Boycott de l’Eurovision : pourquoi Israël et pas l’Azerbaïdjan ? (Opinion)
Les syndicats socialistes de la RTBF et de la VRT appellent au boycott de l’Eurovision, qui se tiendra en Autriche du 12 au 16 mai. La CGSP-ACOD invoque la persistance des violences à Gaza et souligne que plusieurs pays, comme l’Espagne ou l’Irlande, ont déjà exprimé des réserves similaires. Pour marquer leur position, des mannequins formant le message « Boycott Eurovision » ont été installés dans le hall d’entrée des deux chaînes.
Publié par Nicolas de Pape
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Résumé de l'article
Des syndicats socialistes ont appelé au boycott de l'Eurovision dans les couloirs de la RTBF et de la VRT. Ces agents publics ne sont-ils pas, une fois de plus, sortis de leur rôle ? Une opinion de Nicolas de Pape.
Personne ne prétend que l’Eurovision soit totalement apolitique. Le groupe ukrainien Kalush Orchestra a remporté le concours juste après l’invasion russe en mai 2022. La Belgique l’a gagné en menaçant de ne plus jamais s’y produire. Israël lui-même a triomphé lors du cinquantième anniversaire de sa création, en 1998 avec Dana International, chanteuse transexuelle. Dans les Balkans comme dans les pays baltes, le vote de voisinage est une constante. La France n’a plus gagné depuis L’Oiseau et l’enfant, indice de son aura déclinante. Et Abba n’aurait sans doute jamais remporté le concours en chantant en suédois.
Quand le syndicat sort de son rôle
Que des journalistes, réalisateurs ou techniciens aient des convictions politiques est parfaitement légitime. Qu’ils les mettent en scène au cœur même d’institutions financées par l’impôt l’est beaucoup moins. Installer des mannequins dans les halls de la RTBF et de la VRT (photo), appeler au boycott d’un événement culturel international, exiger des directions qu’elles renoncent à diffuser un concours suivi par des millions de téléspectateurs : ce n’est plus de la revendication syndicale, c’est de l’activisme politique interne.
Un syndicat défend des intérêts professionnels et sociaux : conditions de travail, rémunérations, organisation interne, indépendance rédactionnelle. Peut-il pour autant s’ériger en acteur de politique étrangère ?
Dans le cas de la RTBF et de la VRT, la question est encore plus sensible. Ces médias sont financés par l’argent public et soumis à une obligation de pluralisme. Leur crédibilité repose sur la confiance du public, toutes sensibilités confondues. Lorsque des représentants syndicaux interpellent publiquement leur direction pour exiger le boycott d’un événement culturel international, ils projettent une image politique de l’institution elle-même.
Or un service public audiovisuel a pour vocation d’informer, de contextualiser, d’ouvrir le débat. Sa mission n’est pas de censurer ni de se retirer d’un événement culturel en fonction de la situation politique d’un pays participant. D’autant que l’Eurovision se veut, officiellement, un concours entre diffuseurs, non entre gouvernements.
Une indignation à géométrie variable
Mais au-delà de la méthode, une question plus dérangeante s’impose. Pourquoi Israël, et uniquement Israël ? Pourquoi ce zèle militant ici, et ce silence ailleurs, lorsque d’autres États au bilan pourtant lourd continuent à participer à l’Eurovision sans susciter la moindre protestation ?
L’Azerbaïdjan en est l’exemple le plus criant. Présent depuis 2008, vainqueur en 2011, hôte en 2012, le pays n’a jamais provoqué la moindre mobilisation syndicale.
Pourtant, le régime est régulièrement dénoncé pour ses violations massives des droits humains, la répression de l’opposition, la censure des médias et, plus récemment, ses opérations militaires contre les Arméniens du Haut-Karabakh. Exodes forcés, villages vidés, églises menacées ou détruites : les faits sont documentés, visibles, incontestables.
Le déplacement et l'élimination de chrétiens semble manifestement moins émouvoir les syndicalistes…