Ormuz : la France et l’Italie ouvrent des discussions avec l’Iran pour sécuriser les flux énergétiques
Selon le Financial Times, plusieurs capitales européennes, dont la France et l’Italie, ont entamé des contacts avec Téhéran pour tenter de garantir le passage des navires dans le détroit d’Ormuz. Alors que l’Iran menace de maintenir fermé ce point stratégique du commerce mondial, les Européens cherchent à éviter une nouvelle flambée des prix de l’énergie.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
— La France et l’Italie ont entamé des discussions avec l’Iran pour garantir la sécurité des navires dans le détroit d’Ormuz.
— Ce corridor maritime stratégique voit transiter environ 20 % du pétrole et du gaz mondial.
— L’Europe redoute un nouveau choc énergétique alors que les prix du pétrole et du gaz flambent.
Face au risque d’un blocage durable du détroit d’Ormuz, plusieurs pays européens ont entamé des discussions discrètes avec l’Iran afin de tenter de garantir la sécurité de leurs navires dans cette zone stratégique. L’initiative, menée notamment par la France et l’Italie, vise à relancer les flux énergétiques en provenance du Golfe sans provoquer une nouvelle escalade militaire.
Selon des responsables informés du dossier, ces contacts restent encore exploratoires. Leur objectif serait d’obtenir de Téhéran des garanties minimales de passage pour les navires européens dans ce corridor maritime par lequel transite habituellement près d’un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz naturel liquéfié.
Depuis plusieurs semaines, les attaques contre des pétroliers et la décision du nouveau guide suprême iranien de maintenir la fermeture du détroit ont quasiment paralysé le trafic maritime dans la zone.
L’Europe redoute un choc énergétique
La fermeture du détroit d’Ormuz inquiète profondément les capitales européennes. Une interruption durable des exportations énergétiques du Golfe pourrait aggraver la situation économique déjà fragile du continent.
Les marchés ont déjà réagi : le prix du pétrole avoisine désormais les 100 dollars le baril, contre environ 60 dollars en début d’année. Dans le même temps, les prix du gaz en Europe ont progressé de près de 75 % sur la même période.
Pour les gouvernements européens, la priorité est d’éviter que la crise au Moyen-Orient ne se transforme en choc énergétique comparable à celui provoqué par l’invasion de l’Ukraine en 2022.
C’est dans ce contexte que la France et l’Italie ont pris l’initiative d’ouvrir des canaux de discussion avec Téhéran, dans l’espoir de rétablir au moins partiellement la circulation des navires marchands.
Ces démarches restent toutefois fragiles. Plusieurs responsables soulignent qu’il n’existe aucune garantie que l’Iran accepte de négocier sur la question de l’accès au détroit.
Des Européens divisés face à Téhéran
Au sein de l’Union européenne, les approches divergent également. Certains États membres jugent nécessaire d’ouvrir un dialogue avec l’Iran afin d’éviter une escalade militaire susceptible de perturber durablement l’approvisionnement énergétique mondial.
D’autres capitales restent beaucoup plus réticentes et considèrent que toute négociation pourrait être interprétée comme une concession face à la stratégie de pression de Téhéran.
Sur le plan militaire, les Européens disposent déjà de moyens navals dans la région. La France, l’Italie et la Grèce participent notamment à la mission européenne Aspides en mer Rouge, destinée à protéger la navigation commerciale.
Mais, selon plusieurs responsables européens, aucune marine européenne n’est actuellement prête à escorter des navires marchands dans le détroit d’Ormuz tant que le risque d’attaque reste élevé. Une telle opération pourrait en effet entraîner directement les Européens dans le conflit régional.
Le président français Emmanuel Macron a toutefois indiqué que Paris pourrait envisager de participer à des escortes navales si la situation sécuritaire venait à s’améliorer.
Du côté italien, le ministre de la Défense Guido Crosetto a affirmé que Rome tentait de convaincre les Européens d’adopter une position commune afin de demander officiellement à l’Iran de permettre le passage des navires appartenant à des pays non impliqués dans le conflit.
Pour l’heure, les discussions engagées avec Téhéran restent limitées et informelles. Mais elles illustrent la crainte croissante des Européens de voir la crise du Golfe se transformer en une nouvelle onde de choc énergétique mondiale.