Exclusif – Prof. Damien Ernst (Uliège) suite à la guerre en Iran : « Je ne peux vraiment pas exclure à ce stade un doublement du prix du pétrole et du gaz naturel »
Le Pr Damien Ernst (ULiège), spécialiste en énergie, craint des répercussions sur l'approvisionnement en raison du conflit avec l'Iran. Entretien.
Publié par Harrison du Bus
• Mis à jour le
Résumé de l'article
Le conflit avec l'Iran ne sera pas sans répercussions sur l'approvisionnement en énergie à partir du Moyen Orient. Le Pr Damien Ernst craint un impact rapide sur les prix.
Sommaire
- 21News : La guerre en Iran pose des questions quant à un possible nouveau choc sur les marchés du gaz, comme celui vécu en 2022, ainsi qu’un choc sur les marchés du pétrole.
- Quelle évolution des prix anticipez-vous sur les marchés ?
- Pétrole, gaz : plusieurs scénarios
- Mais cette crise ne pourrait-elle pas finalement n’être que passagère, le temps d’une normalisation de la situation avec l’Iran ?
- Ne pensez-vous pas que les États-Unis n’ont pas pris la décision d’attaquer l’Iran sans avoir la certitude qu’une crise énergétique était peu probable ?
21News : La guerre en Iran pose des questions quant à un possible nouveau choc sur les marchés du gaz, comme celui vécu en 2022, ainsi qu’un choc sur les marchés du pétrole.
Damien Ernst : Il faut savoir que plus de 20 % des volumes mondiaux de pétrole et de gaz naturel liquéfié passent par le détroit d’Ormuz, qui peut être facilement bloqué par l’Iran. Sans compter que l’Iran pourrait également frapper, avec ses essaims de drones, ses missiles balistiques et de croisière, d’autres installations énergétiques majeures au Moyen-Orient.
On voit déjà plusieurs de ces installations touchées, notamment en Arabie saoudite. Il faut savoir aussi que l’Iran exporte lui-même plus de 1,3 million de barils par jour et que l’on parle de frappes américaines ou israéliennes sur l’île de Kharg, qui sert de terminal pour l’exportation du pétrole iranien. C’est déjà énorme de perdre d’un coup plus d’un million de barils de production !
Quelle évolution des prix anticipez-vous sur les marchés ?
Je pense que la situation est vraiment très mauvaise. Je ne peux absolument pas exclure à ce stade un doublement du prix du pétrole et du gaz naturel. Ce sera peut-être même pire. Je suis très inquiet, car nos réserves de gaz sont, en plus, historiquement faibles pour cette période de l’année. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre tout le gaz naturel liquéfié provenant du Qatar. Nous sommes peut-être, sur le plan énergétique, dans une situation bien pire qu’en 2022.
Pétrole, gaz : plusieurs scénarios
Mais cette crise ne pourrait-elle pas finalement n’être que passagère, le temps d’une normalisation de la situation avec l’Iran ?
Ce n’est pas impossible. Mais si les infrastructures énergétiques sont trop lourdement touchées, cela pourrait prendre des années pour les réparer. L’un des scénarios catastrophe — et il y en a beaucoup — serait que toutes les installations de liquéfaction du gaz au Qatar soient frappées.
Cela pourrait prendre des années pour les remplacer, nous condamnant à payer un prix exorbitant pour le gaz naturel liquéfié (GNL) peut-être jusqu’en 2030. Ce sont des infrastructures extrêmement complexes à construire.
Ne pensez-vous pas que les États-Unis n’ont pas pris la décision d’attaquer l’Iran sans avoir la certitude qu’une crise énergétique était peu probable ?
La situation aux États-Unis est différente de celle de l’Europe. Ils sont indépendants en gaz. Le prix payé pour le gaz naturel aux États-Unis ne dépend pas directement du prix du GNL sur les marchés internationaux.
J’ai presque envie de dire qu’un prix du GNL élevé peut même favoriser leur industrie. D’autre part, en matière de pétrole, ils sont également de grands producteurs. Il leur manque surtout du pétrole lourd, utilisé notamment pour fabriquer du diesel.
Or c’est précisément ce pétrole lourd que l’on trouve au Venezuela, dont ils contrôlent en partie les exportations. Ils disposent donc de nombreux moyens pour protéger le consommateur américain d’un choc pétrolier.
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