« 50 % des emplois de cols blancs débutants » menacés : le patron d’Anthropic alerte sur une crise de l’emploi
Dario Amodei, patron d'Anthropic, maintient son avertissement spectaculaire sur l'intelligence artificielle : jusqu'à la moitié des emplois de cols blancs débutants pourraient disparaître. Finance, conseil, droit ou technologie seraient en première ligne, avec de premiers effets majeurs possibles d'ici un à cinq ans.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Dario Amodei, patron d'Anthropic, maintient son avertissement : l'IA pourrait supprimer jusqu'à 50 % des emplois de cols blancs débutants, notamment dans la finance, le conseil, le droit et la tech, avec de forts effets possibles d'ici un à cinq ans.
Ce n'est pas un économiste particulièrement pessimiste ni un adversaire de l'intelligence artificielle qui lance l'avertissement. C'est l'un de ceux qui construisent les modèles les plus puissants au monde.
Dario Amodei, cofondateur et patron d'Anthropic, l'entreprise à l'origine de Claude, persiste dans sa prévision particulièrement sombre pour une partie du marché du travail : l'intelligence artificielle pourrait faire disparaître jusqu'à la moitié des emplois de cols blancs de premier échelon au cours des prochaines années.
Il avait avancé ce chiffre pour la première fois publiquement en mai 2025, évoquant également, dans le scénario le plus brutal, un chômage susceptible d'atteindre 10 à 20 %. Plus d'un an après, il continue d'assumer cette inquiétude.
Anthropic CEO Dario Amodei says:
— Fakhr (@iamfakhrealam) October 2, 2026
"50% of all entry-level Lawyers, Consultants, and Finance Professionals will be completely wiped out within the next 1–5 years."
Over 47 minutes, he breaks down who makes it through and why…. pic.twitter.com/VCWBQqpzxR
« D'abord augmentés, puis remplacés »
Son raisonnement tient à la nature même des tâches confiées aux jeunes diplômés. Résumer un document, chercher des informations, réfléchir à différentes hypothèses, préparer un rapport financier, rédiger une première analyse : autant de travaux qui constituent traditionnellement une partie importante des premières années dans la finance, le conseil, le droit ou la technologie.
Or ce sont précisément les tâches sur lesquelles les modèles d'intelligence artificielle progressent rapidement. « Je crains que ces emplois soient d'abord augmentés, mais qu'avant longtemps ils soient remplacés par des systèmes d'IA », explique Dario Amodei.
Le patron d'Anthropic redoute ainsi moins une disparition instantanée de professions entières qu'un assèchement progressif de leur porte d'entrée : les entreprises auraient besoin de moins en moins de juniors pour effectuer le travail préparatoire désormais réalisable par une intelligence artificielle. « Nous pourrions effectivement avoir une grave crise de l'emploi entre les mains », prévient-il.
De « gros effets » d'ici un à cinq ans
Amodei insiste cependant sur l'incertitude considérable entourant toute prévision aussi radicale. Interrogé sur le calendrier, il reconnaît qu'il est « très difficile » de prévoir précisément l'évolution du marché du travail. Mais il estime qu'il ne serait « pas surpris » de voir apparaître de « gros effets » dans un délai compris entre un et cinq ans.
La rapidité des progrès technologiques explique son inquiétude. Selon lui, les meilleurs modèles se situaient encore, il y a deux ans, approximativement au niveau d'un lycéen particulièrement intelligent. Ils atteindraient désormais celui d'un bon étudiant universitaire et commenceraient à le dépasser dans certains domaines.
Amodei affirme surtout que son inquiétude est loin d'être isolée dans la Silicon Valley. « J'ai entendu un certain nombre de personnes en parler en privé, des patrons d'entreprises d'IA, mais aussi des dirigeants d'autres entreprises », raconte-t-il. Il dit avoir choisi de s'exprimer publiquement parce que le message ne parvenait selon lui ni au grand public ni suffisamment aux responsables politiques.
Son avertissement initial avait effectivement marqué les esprits : en mai 2025, il avait estimé que l'IA pourrait supprimer la moitié des emplois de cols blancs débutants et porter le chômage américain à 10 ou 20 % dans les cinq années suivantes.
« Nous ne pouvons pas arrêter le bus »
Pour autant, le patron d'Anthropic ne propose pas d'arrêter le développement de l'intelligence artificielle. « Je ne pense pas que nous puissions arrêter le bus de l'IA », explique-t-il. Même si Anthropic renonçait demain à développer ses modèles, argumente-t-il, plusieurs concurrents américains poursuivraient leurs travaux. Et si toutes les entreprises américaines s'arrêtaient simultanément, la Chine continuerait selon lui à avancer.
« Nous ne pouvons pas arrêter le bus, mais je pense que nous avons peut-être une occasion de le diriger. » Anthropic tente notamment de mesurer les conséquences de l'automatisation à travers son Economic Index, qui étudie la manière dont Claude est utilisé dans différentes professions. Amodei plaide également pour des systèmes conçus autant que possible pour compléter le travail humain plutôt que le remplacer.
Mais il reconnaît lui-même que cette stratégie pourrait ne constituer qu'une solution temporaire.
Jusqu'à taxer les entreprises d'IA
L'avertissement prend une tournure plus singulière encore lorsqu'Amodei évoque les réponses économiques possibles.
Former massivement les salariés à l'utilisation de l'intelligence artificielle constituerait une première étape. Mais si les gains de productivité se concentraient entre les mains d'un nombre réduit d'entreprises tandis qu'une partie des travailleurs perdait son emploi, le gouvernement devrait selon lui envisager des mécanismes de redistribution.
Il va jusqu'à évoquer une mesure qui toucherait directement son propre secteur : taxer les entreprises d'intelligence artificielle.
La prévision reste vivement débattue. Des économistes soulignent notamment qu'automatiser une grande partie des tâches d'un métier n'implique pas nécessairement la disparition du métier lui-même : contraintes réglementaires, responsabilité juridique, relations avec les clients et réorganisation des entreprises peuvent considérablement ralentir la substitution. Certains critiques d'Amodei jugent ainsi qu'il sous-estime l'écart entre les capacités techniques d'un modèle et leur traduction réelle sur le marché du travail.
Amodei lui-même ne prétend pas disposer de certitude. Mais il estime que l'ampleur, la polyvalence et surtout la vitesse de progression de l'IA rendent la comparaison avec les précédentes révolutions technologiques insuffisante.