Brisbane : quand porter une étoile de David devient un risque (carte blanche)
À la suite de l’agression violente survenue dans le métro bruxellois et largement relayée ces derniers jours, un lecteur, Nathaniel van Collem, originaire de la capitale a souhaité nous adresser un témoignage personnel. De passage en Australie, il dit avoir été confronté à des faits qu’il juge révélateurs d’un climat plus large, et entend alerter sur ce qu’il perçoit comme une progression préoccupante des actes racistes et antisémites.
Publié par Contribution Externe
Résumé de l'article
À Brisbane, un homme affirme avoir été invité par la police à dissimuler son étoile de David lors d’un rassemblement pro-palestinien, soulevant des interrogations sur la liberté religieuse et le climat de tensions.
Dans ce témoignage que nous publions sous forme de carte blanche, Nathaniel van Collem établit un parallèle entre différentes sociétés occidentales, estimant que certaines dérives observées à l’étranger trouvent des échos en Europe. Plaidant pour une prise de conscience plus précoce, il invite à ne pas attendre des faits d’une extrême gravité pour ouvrir le débat, et à considérer ces signaux faibles comme des éléments d’un contexte plus profond.
Témoignage :
J'ai décidé de passer une journée détendue à Brisbane le dimanche 19 avril 2026. J'ai passé une heure ou deux assis sur King George Square, en face de mon hôtel, en attendant que commence le rassemblement pro-palestinien « Not Our Law! Rally & March on Queensland Parliament ».
Peu de temps après, deux agents de police se sont approchés de moi. Ils m'ont demandé si je savais que je me trouvais au milieu d'un rassemblement pro-palestinien.
« Oui, tout à fait, c'est évident », ai-je répondu.
Ils m'ont dit que certaines personnes m'avaient remarqué et m'avaient signalé parce que je portais une étoile de David. J'ai alors réalisé que mon collier était sorti par inadvertance de ma chemise. « Oh, il a dû glisser hors de ma chemise », ai-je dit, « mais oui, je suis juif. »
L'officier a demandé : « Êtes-vous conscient du conflit que cela peut engendrer ? »
« Oh, les Juifs ne sont pas autorisés ? » ai-je demandé.
« Non, a-t-il dit, mais le conflit entre les Juifs et les Palestiniens... »
J'ai répondu : « Eh bien, je suis au courant d'un conflit entre Israël et les Palestiniens, mais je suis néerlandais et il se trouve que je suis né juif — vous savez, personne n'est parfait. Mais je suppose que pour ma propre sécurité, il vaut mieux que je me boutonne, n'est-ce pas ? »
« Oui, ce serait beaucoup mieux parce que des gens vous ont remarqué », a-t-il dit.
« Eh bien, ce doivent être des antisémites alors, ai-je répliqué. Pour ma propre sécurité, je ferais mieux de cacher ma foi — mais voilà pour la liberté d'expression et de culte, dont ces sympathisants palestiniens bénéficient manifestement librement. »
Je suis aujourd'hui choqué et troublé. Dans un pays civilisé comme l'Australie, les Juifs sont-ils « exclus » des rassemblements publics ? J'étais un spectateur silencieux. Je n'ai pas interagi, je n'ai pas commenté, je n'ai pas scandé de slogans. Pourtant, parce qu'une petite étoile a glissé de ma chemise, j'ai été signalé à la police — probablement par les prétendus « marshals » ou le service d'ordre de ce rassemblement pro-palestinien — et traité comme une persona non grata.
Il est assez ironique d'entendre une foule hurler à « l'apartheid » tout en s'efforçant de rendre la place publique Judenfrei. Ils réclament la justice tout en s'assurant que la zone soit effectivement Judenrein, veillant à ce qu'un homme juif ne puisse même pas s'asseoir tranquillement à proximité. C'était comme être pris pour cible dans l'Europe des années 1940.
J'ai voyagé au Moyen-Orient et en Iran pour le travail et les loisirs. Je suis marié depuis 25 ans à une femme originaire d'un pays asiatique à majorité musulmane, et nous avons élevé nos enfants en harmonie. J'ai été accueilli chaleureusement par la famille de mon épouse, qui est un beau mélange de musulmans, de chrétiens, de catholiques et de personnes issues de confessions indigènes animistes. Mon épouse a été accueillie en Israël et en Cisjordanie avec honneur, tout comme j'ai été accueilli par sa famille si diverse.
Depuis quand le fait d'être juif est-il une « menace pour la sécurité » ? Je tiens à remercier les deux policiers de Brisbane pour leur professionnalisme et leur gentillesse. Je regrette de leur avoir infligé cela, mais sans eux, les organisateurs de ce rassemblement pro-palestinien m'auraient peut-être malmené. Après que la police m'a parlé, ils m'ont suivi partout où j'allais, comme mes propres gardes du corps privés.
Combien de temps tolérerons-nous cette intolérance ? Merci, l'Australie. Que Dieu vous bénisse.