Ormuz, l’Iran et l’Otan : Trump transforme l’Alliance en prestataire militaire
Donald Trump a menacé l’Otan d’un « très mauvais avenir » si les alliés des États-Unis refusent d’aider à rouvrir le détroit d’Ormuz. En liant explicitement la solidarité atlantique à une participation européenne à l’effort américain contre l’Iran, le président américain pousse à son point extrême une logique déjà ancienne : celle d’une Alliance non plus fondée sur des principes communs, mais sur une pure logique de services rendus.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
— Donald Trump exige des alliés de l’Otan une aide militaire pour rouvrir le détroit d’Ormuz.
— L’Europe hésite à s’impliquer davantage dans une guerre contre l’Iran qu’elle n’a pas choisie.
— Au-delà d’Ormuz, Trump confirme sa volonté de transformer l’Otan en alliance conditionnelle et transactionnelle.
Il fallait une guerre au Moyen-Orient pour que Donald Trump formule avec une telle brutalité ce qu’il pense depuis longtemps de l’Otan. Dans un entretien au Financial Times, le président américain explique sans détour que l’Alliance pourrait connaître un « très mauvais avenir » si les alliés des États-Unis n’acceptent pas d’aider Washington à rouvrir le détroit d’Ormuz, bloqué de fait par l’Iran après plus de deux semaines de guerre avec les États-Unis et Israël. Le message est limpide : l’Amérique a aidé l’Europe sur l’Ukraine, l’Europe doit maintenant aider l’Amérique dans le Golfe. Sinon, l’avenir du lien transatlantique sera compromis.
Cette déclaration ne constitue pas un simple accès de colère trumpiste. Elle éclaire une conception cohérente, et de plus en plus assumée, de l’Alliance atlantique. Pour Trump, l’Otan n’est pas d’abord une communauté stratégique soudée par des intérêts durables et des valeurs politiques communes. C’est un dispositif transactionnel. Washington protège, ses alliés doivent rendre. L’article 5 cesse alors d’être un principe de solidarité pour devenir une monnaie d’échange.
Le contexte rend cette sortie particulièrement lourde. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième du pétrole mondial, est devenu l’un des points les plus explosifs de la crise iranienne. La fermeture de cette voie maritime a déjà provoqué un choc sur les marchés de l’énergie, avec un baril monté à 106 dollars, soit une hausse d’environ 45 % depuis le début de la guerre. Trump fait donc valoir, non sans logique apparente, que les grands bénéficiaires de cette route énergétique, à commencer par l’Europe et la Chine, devraient participer à son rétablissement. Mais ce raisonnement, dans sa formulation politique, est tout sauf anodin.
Trump exige des alliés une participation directe à sa guerre
Ce que demande le président américain ne se limite pas à un soutien verbal ou diplomatique. Interrogé sur l’aide qu’il attend, il répond : « whatever it takes ». Le FT précise qu’il réclame des moyens navals, notamment des dragueurs de mines, dont les Européens disposent en nombre supérieur aux Américains. Mais il va plus loin encore en laissant entendre qu’il souhaite aussi des forces capables de neutraliser les acteurs iraniens qui harcèlent la navigation depuis la côte, par drones ou par mines. En clair, Trump ne sollicite pas seulement une présence alliée : il demande une implication militaire concrète dans une zone de guerre ouverte.
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