Absence d'appel, plaintes militantes : Jacqueline Galant ouvre la porte à une réforme du CDJ
Le fonctionnement du Conseil de déontologie journalistique fait débat. Interpellée par Olivier Maroy, la ministre des Médias Jacqueline Galant estime que certaines règles, comme l'absence d'appel ou les critères de recevabilité des plaintes, méritent réflexion.
Publié par Demetrio Scagliola
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Résumé de l'article
- Olivier Maroy a interrogé Jacqueline Galant sur le fonctionnement du CDJ.
- La ministre refuse de commenter les décisions de fond mais reconnaît certaines interrogations du secteur.
- Elle estime qu'une réflexion sur une procédure d'appel pourrait être légitime.
- Les critères de recevabilité des plaintes et la composition du CDJ sont également évoqués.
Le fonctionnement du Conseil de déontologie journalistique (CDJ) s'est invité cette semaine au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. À l'initiative du député MR Olivier Maroy, ancien journaliste et présentateur emblématique de la RTBF, la ministre des Médias Jacqueline Galant a été interrogée sur plusieurs aspects du fonctionnement de l'instance d'autorégulation de la presse francophone. Sans remettre en cause son existence ni son indépendance, la ministre a estimé que certaines questions méritaient une réflexion approfondie, notamment l'absence de procédure d'appel, les critères de recevabilité des plaintes ou encore la représentativité de la société civile au sein de l'institution.
Cette intervention s'inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre certains médias et le CDJ, à la suite de plusieurs décisions récentes qui ont suscité des débats au sein de la profession. Plusieurs rédactions (La Libre, Le Soir, 21 News) ont notamment dénoncé des décisions jugées insuffisamment nuancées ou susceptibles d'exercer un effet dissuasif sur la liberté éditoriale. Pour rappel, 21 News avait été "réprimandé" officiellement par le CDJ pour avoir publié intégralement le discours du vice président des USA, J.D. Vance, qui portait justement sur les problèmes de liberté d'expression en Europe.
Olivier Maroy: "Une instance incontesté, pas un acteur "
La question n'émane pas d'un novice. Avant son entrée en politique, Olivier Maroy a effectué l'essentiel de sa carrière à la RTBF où il a notamment présenté le journal télévisé et l'émission politique « Mise au Point ». Son intervention parlementaire se voulait dès lors celle d'un observateur familier du paysage médiatique francophone.
Le député MR s'est notamment interrogé sur le fonctionnement du CDJ, la possibilité d'introduire un recours contre certaines décisions, la comparaison avec le modèle flamand du Raad voor de Journalistiek ainsi que sur la composition de l'instance. « Le CDJ joue un rôle essentiel dans l'autorégulation de la profession, mais certaines décisions récentes ont suscité de nombreuses interrogations dans les rédactions », a souligné Olivier Maroy. Sans remettre en cause le principe même de l'autorégulation de la presse, Olivier Maroy a posé une question de fond : comment garantir que le CDJ demeure une instance incontestée de régulation déontologique et non un acteur dont certaines décisions finissent elles-mêmes par alimenter la controverse ?
« Certaines préoccupations méritent d'être entendues »
Dans sa réponse, Jacqueline Galant a pris soin de rappeler un principe fondamental : le gouvernement ne doit pas intervenir dans le contenu des décisions du CDJ.
« Il ne m'appartient pas de commenter les décisions de fond rendues par le Conseil de déontologie journalistique, celui-ci exerçant ses missions en toute indépendance », a-t-elle déclaré.
La ministre estime toutefois que les interrogations exprimées par certains acteurs du secteur ne peuvent être ignorées.
« Il est de notre responsabilité collective de veiller à ce que le cadre dans lequel s'exerce cette autorégulation demeure équilibré, crédible et de nature à renforcer la confiance du public envers les médias », a-t-elle expliqué.
Jacqueline Galant relève que « plusieurs titres importants du paysage médiatique » ont récemment exprimé des réserves sur certaines décisions du CDJ. Selon elle, certains professionnels considèrent que certaines décisions peuvent être perçues comme « insuffisamment nuancées » ou susceptibles d'avoir « un effet dissuasif sur la liberté éditoriale et le travail d'analyse journalistique ».
« Ces préoccupations méritent d'être entendues, dans le respect du rôle et de l'indépendance du CDJ », a-t-elle ajouté.
L'absence d'appel dans le viseur
L'un des points les plus sensibles soulevés lors de cet échange concerne l'absence de procédure d'appel contre les décisions du Conseil de déontologie journalistique.
Sur ce point, la ministre se montre particulièrement ouverte à la discussion.
« Il s'agit effectivement d'une question qui peut légitimement faire l'objet d'une réflexion », a-t-elle déclaré.
Sans remettre en cause le principe même de l'autorégulation, Jacqueline Galant estime qu'un éventuel mécanisme de recours pourrait renforcer « la légitimité du dispositif et l'adhésion des acteurs concernés ».
La ministre précise toutefois que cette réflexion doit avant tout être menée par le secteur lui-même et par les instances compétentes.
Le modèle flamand cité en exemple
Jacqueline Galant s'est également attardée sur les différences entre le CDJ francophone et son équivalent flamand, le Raad voor de Journalistiek.
Elle souligne que le modèle flamand repose davantage sur la notion d'intérêt direct à agir lorsqu'une plainte est introduite, alors que le système francophone permet des plaintes fondées sur un intérêt citoyen plus large.
Selon la ministre, cette approche présente certes l'avantage d'une plus grande accessibilité démocratique, mais elle peut aussi entraîner certains effets pervers.
Elle note ainsi que plusieurs observateurs estiment que ce système peut accroître « le risque de plaintes plus militantes, voire politiques, ou moins directement concernées ».
Une réflexion sur les critères de recevabilité des plaintes pourrait donc également être menée, même si la ministre ne formule aucune proposition concrète à ce stade.
Une interrogation sur la représentativité de la société civile
Autre sujet abordé : la composition du CDJ.
Jacqueline Galant juge légitime la présence de représentants de la société civile au sein de l'instance, estimant qu'ils contribuent à maintenir un dialogue entre les médias et les citoyens.
Elle reconnaît cependant qu'une réflexion sur la diversité des profils représentés pourrait être utile.
« Il est néanmoins légitime de s'interroger régulièrement sur la diversité des profils représentés et sur la nécessité d'assurer un pluralisme effectif des sensibilités et des points de vue », a-t-elle déclaré.
Selon la ministre, cette réflexion pourrait accompagner les futurs renouvellements des instances dirigeantes.
Un débat qui dépasse le seul cas du CDJ
Au-delà des aspects techniques, cette intervention illustre un débat plus large qui traverse aujourd'hui le monde médiatique francophone : comment préserver un système d'autorégulation fort tout en garantissant qu'il reste perçu comme équilibré et légitime par l'ensemble des acteurs du secteur.
Créé en 2009, le Conseil de déontologie journalistique est chargé d'examiner les plaintes relatives au respect des règles déontologiques par les médias francophones et germanophones belges. Son rôle repose sur le principe de l'autorégulation : ce sont les professionnels du secteur, aux côtés de représentants de la société civile, qui évaluent le respect des règles journalistiques, sans intervention directe du pouvoir politique.
Les déclarations de Jacqueline Galant montrent toutefois qu'au sein même de la majorité, certaines règles de fonctionnement du dispositif pourraient faire l'objet de discussions dans les mois à venir, sans pour autant remettre en cause l'existence du CDJ ou son indépendance.