Ralph Pais dénonce des "clichés antisémites dangereux" après les propos de Gwendoline Rutten sur le financement de l'Eurovision "par les Juifs"
Président du JID - le Centre juif de documentation et d'information -, Ralph Pais réagit vivement aux déclarations de Gwendoline Rutten, députée Anders. au Parlement flamand dans De Afspraak, sur la VRT, au sujet d'Israël et de l'Eurovision - selon elle, les Juifs et Israël financeraient l'Eurovision. Dans cet entretien accordé à 21News, M. Pais dénonce des amalgames entre judaïté, argent et pouvoir, s'inquiète de l'absence de contradiction sur le plateau et n'exclut pas d'autres démarches si aucune réaction publique n'intervient.
Publié par Nicolas de Pape
• Mis à jour le
Résumé de l'article
-Ralph Pais dénonce avec force les propos de Gwendoline Rutten tenus sur la VRT sur "le financement de l'Eurovision par les Juifs et Israël", qu’il juge marqués par des amalgames dangereux entre judaïté, argent et pouvoir, rappelant selon lui des clichés antisémites classiques, d’autant plus choquants qu’ils émanent d’une figure issue du courant libéral.
-Il critique également l’absence totale de contradiction sur le plateau, malgré des comparaisons qu’il estime absurdes - notamment entre Israël et la Russie - et des accusations graves comme celle de génocide, qu’aucun journaliste n’a remis en perspective.
-Enfin, il indique que le JID a interpellé directement Rutten et n’exclut pas d’aller plus loin en cas d’absence de réaction, estimant que ces propos dépassent le cadre du débat politique pour entrer dans celui de stéréotypes problématiques.
Ralph Pais : Avant-hier soir, sur la VRT, dans l’émission De Afspraak, qui est le grand rendez-vous quotidien de la chaîne publique consacré à l’actualité. Le sujet portait sur l’Eurovision. Alors que le monde semble parfois s’effondrer, certains tiennent absolument à remettre sur la table le boycott d’Israël à l’Eurovision.
L’an dernier déjà, j’avais été invité sur ce thème. J’avais vivement contesté certains arguments avancés. À l’époque, après l’Eurovision, une question revenait sans cesse : comment expliquer qu’Israël ait été très bien classé par le vote du public (2e, NDLR), alors qu’il n’avait reçu aucun point du jury professionnel belge ? Certains ont alors insinué que cela s’expliquait par un prétendu "lobby juif", en disant en substance que seuls les Juifs pouvaient envoyer massivement des SMS payants. C’était déjà extrêmement problématique.
J’avais découvert, pour ma part, que la présidente du jury professionnel belge affichait des positions pro-palestiniennes très marquées et avait même participé à des vidéos appelant au boycott d’Israël. Cela me semblait autrement plus éclairant que ces fantasmes sur un supposé "lobby juif". Cette année, le sujet est revenu à la VRT, mais cette fois-ci avec une intervenante qui n’est pas issue d’un parti extrémiste. Il s’agit de Gwendoline Rutten, ancienne figure de l’Open VLD, donc du courant libéral flamand, aujourd’hui engagée chez Anders.
21News : Qu’est-ce qui vous a choqué, précisément, dans ses propos ?
Ralph Pais : Ce qui m’a choqué, c’est l’absence totale de scrupules. Elle a affirmé, en substance, que peu de gens savaient que « Moroccan oil » dont elle estime être le "sponsor principal" de l'Eurovision était une "entreprise juive", et que l’argent parlait. Elle a laissé entendre que c’était en quelque sorte Israël qui finançait l’Eurovision et que cela expliquait pourquoi Israël n’était pas exclu du concours. Elle n'a pas eu un seul mot sur les autres sponsors principaux de l'Eurovision, bien plus importants que cette compagnie.
Elle a en plus mélangé les choses en parlant ensuite d’Israël, comme si tout cela relevait d’un même bloc : les Juifs, l’argent, Israël, le pouvoir. Pour moi, on est là en plein dans des clichés antisémites dangereux.
Or c’est faux. Cette société a été fondée au Canada et aux États-Unis. Elle possède effectivement une implantation (une usine) en Israël, mais ce n’est pas une entreprise israélienne. Et surtout, la qualifier d’"entreprise juive" parce que ses fondateurs étaient juifs, puis relier cela à l’argent, au pouvoir et à une forme de contrôle en coulisses, cela va beaucoup trop loin.
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