Innovation en Belgique : pourquoi sacrifier la R&D menace notre prospérité économique
La Belgique appartient enfin au peloton de tête européen en matière d’innovation. Mais cette réussite risque d’être fragilisée par la recherche de plusieurs milliards d’euros d’économies. Selon le Voka, ce serait une erreur historique, car l’innovation est l’un des principaux moteurs de la prospérité future.
Publié par Peter Backx
Résumé de l'article
Les nouvelles technologies et les nouveaux produits peuvent contribuer à résoudre des problèmes de société tout en générant de la croissance économique.
Le gouvernement fédéral a déjà décidé de ne plus indexer entièrement l’exonération partielle du précompte professionnel pour les chercheurs.
Le patronat flamand estime que notre pays doit continuer à miser sur des centres de recherche solides et sur un climat attractif pour les entreprises innovantes.
Alors que la chasse aux économies budgétaires bat son plein, le Voka craint que le soutien à la recherche et au développement revienne dans le collimateur. Ce serait paradoxal, car la Flandre et la Belgique figurent aujourd’hui parmi les meilleurs élèves européens en matière d’innovation. « La recherche et le développement font partie des rares dépenses qui renforcent directement notre potentiel économique », affirme l’économiste en chef Bart Van Craeynest.
Du milieu de classement au sommet européen
Il y a vingt ans, la Belgique se situait encore autour de la moyenne européenne en matière de recherche et développement. La Flandre faisait déjà un peu mieux que le reste de l’Europe. Depuis, les choses ont fortement évolué. Alors que les dépenses de R&D ont augmenté en moyenne d’un quart en Europe, elles ont progressé d’environ 80% en Belgique. En Flandre, la hausse atteint quelque 70%.
Cette croissance un peu moins forte ne signifie pas que la Flandre est à la traîne. Au contraire : comme elle partait déjà d’un niveau plus élevé, elle appartient désormais au sommet européen. Elle est devenue l’une des régions les plus innovantes d’Europe. Seules quelques régions allemandes, suédoises et autrichiennes font mieux.
Selon Bart Van Craeynest, cette position forte explique en partie les succès enregistrés dans des secteurs comme les biotechnologies, la pharmacie et la technologie des puces. Cette réussite n’est pas tombée du ciel. Les pouvoirs publics et les entreprises ont investi massivement pendant des années dans la recherche. Des mesures fiscales de soutien ont également été mises en place afin d’attirer et de maintenir les activités innovantes.
L’innovation doit sauver notre prospérité
Pour le Voka, cette avance est plus importante que jamais. Les prochaines décennies placeront l’Europe face à de grands défis. Le vieillissement exercera une pression supplémentaire sur les soins de santé. La transition énergétique, le défi climatique et la numérisation nécessiteront aussi de nouvelles solutions. C’est précisément pour cette raison que Bart Van Craeynest voit dans l’innovation le moteur de la création de richesse de demain.
Les nouvelles technologies et les nouveaux produits peuvent contribuer à résoudre des problèmes de société tout en générant de la croissance économique. « Pour beaucoup de ces défis, les solutions n’existent pas encore. Cela crée un potentiel économique considérable pour la recherche et l’innovation », souligne-t-on au Voka. L’organisation estime donc que notre pays doit continuer à miser sur des centres de recherche solides et sur un climat attractif pour les entreprises innovantes.
Les PME restent à la traîne
Mais tout n’est pas parfait. Aujourd’hui, les efforts de recherche sont fortement concentrés dans un nombre limité de grandes entreprises et de secteurs. Cela se comprend en partie : la recherche exige souvent des investissements importants. Le Voka estime toutefois que l’innovation doit se diffuser beaucoup plus largement dans l’ensemble de l’économie. Le potentiel reste particulièrement sous-exploité dans les petites et moyennes entreprises.
Ce point est loin d’être secondaire. Les PME représentent en effet plus de la moitié de l’activité économique en Flandre. Si elles investissaient davantage dans l’innovation, cela pourrait devenir un important moteur supplémentaire de croissance.
Champion mondial de la recherche, moins fort dans la commercialisation
Bart Van Craeynest pointe également un second problème. La Flandre excelle dans la recherche, mais ne parvient pas toujours à transformer ce savoir en activité économique. Il cite notamment l’Imec, reconnu dans le monde entier comme l’un des centres de recherche les plus avancés dans les technologies des puces. Pourtant, une part importante de la valeur commerciale se situe en dehors de la Belgique.
L’exemple le plus connu est l’entreprise néerlandaise ASML, devenue l’une des sociétés technologiques les plus valorisées d’Europe. Pour le Voka, cela montre que la Flandre doit encore progresser dans la valorisation commerciale de ses résultats de recherche. Cela suppose moins de barrières administratives, davantage de financement de croissance et un climat plus favorable à l’entrepreneuriat.
Faire des économies sur l’innovation ?
Dans ce contexte, le Voka observe avec inquiétude les prochaines négociations budgétaires. Le gouvernement fédéral a déjà décidé de ne plus indexer entièrement l’exonération partielle du précompte professionnel pour les chercheurs. En outre, la Belgique devra encore économiser plusieurs milliards d’euros dans les prochaines années pour atteindre ses objectifs budgétaires. Les organisations patronales craignent donc que d’autres formes de soutien à la recherche et au développement soient également mises sous pression.
Selon Bart Van Craeynest, ce serait une erreur fondamentale. Beaucoup de dépenses publiques ont peu d’impact sur la croissance économique future. Les dépenses d’innovation font, selon lui, partie des exceptions : elles se remboursent à terme par des investissements supplémentaires, une productivité accrue et davantage d’emplois.
Il plaide dès lors non pas pour moins, mais pour davantage d’ambition. La Belgique a rejoint le sommet européen. La prochaine étape doit être de figurer aussi parmi les tout premiers au niveau mondial. « Le débat ne devrait pas porter sur le montant que nous pouvons économiser sur l’innovation, mais sur la manière de mieux diffuser l’innovation dans toute l’économie et de la transformer plus fortement en activité économique. »