Jean-François Gatelier: "La mosquée oui, le Te Deum non? Le PS veut effacer nos racines chrétiennes"
"Après Noël, Pâques et les crèches, le Te Deum du 21 juillet? " La proposition du PS de mettre fin à la participation officielle des autorités au Te Deum du 21 juillet ravive un vieux débat belge. Jean-François Gatelier (Les Engagés) dénonce une volonté d'effacer les racines chrétiennes du pays.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Le PS souhaite mettre fin à la participation officielle des autorités au Te Deum de la Fête nationale au nom de la neutralité de l'État.
- Jean-François Gatelier (Les Engagés) dénonce un « effacement des racines chrétiennes » et une laïcité « à géométrie variable ».
- La politologue Caroline Sagesser rappelle que le débat sur la place du religieux dans les institutions belges existe depuis près de deux siècles.
Le député fédéral Jean-François Gatelier (Les Engagés) monte au créneau contre le Parti socialiste, qu'il accuse de vouloir « effacer progressivement les racines chrétiennes » de la Belgique en s'en prenant au Te Deum du 21 juillet. Sur les réseaux sociaux, l'élu dénonce une « géométrie variable » de la laïcité et une démarche idéologique déguisée en neutralité de l'État.
"Après Noël, Pâques et les crèches, le Te Deum du 21 juillet", s'interroge le député des Engagés. "Le Parti socialiste vient de franchir une nouvelle étape dans sa volonté d’effacer progressivement les racines chrétiennes de notre pays", écrit-il sur Facebook. "Après avoir soutenu, au fil des années, la disparition des références chrétiennes dans l’appellation des vacances scolaires, après que certains responsables socialistes se sont opposés à la présence de crèches dans certains bâtiments publics au nom d’une conception toujours plus stricte de la laïcité, le Parti socialiste franchit aujourd’hui une nouvelle ligne rouge en s’attaquant au Te Deum du 21 juillet."
Une proposition de résolution socialiste à la Chambre
Selon Jean-François Gatelier, une proposition de résolution déposée par un député PS le 4 juin 2026 a été inscrite à l'ordre du jour des travaux de la Chambre. Portée notamment par le député liégeois Christophe Lacroix, la proposition viserait à mettre fin à la participation officielle des autorités publiques au Te Deum de la Fête nationale. Officiellement, l'objectif affiché serait de défendre la neutralité de l'État — un argument que le député Les Engagés conteste frontalement. « La neutralité de l'État belge ne signifie pas que l'État doit nier son histoire, ses traditions ou son héritage. Elle signifie que l'État respecte toutes les convictions, religieuses et philosophiques, sans en privilégier aucune. »
Pour Gatelier, le Te Deum n'est pas seulement un office religieux : il constitue une tradition institutionnelle et symbolique accompagnant la Fête nationale depuis la création de la Belgique. Retirer les autorités de la célébration reviendrait, selon lui, à en faire disparaître la dimension historique.
Une laïcité « à géométrie variable »?
Le cœur de la charge du député porte sur ce qu'il présente comme un deux poids, deux mesures du PS en matière de présence des élus à des cérémonies religieuses. Selon lui, quelques jours avant le dépôt de la résolution, le 30 mai 2026, des responsables socialistes auraient participé à la cérémonie de pose de la première pierre de la future mosquée Averroès de Jette. Gatelier pointe également la présence régulière d'élus PS à des iftars ou à d'autres événements organisés par différentes communautés religieuses.
Pour le député Les Engagés, le dilemme est simple : « Soit les responsables politiques peuvent participer à des événements à caractère religieux ou culturel liés aux différentes convictions présentes dans notre société. Soit ils ne le peuvent pas. On ne peut pas considérer qu'une tradition chrétienne vieille de près de deux siècles pose un problème de neutralité tout en estimant que d'autres manifestations religieuses n'en posent aucun. »
Il qualifie cette approche de « vision idéologique » plutôt que de véritable neutralité et conclut que « la Belgique est un État neutre, pas un État amnésique ».
Cohérence laïque ou clientélisme politique?
La politologue Caroline Sagesser, du CRISP, a réagi au post en apportant un éclairage historique qui relativise la portée de l'initiative PS. Pour elle, la logique laïque n'est pas une nouveauté dans le paysage politique belge : « Le parti libéral a été fondé en 1846 avec un programme de laïcisation des institutions. Le POB, ancêtre du PS, partage cet ADN anticlérical. »
C'est exact, mais par souci de cohérence laïque et anti-cméricale, peut-être le PS devrait-il adopter clairement la même attitude vis-à-vis des cérémonies et événements liés à d'autres religions, faute de quoi la propoisition du PS risque d'apparaître comme opportuniste et cliéntéliste.
La politologue soulève également un argument de nature comparative : une célébration religieuse pour marquer la fête nationale aurait davantage sa place, selon elle, dans un État doté d'une Église officielle — comme le Royaume-Uni, où le souverain est couronné à l'abbaye de Westminster — « alors que notre Roi prête serment devant les Chambres ».
Ceci dit, Caroline Sagesser ne défend pas non plus sans nuance la volonté d'en finir avec le Te Deum : « La sécularisation des 50 dernières années a fortement réduit l'influence de l'Église, et si on peut considérer le Te Deum comme archaïque, on peut aussi regarder comme dépassée la volonté de le supprimer. »