« Wanted » : le dérapage du PTB qui fait passer Bouchez et De Wever pour des criminels
Avec sa nouvelle campagne « Wanted », le PTB franchit un cap dans la mise en scène politique. Sur des affiches et dans un folder distribué dans les boîtes aux lettres, Georges-Louis Bouchez et le Premier ministre Bart De Wever apparaissent comme des criminels recherchés façon Far West. Une stratégie choc qui soulève des questions sur les limites de la communication politique et le climat de tension croissant dans le débat public.
Publié par Demetrio Scagliola
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Résumé de l'article
Le PTB lance une campagne « Wanted » visant Georges-Louis Bouchez et Bart De Wever.
Les deux responsables apparaissent comme des criminels recherchés dans un style Far West.
Le folder accuse certains dirigeants politiques de « voler » les pensions des Belges.
La campagne soulève des questions sur les limites de la communication politique et l’utilisation des dotations publiques des partis.
Le PTB vient de lancer une campagne publicitaire nationale particulièrement agressive contre le gouvernement « Arizona ».
Diffusée sur internet mais aussi via un folder publicitaire distribué dans les boîtes aux lettres du pays, l’opération vise directement plusieurs figures politiques de la majorité, en particulier le président du MR Georges-Louis Bouchez et le Premier ministre Bart De Wever (N-VA).
La couverture du document donne le ton : les visages des deux responsables politiques apparaissent en gros plan, dans une mise en scène qui évoque les célèbres affiches « Wanted » du Far West.
Le mot « Wanted » barre la une du document et les deux hommes y apparaissent comme des criminels recherchés, dans un style rappelant les « mug shots » de la police américaine.
« Voleurs » de pensions ?
À l’intérieur du folder, le ton se durcit encore. Le PTB accuse les dirigeants de la coalition Arizona de « voler » les pensions (et l'index) des Belges. Georges-Louis Bouchez et le vice-Premier ministre Maxime Prévot (Les Engagés) y sont notamment désignés comme des « voleurs ».
La campagne vise à dénoncer les réformes des pensions envisagées par le gouvernement fédéral, que le PTB accuse de pénaliser les travailleurs et les retraités. Sur le principe, rien d’anormal : dans une démocratie saine, l’opposition a évidemment le droit — et même le devoir — de contester les décisions du pouvoir en place et d’en désigner les responsables politiques. Mais la forme choisie par le PTB interroge.
Les limites du débat démocratique
Qualifier des responsables politiques de « voleurs » pose en effet un double problème. D’une part, sur le plan factuel : ni Georges-Louis Bouchez, ni Bart De Wever, ni Maxime Prévot n’ont été condamnés ou même poursuivis pour un quelconque vol. D’autre part, sur le plan juridique : de telles accusations pourraient, en théorie, exposer leurs auteurs à des poursuites pour diffamation.
Une stratégie de communication sous tension
Au-delà du droit, c’est aussi la question du climat politique qui se pose. Dans un contexte où la violence verbale et parfois physique à l’égard des responsables politiques s’est banalisée, afficher leurs visages comme s’il s’agissait de criminels recherchés peut apparaître comme une escalade dangereuse.
La campagne du PTB s’inscrit dans une stratégie de communication volontairement choc. Le parti d’extrême gauche assume depuis plusieurs années une rhétorique offensive visant à dénoncer ce qu’il présente comme les injustices sociales et les politiques d’austérité. Mais cette fois, certains observateurs estiment que la mise en scène franchit un seuil symbolique.
Transformer ses adversaires politiques en « criminels recherchés » relève moins du débat d’idées que de la caricature dangereuse.
La question du financement public des partis
Et dans un climat politique déjà fortement polarisé, ce type de communication risque surtout d’alimenter la confusion, la post-vérité et la radicalisation du débat public.
Mais cette campagne soulève également une autre question : celle du financement des partis politiques.
La diffusion d’une opération nationale — combinant publicité en ligne, matériel imprimé et distribution dans les boîtes aux lettres — représente un coût important. Or les partis belges bénéficient de dotations publiques conséquentes. Dans un contexte budgétaire particulièrement tendu pour les finances publiques, certains s’interrogent sur l’utilisation de ces moyens pour financer des campagnes politiques au ton particulièrement virulent. Plus largement, la polémique relance un débat récurrent : celui du rôle que devraient jouer les partis politiques dans la qualité du débat démocratique.
Car si la confrontation politique est inhérente à toute démocratie, elle suppose aussi un minimum de respect des faits et des personnes.