« C'est ça qui m'a fait basculer à droite » : Louise Montangon raconte sa désillusion à l'université
Ancienne admiratrice de Mélenchon, aujourd'hui responsable de l'UNI à Bordeaux et militante du RN, Louise Montangon raconte comment son expérience à l'université Bordeaux-Montaigne a bouleversé ses convictions. Blocages, militantisme dans les amphithéâtres et sentiment d'endoctrinement y ont contribué.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Sur Le Figaro TV, Louise Montangon raconte comment les blocages et le militantisme à Bordeaux-Montaigne l'ont conduite de la gauche au RN.
Elle écoutait religieusement les discours de Jean-Luc Mélenchon. Quelques années plus tard, elle milite à droite et dénonce les pratiques d'une partie de la gauche universitaire. Invitée du Figaro TV, Louise Montangon, 22 ans, étudiante en philosophie à l'université Bordeaux-Montaigne et responsable locale de l'UNI, est revenue sur un itinéraire politique qu'elle attribue largement à son expérience du monde universitaire.
Son récit est celui d'une désillusion progressive. Loin d'avoir découvert la droite par une adhésion immédiate à ses idées, la jeune femme affirme avoir d'abord pris ses distances avec un environnement intellectuel et militant dont elle partageait pourtant les convictions.
À 22 ans, Louise Montangon connaît une notoriété nouvelle après avoir pris la parole sur le mouvement de révolte des lycéens. Étudiante en philosophie, adhérente au RN, elle se livre sur son parcours. pic.twitter.com/qts1uOpis1
— Le Figaro (@Le_Figaro) October 13, 2026
« Je répétais bêtement les discours que j'entendais »
À 17 ans, Louise Montangon se décrit comme « très très à gauche », passionnée par les meetings de Jean-Luc Mélenchon et fortement influencée, selon ses propres termes, par les médias du service public.
« Quand vous avez des profs de gauche, quand vous avez vos amis de gauche et quand vous ne voyez que la gauche sur les réseaux sociaux ou à la télé, vous êtes persuadé qu'en fait tout le monde pense comme vous », explique-t-elle.
Elle évoque notamment ses disputes avec son frère militaire, auquel elle reprochait son engagement au nom d'un anti-impérialisme qu'elle reconnaît aujourd'hui avoir mal compris.
Quand vous avez des profs de gauche, quand vous avez vos amis de gauche et quand vous ne voyez que la gauche sur les réseaux sociaux ou à la télé, vous êtes persuadé qu'en fait tout le monde pense comme vous.
Louise Montangon
Son arrivée à Bordeaux-Montaigne constitue un premier choc. Elle décrit des associations d'extrême gauche intervenant dans les amphithéâtres, prenant parfois le micro aux enseignants pour promouvoir différentes causes militantes. « Je vois un défilé d'associations d'extrême gauche se pavaner dans les amphithéâtres », raconte-t-elle.
L'étudiante affirme alors avoir commencé à douter de ses propres convictions, avant de se considérer un temps comme centriste.
Des centaines de bloqueurs pour des milliers d'étudiants
Le tournant décisif intervient en mars 2023, lors du mouvement contre la réforme des retraites. Louise Montangon raconte avoir été privée de cours et s'être retrouvée isolée dans son petit appartement.
Elle décrit un campus occupé, dégradé et couvert de tags, où elle affirme avoir découvert des consommations de drogue et d'alcool. Elle évoque également la présence de Jean-Marc Rouillan, cofondateur d'Action directe condamné pour complicité d'assassinats terroristes à la réclusion criminelle à perpétuité, invité selon elle à intervenir sur les violences policières.
La direction de Bordeaux-Montaigne avait confirmé une fermeture à partir du 15 mars 2023, suivie d'une réouverture progressive à compter du 12 avril. Son président, Lionel Larré, avait lui-même jugé cette forme de mobilisation « contre-productive », estimant qu'elle privait l'université de sa fonction de débat.
C'est surtout la disproportion entre le nombre de manifestants et l'ensemble des étudiants qui l'a marquée. « C'est impressionnant de voir 300 personnes vider une faculté en pleine journée », déclare-t-elle, opposant ce chiffre aux quelque 18.000 étudiants qu'elle attribue à son établissement. « Et donc c'est ça qui m'a fait basculer à droite », résume-t-elle.
De la contestation du militantisme universitaire à l'engagement au RN
Le dernier épisode de cette évolution se déroule en octobre 2024. Louise Montangon affirme avoir assisté à une manifestation sur son campus au cours de laquelle elle aurait entendu des propos s'apparentant à une apologie du terrorisme, applaudis par certains enseignants.
Elle décide de transmettre un enregistrement à l'UNI, organisation étudiante classée à droite, qu'elle connaissait jusqu'alors essentiellement à travers les critiques formulées à son encontre.
La rencontre avec ses militants marque le début de son engagement. Elle participe aux tractages et aux collages, puis prend la responsabilité de la section bordelaise de l'organisation.
Elle rejoint ensuite le Rassemblement national dans le cadre de la campagne municipale bordelaise de 2026. Son engagement politique est désormais public : elle figurait sur une liste RN et multiplie les interventions médiatiques contre les blocages d'établissements. Elle précise toutefois ne pas intervenir sur le plateau du Figaro TV comme porte-parole du parti.
Au-delà de son parcours personnel, son témoignage pose une question plus large : dans quelle mesure certaines universités, qui revendiquent la liberté intellectuelle et la confrontation des idées, parviennent-elles à garantir le pluralisme lorsque des mobilisations militantes perturbent durablement les enseignements ?