Guerre en Iran : le témoignage de notre chroniqueur, coincé à Dubaï
Les frappes iraniennes sur de nombreux pays du Golfe ont contraint nombre de touristes étrangers à rester cloîtrés sur place en attendant la réouverture des aéroports. C'est le cas de notre chroniqueur politique Pascal Lefèvre, coincé à Dubaï. Nous avons recueilli son témoignage ce dimanche midi.
Publié par Rédaction
Résumé de l'article
Le témoignage, depuis Dubai, de notre chroniqueur politique Pascal Lefèvre : "À un kilomètre à vol d’oiseau de notre établissement, un incendie s’est déclaré et plusieurs personnes ont été blessées."
21News : Vous êtes actuellement aux Émirats arabes unis. Quelle est la situation sur place ?
Pascal Lefèvre : Je suis arrivé le 26 février à Abou Dhabi et je devais normalement repartir vers l’Asie du Sud-Est demain. Hier matin, nous avons été réveillés par des survols d’avions à Dubaï, où nous nous trouvons pour le moment. Je me suis tourné vers ma compagne et j’ai dit : « Ils attaquent. »
Au cours de la journée, plusieurs déflagrations ont retenti : des missiles et des drones iraniens ont été abattus dans le ciel. Certains débris sont tombés sur Dubaï. Nous avons vu de la fumée dans le centre, tout près de la plus haute tour du monde, le Burj Khalifa. Plus tard, des morceaux d’un drone intercepté sont tombés sur l’hôtel Fairmont, à un kilomètre à vol d’oiseau de notre établissement, situé sur l’île artificielle de Palm Jumeirah. Un incendie s’est déclaré et plusieurs personnes ont été blessées.
Vers minuit trente, nos deux GSM se sont mis à sonner : nous avons reçu un message d’alerte en anglais nous demandant, eu égard au risque imminent d’attaques de missiles, de nous rendre immédiatement dans l’abri le plus proche et de nous éloigner des fenêtres, des portes et des espaces ouverts. Très rassurant… Inutile de dire que nous n’avons pas beaucoup dormi.
Aujourd’hui, les survols d’avions et les déflagrations se poursuivent. Tout le monde reste plutôt calme, mais une certaine inquiétude est perceptible.
21News : Les aéroports sont fermés, n’est-ce pas ? Comment allez-vous faire pour partir ?
Pascal Lefèvre : Effectivement, l’aéroport Al Zayed à Abou Dhabi est fermé — et on le comprend, puisqu’il y a eu hier un mort et sept blessés à la suite d’une attaque contre cet aéroport. Il en va de même pour l’aéroport de Dubaï.
Le ministère de la Défense des Émirats arabes unis estime que plusieurs centaines de missiles et de drones ont été tirés par l’Iran sur leur territoire, dont la quasi-totalité a heureusement été interceptée par la défense aérienne émiratie ainsi que par les forces américaines.
Dans l’hôtel où nous logeons, 90 % des hommes et femmes d’affaires ainsi que des touristes ont prolongé leur séjour dans l’attente d’un déblocage de la situation et de la réouverture de l’espace aérien.
21News : Avez-vous pris contact avec l’ambassade de Belgique ?
Pascal Lefèvre : Oui, avec le consulat de Belgique en ce qui me concerne, et avec l’ambassade de France pour ma compagne. Le consulat belge a très rapidement répondu avec des informations claires et précises (situation générale, sources d’information, procédure d’enregistrement pour signaler sa présence, etc.).
En revanche, ma compagne n’a reçu qu’un simple accusé de réception de son ambassade… La diplomatie française semble, en l’occurrence, moins réactive que la belge.
21News : Quand espérez-vous rentrer ?
Pascal Lefèvre : Cela dépendra de l’évolution du conflit et de la date de réouverture de l’espace aérien. Inutile de préciser que la prolongation imprévue de notre séjour aux Émirats arabes unis risque d’engendrer un coût substantiel, ne serait-ce qu’en ce qui concerne la note d’hôtel. Et c’est valable pour tous les Belges et Français de passage ici.
Quant au voyage en Asie du Sud-Est, nous pouvons l’oublier. Mais cela reste un moindre mal. L’essentiel est que nous nous portions bien et qu’il n’y ait pas de victimes inutiles dans ce conflit qui s’est enclenché.
Si le régime des mollahs devait s’effondrer, cela constituerait une bonne nouvelle pour nous, pour la région et pour le monde — ainsi que pour les Émiratis, qui n’attendent que cela.