« En 18 mois, le Hamas ne gouvernera plus Gaza » : l'ancien chef de l'armée israélienne défie Netanyahou
À 11 jours des élections législatives israéliennes, l'ancien chef de l'armée Gadi Eisenkot promet de mettre fin au pouvoir du Hamas à Gaza en 18 mois s'il devient Premier ministre. Netanyahou réplique en l'accusant de dépendre des partis arabes pour gouverner.
Publié par Harrison du Bus
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Résumé de l'article
Eisenkot promet de mettre fin au pouvoir du Hamas à Gaza en 18 mois. Netanyahou riposte en évoquant les partis arabes et leurs exigences politiques.
La campagne électorale israélienne prend un tour de plus en plus offensif à l'approche du scrutin du 27 octobre. Jeudi, Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major de l'armée israélienne devenu l'une des principales figures de l'opposition à Benyamin Netanyahou, a promis de mettre fin au pouvoir du Hamas dans la bande de Gaza dans les dix-huit mois suivant son éventuelle arrivée à la tête du gouvernement.
Depuis la frontière avec Gaza, cet ancien général, qui a dirigé l'armée israélienne de 2015 à 2019, a accusé le Premier ministre sortant d'avoir échoué à atteindre l'un des objectifs essentiels de la guerre déclenchée après les massacres du 7 octobre 2023.
« Tant que Benjamin Netanyahou sera au pouvoir, le Hamas restera au pouvoir », a-t-il déclaré dans une intervention diffusée sur les réseaux sociaux.
״כל עוד בנימין נתניהו בשלטון - חמאס ישאר בשלטון״
— Gadi Eisenkot - גדי איזנקוט (@gadi_eisenkot) October 15, 2026
אני מתחייב שכשאהיה ראש ממשלה - בתוך 18 חודשים ארגון הטרור חמאס לא שולט יותר ברצועת עזה.
ב-27.10 בוחרים בדרך הישר! בקלפי🇮🇱 pic.twitter.com/ppH3avaZ0s
Il a ensuite pris un engagement précis : « Dans les dix-huit mois suivant mon entrée en fonction comme Premier ministre, le Hamas ne gouvernera plus la bande de Gaza. »
Un ancien chef de l'armée qui veut succéder à Netanyahou
Gadi Eisenkot n'est pas un nouveau venu dans la vie publique israélienne. Militaire de carrière pendant plus de quatre décennies, il a notamment occupé les plus hautes fonctions de l'état-major avant de se lancer en politique.
Il dirige aujourd'hui une formation centriste, Yashar, et cherche à incarner une alternative à Benjamin Netanyahou, au pouvoir depuis décembre 2022 après avoir déjà dirigé le pays pendant de longues années.
Son argument principal est celui de la crédibilité militaire. Eisenkot estime que le gouvernement sortant n'a pas réussi à traduire les opérations de l'armée israélienne en une victoire politique durable contre le Hamas.
« C'est lui ou moi : celui qui a promis et échoué, ou celui qui a consacré 41 années à Tsahal et qui prend un engagement. À qui faites-vous confiance ? », a-t-il lancé.
Pour mettre fin au pouvoir du Hamas, Eisenkot envisage deux possibilités : appliquer un plan de transition pour Gaza soutenu par les États-Unis, qui prévoirait notamment le désarmement du mouvement islamiste, ou recourir à de nouvelles opérations militaires.
Sa promesse porte sur la fin du contrôle politique du Hamas sur Gaza, et non sur la disparition garantie de l'ensemble de l'organisation.
Trois ans après le 7-Octobre, le mouvement islamiste conserve en effet des capacités militaires et continue d'exercer son autorité sur une partie du territoire palestinien, malgré les opérations menées par Israël.
Netanyahou l'accuse de dépendre des partis arabes
Le camp du Premier ministre n'a pas tardé à contre-attaquer. Le Likoud, le grand parti de droite dirigé par Benjamin Netanyahou, a mis en doute la capacité d'Eisenkot à mener une politique militaire ferme contre le Hamas s'il devait compter sur les voix de députés arabes pour gouverner.
« Comment allez-vous vaincre le Hamas sans obtenir l'autorisation de vos partenaires Mansour Abbas et Ahmad Tibi ? », a répliqué le parti.
Pour comprendre cette attaque, il faut rappeler le fonctionnement du système politique israélien. Les électeurs choisissent les 120 députés de la Knesset, le Parlement national. Un gouvernement doit ensuite pouvoir s'appuyer sur une majorité parlementaire, généralement obtenue grâce à une coalition de plusieurs partis.
Or, ni le camp de Netanyahou ni celui de ses adversaires ne semblent assurés de disposer seuls d'une majorité à l'issue du scrutin.
Dans cette situation, les formations représentant principalement les citoyens arabes d'Israël pourraient jouer un rôle important. Ceux-ci constituent environ un cinquième de la population du pays et disposent de leurs propres partis politiques, dont les positions sur le conflit israélo-palestinien diffèrent souvent profondément de celles des formations sionistes. C'est cette perspective que Netanyahou cherche à exploiter pour fragiliser son adversaire.
