Au Danemark, Mette Frederiksen joue sa survie politique entre Trump, le Groenland et le retour de la question sociale
En grande difficulté après un sévère revers local à l’automne, Mette Frederiksen aborde les législatives danoises en bien meilleure posture. La crise ouverte par les menaces américaines sur le Groenland a restauré son image d’autorité, mais sans effacer l’usure du pouvoir ni les fractures d’une campagne où se mêlent souveraineté, coalition introuvable et retour offensif de la question fiscale.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
— Longtemps fragilisée après un revers local sévère, Mette Frederiksen a retrouvé de l’élan en incarnant la fermeté danoise face aux pressions américaines sur le Groenland
— Cette remontée dans les sondages ne masque ni l’usure de plus de six ans au pouvoir ni la fragmentation extrême du paysage politique, qui rendra la formation d’une majorité délicate
— En relançant un impôt sur la fortune, la Première ministre a aussi replacé la question sociale au cœur de la campagne, au risque d’ouvrir une fracture plus nette entre justice redistributive et compétitivité économique
Il y a encore quelques mois, Mette Frederiksen semblait fragilisée comme rarement depuis son arrivée au pouvoir en 2019. La déroute des sociaux-démocrates aux élections locales de novembre, marquée notamment par la perte de Copenhague pour la première fois depuis un siècle, avait brutalement rappelé qu’une stature internationale ne garantit pas une base domestique solide. À mesure que s’installait l’usure de plus de six ans au pouvoir, la Première ministre danoise donnait parfois l’impression d’être plus admirée à l’étranger qu’aimée chez elle.
Et puis le Groenland est revenu au centre du jeu. La relance par Donald Trump de ses menaces sur l’île arctique a transformé la campagne. En s’opposant fermement à toute idée de prise de contrôle américaine, Mette Frederiksen a retrouvé ce qui fait sa force depuis des années : une autorité claire, rapide, presque instinctive, dans la gestion de crise. Là où son pouvoir semblait s’éroder, elle a soudain réapparu comme la seule figure capable d’incarner l’État danois dans un moment de tension internationale inédit.
Le résultat est net dans les enquêtes d’opinion. Les sociaux-démocrates restent certes loin de leurs niveaux historiques, mais ils ont rebondi après avoir touché un plancher alarmant. Ils sont désormais crédités d’un peu plus de 20 % des voix, assez pour rester la première force du pays, dans un paysage parlementaire extrêmement éclaté. Cela ne promet pas un triomphe. Cela éloigne en revanche le scénario de l’effondrement.
Le Groenland a rendu à Frederiksen sa stature de chef
La campagne danoise aura confirmé une chose : dans un pays habituellement dominé par les débats de compromis, de coalition et de gestion, la géopolitique peut soudain tout reconfigurer. Le Groenland, longtemps perçu comme une question lointaine ou institutionnelle, est devenu le point de contact direct entre les électeurs et la souveraineté nationale. La menace n’avait plus rien d’abstrait. Lorsqu’un allié historique, les États-Unis, se met à parler de prise de contrôle d’un territoire relevant du royaume danois, l’affaire cesse d’être diplomatique pour devenir existentielle.
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