Belkacem demande la protection de la Belgique : Bouchez veut remettre l'immigration au cœur du gouvernement
Fouad Belkacem demande à rester en Belgique plutôt que d'être renvoyé au Maroc. Georges-Louis Bouchez saisit l'affaire pour réclamer l'éloignement des étrangers condamnés, davantage de peines purgées dans le pays d'origine et un Conseil des ministres sur l'immigration illégale.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Fouad Belkacem, déchu de sa nationalité belge, a introduit une demande de protection internationale.
- Georges-Louis Bouchez réclame un mécanisme renforcé d'éloignement des étrangers qui « s'en prennent » à la Belgique.
- Le MR veut proposer un Conseil des ministres thématique consacré à l'immigration illégale.
La demande de protection internationale introduite par Fouad Belkacem fait bondir Georges-Louis Bouchez. Jeudi, à la Chambre, le président du MR a saisi le cas de l’ancien dirigeant de Sharia4Belgium pour réclamer un durcissement des règles concernant les étrangers condamnés et relancer plusieurs dossiers migratoires.
Le cas Fouad Belkacem offre à Georges-Louis Bouchez l’occasion de remettre la question de l’immigration et de l’éloignement des étrangers condamnés au centre du débat politique.
Condamné en 2015 à douze ans de prison dans le dossier Sharia4Belgium et déchu de sa nationalité belge en 2018, Fouad Belkacem ne possède plus que la nationalité marocaine. Alors que sa sortie de prison est attendue en 2027, il a introduit une demande de protection internationale afin de ne pas être renvoyé au Maroc.
Une situation sur laquelle Georges-Louis Bouchez a décidé d’interpeller le gouvernement à la Chambre.
« Ce monsieur, en fait, il ne veut pas retourner au Maroc. Il a peur de devoir retourner au Maroc. Et donc, que fait-il ? Il demande la protection internationale de la Belgique », a lancé le président du MR.
Avant de décocher une première flèche : « Le pays qu’il voulait détruire… Eh bien, manifestement, ce pays est suffisamment bon pour le protéger. »
« On ne sait toujours pas ce qu’on va en faire »
Mais Bouchez ne s’arrête pas au symbole. Il s’interroge surtout sur la manière dont la Belgique a géré le dossier et sur ce qui se passera lorsque Fouad Belkacem aura terminé sa peine.
« La première chose qui me surprend, c’est qu’en fait, M. Belkacem va sortir de prison en mai 2027 et on ne sait toujours pas ce qu’on va en faire », affirme-t-il.
Le président du MR va même plus loin en remettant en cause le choix de lui faire purger l'ensemble de sa peine en Belgique.
« Moi, je m’interroge aussi de savoir pourquoi on l’a gardé pendant 15 années dans une prison belge. Ça veut dire que les impôts de nos concitoyens ont permis de le loger, de le soigner, de le nourrir. »
Et de conclure : « Il aurait peut-être été plus intelligent d’avoir un renvoi immédiat au Maroc pour qu’il y purge sa peine de prison. »
Les trois demandes de Bouchez
Le président du MR profite surtout de cette affaire pour mettre trois revendications politiques sur la table.
« Ce que je vous demande aujourd’hui, c’est trois choses », annonce-t-il.
Premièrement, « qu’on puisse avoir une loi qui crée automatiquement un renvoi pour les personnes de nationalité étrangère qui s’en prennent à notre pays ».
Deuxièmement, il réclame que « le gouvernement prenne toutes les dispositions juridiques pour permettre ce renvoi ».
Enfin, Bouchez veut « faire en sorte qu’à l’avenir, les peines soient purgées dans le pays d’origine ».
Des demandes politiques qui devront toutefois composer avec le cadre juridique belge, européen et international. Le transfèrement d’un détenu étranger vers son pays d’origine est déjà possible dans certaines circonstances, mais il ne découle pas automatiquement de sa condamnation ou de sa nationalité.
Bouchez revient à la charge sur les visites domiciliaires
L'affaire Belkacem permet également au président du MR de revenir sur d’autres dossiers migratoires et sécuritaires qui divisent la majorité et l’opposition.
« Quand je vois les difficultés et les circonvolutions pour voter des visites domiciliaires pour des personnes qui représentent un danger pour notre pays, quand je vois que toute une série de partis à gauche de cet hémicycle ont refusé de voter le texte d’interdiction à vie pour les personnes coupables de faits de terrorisme, ce qui est une vraie honte à l’égard de notre pays, je me dis qu’il est grand temps que l’on se réveille sur le sujet et qu’on regarde la réalité en face. »
Une charge qui élargit clairement le débat : pour Bouchez, le dossier Belkacem doit servir de déclencheur pour accélérer plusieurs réformes.
Un Conseil des ministres consacré à l’immigration illégale
Le président du MR vise notamment la situation des détenus étrangers en séjour irrégulier dans les prisons belges.
Il demande à la ministre de la Justice d’agir « avec plus de rapidité et de volonté pour renvoyer les plus de 3.000 détenus dans nos prisons qui sont en situation illégale avec effet immédiat ». Ce chiffre est celui avancé par Georges-Louis Bouchez lors de son intervention à la Chambre.
Et il annonce surtout une nouvelle initiative politique du MR.
« Ma formation politique proposera un Conseil des ministres thématique pour lutter contre l’immigration illégale, qui est aujourd’hui un problème majeur dans notre pays. »
La demande de protection internationale de Fouad Belkacem suit, elle, une procédure distincte. Son introduction ne signifie pas qu’une protection lui sera accordée : c’est aux instances compétentes d’examiner son dossier au regard des critères prévus par la législation.
Mais politiquement, Georges-Louis Bouchez entend manifestement faire du cas Belkacem bien davantage qu’un dossier individuel. Il s’en sert pour remettre sur la table l’éloignement des étrangers condamnés, l’exécution des peines dans les pays d’origine, les visites domiciliaires et, plus largement, la lutte contre l’immigration irrégulière.