2,5 millions d’emplois “corrigés à la baisse” : que se passe-t-il avec les données du marché du travail américain ?
Le marché du travail américain envoie des signaux contrastés. Janvier semble solide : 130.000 nouveaux emplois (environ le double des attentes) et un taux de chômage de 4,3 %, ce qui témoigne d’une certaine résilience et réduit la pression en faveur de baisses rapides des taux d’intérêt. Mais une analyse plus approfondie des chiffres mène à plusieurs conclusions préoccupantes.
Publié par Dominique Dewitte
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Résumé de l'article
Le marché de l'emploi est en pleine mutation aux États-Unis, comme le montrent les derniers chiffres : la santé et l'aide sociale ont beaucoup recruté.
Les chiffres de l’emploi aux États-Unis pour 2025 ont été révisés à la baisse de 1.029.000 emplois. Il s’agit de la plus importante révision annuelle depuis au moins 20 ans. Cette correction fait suite à des révisions négatives de 818.000 en 2024 et de 306.000 en 2023.
Au total, pas moins de 2.153.000 emplois ont été “corrigés à la baisse” au cours des trois dernières années par rapport aux chiffres initialement publiés. Depuis 2019, 2.500.000 emplois ont disparu des données officielles, avec des révisions négatives six années sur les sept dernières.
Un marché du travail en mutation
Le rapport sur l’emploi et les importantes révisions à la baisse montrent que le marché du travail américain est en pleine mutation : les secteurs de la santé et de l’aide sociale tirent l’ensemble vers le haut, tandis que l’administration publique, l’industrie, le commerce de détail et de nombreux emplois de bureau restent à la traîne. Les précédentes estimations de croissance dans la construction, l’industrie manufacturière et le commerce de détail (soit environ 115.000 emplois de moins qu’estimé en 2025) ont notamment été revues à la baisse.
Au cours des douze derniers mois, la majorité des nouveaux emplois ont été créés dans la santé (+437.000) et l’aide sociale (+321.000). En excluant ces deux secteurs, l’emploi privé a reculé, tout comme le nombre d’emplois publics (-327.000 depuis octobre 2024), qui avaient atteint un niveau record sous l’administration Biden.
Les emplois de bureau sont particulièrement touchés, en raison des incertitudes liées aux droits de douane et d’une plus grande prudence dans les recrutements, conséquence de l’essor des expérimentations en matière d’IA. Quant à l’industrie manufacturière, censée renaître sous Trump II, elle ne tient pas encore ses promesses : en janvier 2026, on comptait 285.000 emplois industriels américains de moins qu’il y a deux ans. Le mois dernier, 5.000 emplois industriels ont toutefois été créés pour la première fois sous Trump.
L’impact d’une politique migratoire plus stricte
Un durcissement de la politique migratoire limite l’offre de nouveaux travailleurs, ce qui signifie qu’une croissance de l’emploi plus faible suffit à maintenir le chômage autour de 4,3 %.
Les expulsions massives ont fortement réduit le nombre de travailleurs étrangers disponibles. Depuis mars 2025, leur nombre a diminué de 534.000, bien plus que prévu. Certaines sources évoquent même des chiffres compris entre 1,2 et 1,5 million. Les employeurs peinent davantage à recruter, tandis que les travailleurs nés aux États-Unis ne comblent pas encore ce manque : le taux de chômage parmi eux est monté à 4,7 %.
Doutes sur les données du marché du travail
À court terme, le marché du travail ne semble pas en situation de faiblesse aiguë et la hausse des marchés boursiers soutient la consommation. Pourtant, 2025 apparaît bien plus fragile que prévu initialement. Les importantes révisions indiquent que le marché du travail est “bien plus faible que rapporté à l’origine”.
Enfin, un élément politique s’ajoute au débat : la marge d’erreur statistique (jusqu’à 70 %) soulève des questions quant à la fiabilité des données du marché du travail américain.