« Gloire à ces jeunes », « ils ont peur de vous », « sauvagerie policière » : ce que dit LFI face à la révolte lycéenne
Alors que les blocages de lycées s'accompagnent d'incendies, d'agressions et d'affrontements avec la police, plusieurs responsables de LFI multiplient les messages de soutien au mouvement et les accusations contre les forces de l'ordre. Une rhétorique offensive dont le parti tente désormais de préciser les limites.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
« Gloire à ces jeunes », « ils ont peur de vous », « sauvagerie policière » : face aux violences qui accompagnent les blocages de lycées, les déclarations de responsables LFI interrogent la stratégie de conflictualisation du mouvement.
« Gloire à ces jeunes qui se soulèvent ! » La formule est d'Antoine Léaument. Le député de La France insoumise s'est rendu devant le lycée Einstein de Sainte-Geneviève-des-Bois pour apporter son soutien aux élèves mobilisés, saluant leur combat pour « de meilleures conditions d'enseignement ».
Elle n'est pas isolée. Depuis le début de la mobilisation lycéenne, les déclarations de responsables de LFI dessinent une ligne remarquablement constante : soutenir le mouvement, encourager sa poursuite, mettre en cause le gouvernement et concentrer l'essentiel des accusations de violence sur les forces de l'ordre.
Louis Boyard s'adresse directement aux lycéens : « Ne baissez pas la tête. Ils ont peur de vous », avant de leur promettre qu'ils sont « proches de la victoire » et que le mouvement va grandir.
Mathilde Panot assure de son côté aux jeunes mobilisés que les Insoumis seront « toujours » à leurs côtés, notamment dans la rue et devant les établissements, « contre la répression policière ».
Thomas Portes dénonce une « sauvagerie policière française » qu'il juge « sans limite », après la blessure d'un lycéen à Tours. Une enquête de l'IGPN a précisément été ouverte pour déterminer les circonstances de cette blessure, possiblement provoquée par un tir de LBD.
Les revendications des lycéens — professeurs non remplacés, moyens insuffisants, état de certains établissements ou conditions d'apprentissage — sont bien réelles. Mais le contexte dans lequel interviennent désormais ces encouragements l'est tout autant.
625 interpellations et 83 policiers et gendarmes blessés en une journée
Mercredi, 356 établissements ont été perturbés. Laurent Nuñez a annoncé 625 interpellations et 83 policiers et gendarmes blessés dans la seule journée, évoquant des fonctionnaires pris à partie, des jets de projectiles et des tentatives d'incendie. Le ministre de l'Éducation recensait parallèlement 119 élèves et personnels blessés depuis le début de la contestation, dont 34 membres du personnel. Trois enquêtes de l'IGPN ont été ouvertes concernant des interventions policières.
Jeudi, la situation a encore dégénéré par endroits : à Marseille, un camion de marins-pompiers a été encerclé, pillé puis incendié devant le lycée Saint-Exupéry. Des bus ont été pris à partie et un conducteur agressé. À Nice, la préfecture signalait des tirs de mortiers, des poubelles incendiées et des individus au visage dissimulé. À Nantes, un incendie s'est déclaré dans le hall du lycée Nelson-Mandela, sans que son origine soit encore établie.
C'est dans ce climat que François-Xavier Bellamy a décidé de mettre bout à bout les déclarations des responsables insoumis.
Antoine Léaument : « Gloire à ces jeunes qui se soulèvent ! »
— Fx Bellamy (@fxbellamy) October 1, 2026
Clémence Guetté : « C’est la mobilisation d’une jeunesse consciente d’être sacrifiée. »
Louis Boyard : « Ne baissez pas la tête. Ils ont peur de vous. »
Bally Bagayoko : « La violence est légitime. »
Mathilde Panot… https://t.co/1jBB4QoNSJ
Pour l'eurodéputé LR, LFI travaille « pour allumer partout l'incendie et attiser la violence ». C'est une accusation politique, mais la succession des prises de parole permet de poser une question autrement plus difficile pour le mouvement de Jean-Luc Mélenchon : jusqu'où peut-on encourager un soulèvement lorsque celui-ci est désormais accompagné, dans certains établissements, de violences graves ?
