraMagazine.
Ces correspondances soulèvent donc une question qui dépasse celle d'un éventuel emprunt rédactionnel : certains témoignages présentés dans le second article auraient-ils été reconstitués à partir du travail d'une autre journaliste ?
Thélyson Orélien conteste les accusations de plagiat concernant ce reportage. Selon Le Devoir, il n'a toutefois pas apporté d'éléments convaincants permettant de dissiper les soupçons.
Un mystérieux coauteur et une photo suspectée d'avoir été générée par IA
L'enquête soulève également des interrogations sur l'identité d'Alejandro Soto Torres, le journaliste présenté comme coauteur du reportage publié par ErraMagazine.
Malgré ses recherches, Le Devoir affirme n'avoir retrouvé aucune autre publication ni trace professionnelle d'un journaliste portant ce nom.
La photo associée à son profil présente par ailleurs plusieurs caractéristiques laissant soupçonner une génération ou une retouche par intelligence artificielle. Soumise à l'outil de détection Sightengine, elle aurait obtenu un score de 99 % de probabilité d'origine artificielle. Un résultat qui ne constitue toutefois pas, à lui seul, une preuve définitive.
Contacté par Le Devoir après la première publication de l'enquête, Thélyson Orélien a contesté ces nouvelles accusations de plagiat, sans fournir, selon le quotidien, d'éléments jugés convaincants pour les réfuter. Le site ErraMagazine, tout comme l'article concerné, n'est aujourd'hui plus accessible en ligne.
Des antécédents de plagiat déjà reconnus
L'écrivain a déjà reconnu s'être approprié, par le passé, des textes dont il n'était pas l'auteur. Des cas concernant notamment des publications de La Presse, de Radio-Canada et du blogue de RFI avaient été révélés. Thélyson Orélien avait alors invoqué des erreurs liées à sa jeunesse et à son inexpérience.
Une explication que les nouvelles révélations risquent de mettre à mal, puisque les faits désormais dénoncés par Le Devoir remonteraient à décembre 2023.
Le directeur du quotidien québécois, Brian Myles, a d'ailleurs vivement réagi, qualifiant le plagiat de faute particulièrement grave dans le journalisme et estimant que les faits relevés appelaient des excuses de la part de l'écrivain.
Pour l'heure, les accusations d'utilisation de l'intelligence artificielle dans la rédaction de C'était ça ou mourir demeurent non démontrées. Mais entre les plagiats antérieurs reconnus, les nouvelles similitudes mises au jour et l'abandon du dossier de preuves annoncé, la controverse autour de Thélyson Orélien paraît loin d'être terminée.