Les partis arabes posent leurs conditions
Le Premier ministre a ainsi partagé une vidéo dans laquelle Youssef Jabareen, responsable de la Liste commune, une alliance de formations politiques arabes, évoque les conditions auxquelles son camp pourrait soutenir un gouvernement alternatif.
Jabareen affirme qu'il n'apportera aucun soutien automatique à Eisenkot, pas davantage qu'à Yaïr Lapid, autre figure de l'opposition centriste, ou à Naftali Bennett, ancien Premier ministre issu de la droite nationaliste. « Nous ne sommes dans la poche de personne », explique-t-il.
יו״ר הרשימה המשותפת חושף: לאיזנקוט אין ממשלה בלי המפלגות הערביות pic.twitter.com/2VYKdref6c
— Benjamin Netanyahu - בנימין נתניהו (@netanyahu) October 15, 2026
Ses exigences portent d'abord sur des questions concernant directement la population arabe israélienne : la lutte contre la criminalité, le développement des villes et villages arabes, l'arrêt des démolitions de logements, ainsi que l'emploi et l'éducation.
Mais il réclame également l'ouverture d'une perspective politique de paix avec les Palestiniens, notamment autour de la solution dite « à deux États », qui consisterait à créer un État palestinien aux côtés d'Israël.
Jabareen se dit prêt à offrir une « garantie parlementaire » à un gouvernement acceptant de négocier sur ces questions.
Concrètement, cela signifie que des députés arabes pourraient soutenir un gouvernement minoritaire lors de votes essentiels, sans nécessairement y détenir de ministères.
Pour Netanyahou, cette éventualité constitue un argument électoral : il présente l'opposition comme susceptible de dépendre de partis qui pourraient exiger des concessions sur la question palestinienne.
Mais cette coopération reste hypothétique. Eisenkot n'a pas accepté les conditions de la Liste commune et a lui-même exprimé des réserves sur une alliance gouvernementale avec les formations arabes.
Une affaire liée au Qatar embarrasse l'entourage du Premier ministre
Eisenkot ne limite pas ses attaques au bilan militaire de Netanyahou. Il a également dénoncé jeudi une nouvelle controverse impliquant Jonatan Urich, un proche conseiller du Premier ministre.
Cette affaire nécessite quelques explications, car elle s'inscrit dans un ensemble de dossiers judiciaires et politiques distincts.
Selon de nouvelles informations publiées par la presse israélienne, Urich aurait rencontré à plusieurs reprises, durant l'été 2024, un haut responsable du Qatar en Europe. Ces contacts auraient notamment porté sur des activités destinées à améliorer l'image de l'émirat.
Le Qatar occupe une place particulièrement sensible dans le conflit. Il a joué un rôle de médiateur dans les négociations entre Israël et le Hamas, mais il a également accueilli pendant des années des responsables politiques du mouvement palestinien.
Les soupçons concernant les activités de collaborateurs du Premier ministre au profit d'intérêts qataris ont donné naissance à une affaire surnommée « Qatargate » par les médias israéliens.
Urich est par ailleurs impliqué dans un autre dossier, celui de la transmission présumée de documents militaires confidentiels au quotidien allemand Bild, en 2024. Il a été inculpé en juin 2026 dans cette affaire, sans que cela constitue une condamnation.
Les deux dossiers ne doivent donc pas être confondus, et aucune complicité personnelle de Netanyahou n'est établie par ces éléments. Eisenkot estime néanmoins que le Premier ministre doit s'expliquer sur les activités de son entourage.
« Le silence de Netanyahou est assourdissant et constitue une complicité totale avec les agissements d'Urich », a-t-il accusé sur les réseaux sociaux. Il reproche au chef du gouvernement d'avoir compromis la sécurité nationale et promet de restaurer une direction politique qu'il présente comme plus responsable.
Le bilan du 7-Octobre au cœur des élections
Au-delà des attaques personnelles, cette confrontation illustre les deux grandes stratégies qui s'opposent dans la campagne.
Eisenkot cherche à convaincre les Israéliens que son expérience militaire lui permettrait d'obtenir les résultats que Netanyahou n'a pas réussi à atteindre contre le Hamas. Il met également en cause la responsabilité politique du gouvernement dans les défaillances sécuritaires qui ont précédé les massacres du 7 octobre 2023.
Le Premier ministre, de son côté, tente de déplacer le débat vers la composition d'un éventuel gouvernement d'opposition, en soulignant les divergences entre ses adversaires et les partis arabes susceptibles de leur apporter un soutien parlementaire.
La question est d'autant plus sensible qu'en Israël, les coalitions gouvernementales réunissent souvent plusieurs formations aux programmes différents, et que quelques sièges peuvent suffire à déterminer qui gouvernera.
À douze jours du scrutin, la bataille porte donc autant sur la capacité à assurer la sécurité du pays que sur celle de constituer une majorité stable.
Le 27 octobre, les électeurs israéliens devront départager ces différentes offres politiques, alors que l'avenir de Gaza et les conséquences du 7-Octobre continuent de dominer le débat national.