« La violence peut être légitime »
Le cas Bally Bagayoko est probablement le plus embarrassant. Le maire LFI de Saint-Denis a déclaré devant le lycée Paul-Éluard que « la violence peut être légitime », avant d'ajouter immédiatement que, chaque fois qu'il est possible de l'éviter, « c'est mieux ». Il a depuis précisé que « la violence n'est pas notre méthode d'action ».
La première phrase est d'autant plus lourde politiquement que Bagayoko s'est retrouvé au cœur de plusieurs controverses entourant les blocages de Saint-Denis. Son nom apparaît notamment dans la plainte contre X déposée par une policière dont le véhicule a été frappé près du lycée Paul-Éluard, sans qu'aucun suspect ait été identifié à ce stade.
Jean-Luc Mélenchon a lui-même choisi un registre particulièrement belliqueux face aux interventions policières. Il a appelé les « militants insoumis » à se mobiliser et à « s'interposer face à la sauvagerie policière », avant de promettre qu'il n'y aurait « ni oubli, ni pardon ».
Les mots sont d'autant plus frappants que LFI ne se contente donc plus d'exprimer sa solidarité avec des revendications : certains de ses principaux responsables invitent leurs militants à se rendre physiquement sur les lieux où manifestants et forces de l'ordre se font face.
Mélenchon invoque désormais la « non-violence »
Il existe pourtant une autre moitié du discours insoumis. Face aux accusations d'attiser les troubles, Jean-Luc Mélenchon a publié mercredi une longue mise au point : « Les Insoumis présents appellent à la non-violence des méthodes de lutte. » Il accuse en retour le gouvernement et certains médias de construire un récit destiné à occulter les violences policières.
Manuel Bompard défend la même ligne : les élus LFI présents devant les établissements ne seraient pas là pour « exciter » les lycéens, mais pour soutenir et relayer des revendications qu'ils considèrent légitimes. Bally Bagayoko affirme lui aussi que la violence n'est pas la méthode d'action de son mouvement.
Voilà donc LFI confrontée à ses propres mots. D'un côté, la « non-violence » officiellement revendiquée. De l'autre, la « gloire » aux jeunes qui « se soulèvent », l'injonction à ne pas « baisser la tête », les appels à « s'interposer », la dénonciation répétée d'une « sauvagerie policière » et, chez un maire insoumis, l'affirmation que la violence peut être « légitime ».
La contradiction n'est pas inventée par les adversaires de LFI. Le Monde relève lui-même les « injonctions contradictoires » du mouvement, partagé entre sa stratégie traditionnelle de conflictualisation et la nécessité de prendre ses distances avec les violences qui accompagnent désormais une partie des blocages.
Jusqu'à la dissolution ?
François-Xavier Bellamy va beaucoup plus loin. Reprenant une proposition de Bruno Retailleau, il estime que la question d'une dissolution de La France insoumise devrait désormais être posée.
L'affirmation marque un changement d'échelle considérable : on ne parle plus de critiquer la stratégie d'un adversaire, mais d'envisager la disparition juridique d'un mouvement politique représenté à l'Assemblée nationale.
Et cette conclusion ne découle évidemment pas automatiquement des déclarations précédentes. Une dissolution relève d'un cadre juridique extrêmement contraignant et ne saurait être déduite de la seule radicalité d'un discours politique.
Mais avant même ce débat juridique, les événements posent une question politique plus immédiate. Lorsque des policiers et des personnels sont blessés, que des véhicules sont incendiés, que des mortiers sont tirés et que des centaines de personnes sont interpellées, les responsables politiques ont le choix de leurs mots.
Ceux choisis par La France insoumise depuis le début de la mobilisation disent quelque chose de sa stratégie : ne pas laisser la colère lycéenne à distance, mais l'accompagner, l'encourager et inscrire l'affrontement avec les forces de l'ordre dans un récit politique plus large opposant la jeunesse mobilisée à un pouvoir accusé de la « réprimer ».
LFI assure simultanément vouloir la non-violence. À mesure que les blocages dégénèrent, tenir ensemble ces deux discours devient de plus en plus difficile.