Trump, « post-vérité », « débat démocratique » : le ton monte entre le MR et le PS à Bruxelles
Clémentine Barzin (MR) et Martin Casier (PS) s’opposent autour du rapport du Comité d’experts climat. Elle questionne l’orientation de certains passages ; lui met en garde contre la remise en cause de la science. La députée dénonce une tentative d’« étouffer le débat ».
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Clémentine Barzin (MR) questionne certains concepts et orientations du rapport annuel du Comité d’experts climat bruxellois.
- Martin Casier (PS) reconnaît le droit de discuter un rapport scientifique, mais refuse que des travaux soient qualifiés d’« idéologiques » parce qu’ils déplaisent politiquement.
- Après l’évocation par le socialiste de Donald Trump et de la « post-vérité », Barzin dénonce une tentative d’« étouffer le débat démocratique ».
Le débat climatique s’est transformé en passe d’armes politique au Parlement bruxellois. Au cœur de la controverse : le rapport annuel du Comité d’experts climat et, plus largement, la frontière entre expertise scientifique, choix politiques et débat démocratique.
Tout commence lors de la commission de l’Environnement du Parlement bruxellois du 1er octobre. Le Comité d’experts climat y présente son rapport annuel aux députés. Clémentine Barzin (MR) profite de l’occasion pour interroger ses membres sur leur méthodologie, mais aussi sur ce qu’elle considère comme l’orientation idéologique de certains passages du document.
Barzin questionne le rôle et les orientations du Comité
Créé sous la précédente législature, dans le prolongement d’une réforme du Code bruxellois de l’air, du climat et de la maîtrise de l’énergie (COBRACE), le Comité rassemble huit experts scientifiques indépendants. Il est notamment chargé d’évaluer la politique climatique bruxelloise.
Le MR s’était opposé à la création de cette structure. Clémentine Barzin rappelle cette position et estime qu’après plusieurs années de fonctionnement, son efficacité peut légitimement être évaluée.
« Ces dispositifs ont un coût pour le contribuable, et leur pertinence doit être examinée », fait-elle notamment valoir.
Mais c’est surtout le contenu du rapport qui provoque la polémique. La députée MR questionne l’utilisation de concepts tels que la « transition juste » ou « l’intersectionnalité » et s'interroge sur ce qu’elle considère comme une approche idéologique de certaines problématiques.
Elle pointe notamment des passages consacrés au modèle économique mondialisé et aux inégalités qu’il générerait structurellement. Pour la députée libérale, il est légitime de se demander si ce type de considérations relève bien des missions d’un comité scientifique chargé d’évaluer la politique climatique régionale.
Martin Casier : « Un rapport scientifique peut et doit être discuté »
Cette intervention a fait réagir Martin Casier dans un long post sur les réseaux sociaux. Le député PS ne conteste pas le droit de sa collègue d’interroger les experts. Au contraire, il commence par reconnaître explicitement la légitimité du débat scientifique.
« Bien sûr qu’un rapport scientifique peut et doit être discuté. C’est même comme cela que fonctionne la science », écrit-il.
Mais, selon lui, Clémentine Barzin va plus loin qu'une simple discussion de la méthodologie.
« Il y a une différence entre questionner une méthodologie et qualifier une recherche d’“idéologique” parce que ses conclusions ou les concepts qu’elle mobilise ne correspondent pas aux orientations d’un parti », estime Martin Casier.
Pour le député socialiste, l’indépendance du Comité implique précisément que celui-ci ne doive pas tenir compte des préférences des formations politiques.
« Le rôle d’un comité scientifique indépendant n’est pas d’adapter son expertise aux orientations politiques. Il est de produire une analyse qui puisse aussi mettre les politiques publiques face à leurs résultats et à leurs conséquences. »
Le PS évoque le climat de « post-vérité »
Martin Casier élargit ensuite son propos à la place de la science dans le débat public. Il estime que la controverse bruxelloise doit être replacée dans un contexte où l’expertise scientifique est de plus en plus contestée.
« Nous sommes dans une ère de post-vérité où la parole scientifique est de plus en plus contestée, où le climatoscepticisme continue de circuler et où une expertise scientifique peut parfois être mise sur le même plan qu’une opinion », écrit-il.
C’est dans ce contexte qu'il évoque Donald Trump et les attaques du président américain contre des chercheurs et le financement public de la recherche. Martin Casier prend toutefois soin de préciser que les situations ne sont pas comparables en termes d’ampleur.
« Ce qui se joue là-bas est évidemment d’une autre ampleur. Mais la logique mérite notre attention : lorsque les conclusions des experts deviennent gênantes, la tentation peut être de remettre en cause les experts plutôt que leur travail. »
Pour le député PS, l’enjeu dépasse donc la seule politique climatique bruxelloise.
« La science n’est pas une idéologie. C’est une méthode qui permet de confronter nos convictions au réel », insiste-t-il, avant de conclure : « Une démocratie a besoin de faits sur lesquels le débat peut s’appuyer. »
Barzin dénonce une comparaison avec Trump
Clémentine Barzin n’a guère apprécié cette réaction. Dans un long texte publié en réponse, elle considère que le député socialiste fait un rapprochement injustifié entre son intervention et les attaques menées aux États-Unis contre le monde scientifique.
La députée libérale affirme ne pas remettre en cause les compétences scientifiques des membres du Comité. Elle distingue le travail des experts de certaines orientations et recommandations contenues dans leur rapport, qu’elle estime parfaitement légitime de soumettre à la critique politique.
Elle considère surtout que l’argument de Martin Casier revient à disqualifier sa critique en la rapprochant de la post-vérité et du climatoscepticisme.
« Assimiler une analyse de fond à de la post-vérité digne de Trump est une tentative nauséabonde d’étouffer le débat démocratique », réplique-t-elle.
Nouveau clash au sein de la majorité
Derrière la virulence de l’échange se dessine surtout un désaccord de fond sur la place de l’expertise scientifique dans la décision politique. Rappelons que MR et PS font partie de la même majorité régionale bruxelloise mais que les désaccords entre les deux partis se sont multipliés ces derniers jours, hotamment sur le versement de la dotation de la SRLB.
Martin Casier défend l’idée qu’un comité indépendant doit pouvoir utiliser les concepts et outils scientifiques qu’il juge pertinents, même lorsque ses conclusions dérangent certaines formations politiques. Pour lui, qualifier ces travaux d’idéologiques risque de contribuer à une remise en cause plus générale de la parole scientifique.
Clémentine Barzin défend au contraire le droit des parlementaires à interroger non seulement la méthodologie, mais également les concepts, les recommandations et les présupposés qui peuvent apparaître dans les travaux d’un organisme financé par les pouvoirs publics. Elle refuse que cette critique soit assimilée à du climatoscepticisme ou à une remise en cause de la science.