De 384 à 180 euros : la majorité revoit sa copie sur l’abonnement TEC des jeunes
Après le tollé provoqué par un abonnement Express pouvant atteindre 384 euros par an, la réforme tarifaire du TEC devrait être corrigée. MR et Engagés défendent désormais un tarif unique de 180 euros pour tous les jeunes de 12 à 25 ans. Express compris.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- La grille initialement annoncée par le TEC prévoyait un abonnement à 180 euros par an pour les 12-25 ans sur le réseau classique, mais jusqu’à 384 euros pour les lignes Express.
- Face à la polémique, le ministre wallon de la Mobilité François Desquesnes avait rapidement demandé au TEC de revoir sa copie, notamment pour les jeunes utilisant les lignes Express.
- MR et Engagés défendent désormais un abonnement unique de 180 euros par an, soit 15 euros par mois, donnant accès à l’ensemble du réseau TEC. Un tarif réduit de 144 euros serait maintenu pour les familles nombreuses.
Le TEC devrait finalement revoir sensiblement sa copie pour les jeunes. Moins de deux semaines après la polémique provoquée par l’annonce de sa nouvelle grille tarifaire, appelée à entrer en vigueur le 1er février 2027, une solution politique se dessine au sein de la majorité wallonne.
Les groupes MR et Les Engagés au Parlement wallon convergent désormais vers le même principe : un abonnement unique à 180 euros par an pour tous les jeunes de 12 à 25 ans, permettant de circuler sur l’ensemble du réseau, lignes Express comprises.
Cela représente 15 euros par mois, sans distinction entre les différents types de lignes.
Une hausse jusqu'à 384 euros qui avait provoqué un tollé
Cette proposition constitue une correction importante de la réforme tarifaire annoncée début octobre par le TEC.
Dans la première version, les anciennes catégories 12-17 ans et 18-24 ans devaient être regroupées au sein d’une catégorie unique couvrant les 12-25 ans. Mais deux tarifs étaient prévus : 180 euros par an pour l’abonnement Classic et 384 euros pour l’abonnement Express.
Le changement était particulièrement spectaculaire pour les 18-24 ans, qui bénéficient actuellement d’un abonnement annuel à 12 euros. Pour les 12-17 ans, le tarif actuel s'élève à 150 euros pour le réseau classique et 324 euros pour l’Express.
La nouvelle grille était justifiée par la nécessité de renforcer les recettes du TEC, de sortir de certaines politiques de quasi-gratuité et de financer davantage la qualité, la fiabilité et la modernisation du réseau.
Mais l’annonce d’un abonnement Express à 384 euros pour les jeunes a rapidement cristallisé les critiques.
Les étudiants luxembourgeois au cœur de la polémique
La contestation n’est pas seulement venue de l’opposition. Elle a également gagné les rangs de la majorité MR-Les Engagés.
La situation des étudiants habitant dans des zones rurales, et particulièrement dans la province de Luxembourg, a rapidement été mise en avant. Pour nombre d’entre eux, les lignes Express ne constituent pas une offre de confort supplémentaire, mais un moyen indispensable pour rejoindre une gare, une université ou une haute école.
Benoît Lutgen, député-bourgmestre de Bastogne et ancien président du cdH, avait publiquement dénoncé l’impact de la nouvelle grille sur ces jeunes, contribuant à faire monter la pression au sein des Engagés.
La controverse avait pris suffisamment d’ampleur pour pousser le ministre wallon de la Mobilité, François Desquesnes (Les Engagés), à intervenir rapidement et à demander au TEC de revoir sa proposition pour plafonner à 180 euros le coût de l’abonnement des jeunes, y compris sur les lignes Express.
MR et Engagés se retrouvent sur les 180 euros
La piste semble désormais faire consensus au sein de la majorité.
Mardi, en commission du Parlement wallon, les députés des Engagés Sophie Fafchamps et Jean-Paul Bastin ont défendu une motion en faveur d’un tarif unique de 180 euros pour les 12-25 ans, sans distinction entre les catégories de lignes.
Le MR défend à présent la même solution. Par la voix du député Arnaud Dewez, les libéraux réclament eux aussi un abonnement annuel de 180 euros donnant accès aux lignes classiques comme aux lignes Express.
L’argument avancé est autant celui du pouvoir d’achat que celui de la lisibilité.
L'objectif, expliquent les libéraux, est de permettre aux jeunes et à leurs familles de connaître immédiatement le coût de l’abonnement et de voyager sur tout le réseau sans devoir se demander si une ligne relève ou non de la catégorie Express.
Avec cette formule, le coût serait donc ramené à 15 euros par mois pour un accès à l’ensemble du réseau wallon.
144 euros pour les familles nombreuses
La majorité souhaite également préserver une réduction pour les familles nombreuses. Pour celles-ci, le tarif demandé serait de 144 euros par an, soit 12 euros par mois.
Si cette solution est définitivement retenue, la réforme conserverait donc l’un de ses principes initiaux – la fin de l’abonnement à 12 euros pour les 18-24 ans – tout en supprimant l’une de ses dispositions les plus contestées : le surcoût très important lié à l’utilisation des lignes Express.
Le dossier illustre surtout les difficultés politiques rencontrées par la réforme tarifaire du TEC. Sur le principe, la majorité wallonne assume la nécessité de revoir des tarifs jugés trop bas et d’augmenter les recettes de l’opérateur. Le nouveau contrat de service public prévoit d’ailleurs de faire passer le taux de couverture des recettes de 10 à 14 % à l’horizon 2030.
Mais la première grille a également montré les limites d’une logique purement tarifaire lorsqu’elle se heurte aux réalités géographiques de la Wallonie. Dans certaines zones rurales, et singulièrement en province de Luxembourg, emprunter une ligne Express n’est pas nécessairement un choix : c’est parfois la seule solution crédible pour rejoindre son lieu d’études.
Le passage à un tarif unique de 180 euros permettrait donc à la majorité de maintenir le principe d’une contribution accrue des usagers tout en désamorçant l’un des principaux foyers de contestation de la réforme.
Reste désormais au TEC à traduire politiquement et techniquement cette demande dans sa grille définitive avant son entrée en vigueur prévue le 1er février 2027.