Sébastien Lévi : « Avec JD Vance, la relation entre les États-Unis et Israël serait profondément remise en cause »
Isolationnisme, rapport à l’Europe, rivalité avec Marco Rubio, influence de Tucker Carlson et avenir de l’alliance avec Israël : Sébastien Lévi décrypte la doctrine de JD Vance et les ambitions présidentielles d’un vice-président beaucoup plus idéologue que Donald Trump.
Publié par Nicolas de Pape
• Mis à jour le
Résumé de l'article
Sébastien Lévy présente JD Vance comme le gardien isolationniste d’« America First », hostile aux guerres extérieures et principal artisan de l’accord avorté avec l’Iran.
Plus idéologue que Trump, il conjuguerait conservatisme chrétien, méfiance envers l’Europe et proximité avec l’écosystème de Tucker Carlson.
Une présidence Vance pourrait profondément remettre en cause l’alliance avec Israël, dont l’image se dégrade chez les jeunes républicains.
Son duel avec Marco Rubio, plus interventionniste et pro-israélien, dessine déjà les lignes de fracture de la primaire républicaine de 2028.
Sébastien Lévi est journaliste et observateur de la vie politique américaine, installé à New York depuis 2017. Correspondant de Radio J aux États-Unis, il collabore également à LeJournal.info, fondé par Laurent Joffrin, et intervient régulièrement sur i24NEWS et Kan. Il coanime aussi le podcast Tel Aviv-New York, consacré aux relations israélo-américaines.
21 News : Depuis le début, JD Vance s’est montré opposé à la guerre contre l’Iran. Comment l’expliquez-vous ?
Sébastien Lévi : JD Vance se considère comme une sorte de gardien du temple MAGA. Il s’est toujours défini comme isolationniste et s’était déjà montré très en pointe sur ce sujet pendant la campagne. Il se veut également le porte-voix des classes populaires blanches déclassées. Pour lui, « America First » doit être pris au sens littéral : les États-Unis doivent d’abord s’occuper de leurs problèmes intérieurs plutôt que de se disperser dans des guerres extérieures.
Vance est un converti relativement récent au trumpisme, mais je pense que son adhésion à cette dimension isolationniste est sincère. Son opposition à la guerre contre l’Iran s’inscrit dans la même matrice que son hostilité à l’aide américaine à l’Ukraine. On se souvient de son affrontement avec Volodymyr Zelensky à la Maison-Blanche en février 2025. En avril 2026, il a même affirmé que la fin de l’aide à l’Ukraine était l’une des réalisations dont il était le plus fier.
Lorsque Donald Trump a voulu obtenir un accord avec l’Iran, il a donc chargé Vance de la négociation plutôt que Marco Rubio. Trump savait que son vice-président voulait réellement mettre fin à la guerre, quitte à accepter un accord imparfait ou mal ficelé.
21 News : Dans l’équilibre entre Marco Rubio et JD Vance, ce dernier est donc bien l’homme du MOU (Memorandum of Understanding) conclu avec l’Iran ?
Complètement. Vance l’assume et c’est bien lui que Trump a envoyé négocier le mémorandum d’entente. Marco Rubio, pour sa part, a été largement tenu à l’écart. Il n’a pas publiquement attaqué le MOU, mais il ne l’a pas davantage défendu. Son silence ne signifiait pas qu’il approuvait l’accord : il refusait manifestement de lui apporter son soutien politique.
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