Jean-Yves Camus sur la stratégie de LFI : « Toutes les forces politiques qui sont à la droite du centre droit sont, quant à elles, « fascistes » »
A la veille du second tour des municipales en France, Jean-Yves Camus Chercheur associé à l’Iris et directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la Fondation Jean-Jaurès a donné un vaste entretien à nos confrères du Figaro pour analyser la stratégie de radicalisation prise par LFI et son Président Jean-Luc Mélenchon.
Publié par J.PE
Résumé de l'article
— Jean-Yves Camus voit dans La France insoumise un projet révolutionnaire assumé, visant à la fois l’abolition du capitalisme et une redéfinition profonde de ce que serait désormais la nation française.
— Selon lui, LFI structure son discours autour de deux ennemis : la social-démocratie jugée trop modérée et une droite de plus en plus largement assimilée à une forme de fascisme.
— Cette stratégie de radicalisation idéologique peut consolider un socle militant, mais elle pose aussi la question de la capacité du mouvement à dépasser son plafond de verre électoral.
Il voit dans le projet de l’extrême-gauche française, un projet de mettre fin au capitalisme et celui de s’appuyer sur « une nouvelle France ». Ainsi il déclare : « Tout projet révolutionnaire, et celui de LFI en est un, nécessite de poser des actes politiques pour aboutir à l’abolition du capitalisme, puisqu’il paraît désormais évident que celui-ci ne s’effondre pas de lui-même du fait de ses contradictions. La fin du capitalisme n’est pas le seul objectif du projet de LFI, qui entend également redéfinir ce qui fait nation, ce qui fait France. C’est la « nouvelle France » évoquée par Jean-Luc Mélenchon. Nul doute que la somme des espoirs d’avènement d’une société débarrassée de l’économie de marché et dans laquelle les « oubliés » et les « opprimés » seraient les décideurs a été une des raisons du score du parti aux municipales. »
L’extrême-gauche se cherche toujours des ennemis. C’est pour cela qu’elle est en train selon Jean-Yves Camus de toujours vouloir étendre le champs du fascisme et de l’extrême-droite pour affaiblir toute opposition à ses idées. Ainsi l’expert confie sur les deux ennemis sur lesquels LFI construit un récit : « Le premier, c’est la « gauche d’accompagnement », autrement dit la social-démocratie réformiste, avec pour objectif de la marginaliser au sein des forces habituellement appelées « progressistes ». Précisément, en les disqualifiant parce qu’elles ne seraient pas des facteurs de rupture. Le second ennemi, c’est la « droite réactionnaire » ou « radicalisée », terme qui a été employé par les candidats LFI à Lyon et Toulouse pour qualifier Jean-Michel Aulas et Jean-Luc Moudenc. Toutes les forces politiques qui sont à la droite du centre droit sont, quant à elles, « fascistes ». Le domaine du fascisme s’étend d’ailleurs à l’infini, pour la gauche de rupture : toutes les structures sociales qui produisent de l’oppression, de la domination, sont « fascistes ».
Reste à voir si cette stratégie de radicalisation à l’extrême de LFI va porter ses fruits dans les prochaines échéances électorales ou si son plafond de verre restera difficile à franchir.