Pour ne plus être pris de court par les décisions de Donald Trump, le gouvernement danois a créé une cellule d’alerte chargée de suivre, en continu, l’actualité américaine entre 17 heures et 7 heures du matin. Plusieurs journaux dont La Libre s’en font écho. Une mesure inédite qui illustre une nervosité latente de Copenhague face aux ambitions du président américain sur le Groenland.
À Nuuk, au Groenland, l’image d’un avion transportant Donald Trump Jr. posé sur le tarmac, en janvier 2025, reste dans toutes les mémoires. Quelques jours plus tôt, son père avait une nouvelle fois évoqué l’hypothèse d’une « annexion » du territoire, entité autonome mais rattachée au royaume du Danemark. Depuis, Copenhague vit au rythme des déclarations du président américain et redoute les décisions nocturnes prises à Washington.
Pour y faire face, le ministère danois des Affaires étrangères a mis sur pied une équipe spécialisée de « veilleurs de nuit ». Leur mission : surveiller en temps réel les annonces, décrets, interviews ou messages publiés par Donald Trump et son administration pendant que le reste du pays dort. Chaque matin, un rapport détaillé est transmis aux principaux ministères et au cabinet de la Première ministre.
« C’est un effort collectif pour rester informés sans mobiliser l’ensemble de l’administration en permanence », explique le ministère, qui souligne que le décalage horaire entre les États-Unis et l’Europe a pesé lourd dans la décision. Washington parle quand Copenhague dort ; désormais, quelqu’un veille.
Cette cellule n’est que l’un des outils mis en place pour s’adapter à une présidence américaine jugée imprévisible. Les propos répétés de Trump sur la souveraineté du Groenland — qu’il décrit régulièrement comme « stratégique » pour les États-Unis — ont ravivé les tensions diplomatiques. Ces derniers mois, Copenhague a déjà convoqué le chargé d’affaires américain après des « tentatives d’ingérence » sur l’île arctique.
Une rupture profonde
Pour un ancien agent des services de renseignement danois, interrogé par The Guardian, cette évolution marque une rupture profonde : « Les alliances reposent sur des valeurs communes et une perception commune des menaces. Trump ne partage aucune de ces valeurs avec nous, ni avec la majorité des Européens. »
Les Etats-Unis sont en théorie, depuis la doctrine dite « Monroe » de 1821, opposés à tout interventionnisme ou de prise de contrôle de territoires hors du « cylindre » formé par les continent nord et sud-américains. Cette doctrine ne les a pas empêché de procéder à quelques annexions, notamment avec la Philippine à la fin du 19ème siècle – territoire rendu libre depuis lors. La grande majorité des présidents américains depuis Woodrow Wilson au début du 20ème siècle se sont montrés réticents à tout interventionnisme extérieur – même s’il y e a au, avec des succès divers, de l’engagement par deux fois sur le continent européen à celui au Vietnam dans les années 1960. Donald Trump, qui par le passé avait prévenu que l’interventionnisme américain devait prendre fin, avait surpris au début de son second mandat l’ensemble de la communauté internationale en faisant état de velléités sur le territoire du Groenland, donc, et, plus questionnable encore, du Canada.
La rédaction, avec Maxence Dozin
(Photo by Nathan Howard/Pool/ABACAPRESS.COM)