Georges Bensoussan : « Une Palestine nationale déjà constituée à la fin du XIXe siècle ? Une imposture historique »
Dans un entretien accordé au média Mosaïques, l’historien français Georges Bensoussan critique sévèrement la série documentaire « Palestine, une histoire », diffusée sur France 5.
Publié par Rédaction
Résumé de l'article
Georges Bensoussan démonte une série de récits qu’il juge idéologiques sur la Palestine, le sionisme et Israël. Selon lui, l’histoire est souvent réécrite pour faire croire à une Palestine nationale déjà constituée, à une harmonie judéo-arabe détruite par Israël et à un sionisme réduit à une entreprise coloniale. L’historien rappelle au contraire que le sionisme fut d’abord un mouvement d’émancipation nationale juive. Son entretien met en garde contre une délégitimation d’Israël qui, sous couvert d’histoire, vise en réalité son effacement.
Sommaire
- Le mythe de l’âge d’or judéo-arabe
- Une Palestine nationale déjà constituée ? « Une imposture historique »
- Pourquoi pas d’État palestinien entre 1949 et 1967 ?
- Le sionisme réduit à un simple refuge
- La promesse divine, une caricature selon Bensoussan
- 1947 : le partage de l’ONU ou le début du chaos ?
- La Shoah et la responsabilité du monde arabe : une question sensible
- La Shoah n’a pas créé Israël, elle a failli l’empêcher
- Jérusalem, berceau inégal des trois religions
- Une série accusée de délégitimer Israël
- De la délégitimation à l’effacement
- L’accusation de génocide, un retournement de l’histoire
- Assez de mythes
Selon cet historien, plusieurs affirmations reprises dans ce documentaire relèvent moins de l’histoire que d’un récit idéologique visant à délégitimer l’existence même de l’État d’Israël.
Convivialité judéo-arabe, naissance de l’identité palestinienne, rôle de la Shoah, statut de Jérusalem : l’auteur d’Une nouvelle histoire du sionisme (Gallimard) entend rétablir, point par point, ce qu’il considère comme des vérités historiques occultées.
Le mythe de l’âge d’or judéo-arabe
Premier point contesté par Georges Bensoussan : l’idée d’une longue convivialité judéo-arabe en terre d’islam. L’historien ne nie pas l’existence de périodes d’apaisement, ni même de moments de coexistence relativement pacifique. Mais il refuse l’image d’un âge d’or continu, qui aurait été brutalement détruit par le sionisme et par la création d’Israël.
Selon lui, la condition des juifs en terre arabo-musulmane fut d’abord celle d’une minorité dominée. Il rappelle le statut de dhimmi, appliqué aux juifs comme aux chrétiens, présenté comme une protection mais qui instaurait en réalité une infériorité juridique et sociale. Cette condition variait selon les lieux et les époques. Elle pouvait être moins dure en Égypte, plus sévère au Maroc, au Yémen ou en Perse. Mais, dans l’ensemble, affirme-t-il, parler d’une harmonie naturelle et durable entre juifs et musulmans relève de la reconstruction.
Pour Bensoussan, cette mythologie a aujourd’hui une fonction politique. Elle permet de soutenir que les juifs vivaient correctement dans le monde musulman et que l’État d’Israël serait donc inutile, voire responsable de la dégradation de leur situation. Le sous-texte serait clair : si la coexistence était possible avant 1948, alors l’État juif n’aurait pas de nécessité historique.
Une Palestine nationale déjà constituée ? « Une imposture historique »
L’historien s’attaque ensuite à une autre idée largement répandue : celle d’une Palestine déjà constituée comme société nationale avancée avant l’arrivée des premières vagues sionistes à la fin du XIXe siècle.
Pour continuer la lecture, abonnez-vous ou utilisez un crédit.
Déjà abonné(e) ? Se connecter