La révolution de l’IA rendra-t-elle les syndicats obsolètes ? (carte blanche)
Face à l’intelligence artificielle, à l’essor du travail indépendant et à la transformation rapide des carrières, les structures syndicales héritées du XXᵉ siècle apparaissent de plus en plus décalées. Sans renier leur rôle historique, il devient urgent de repenser la représentation des travailleurs à l’ère de l’économie numérique. Carte blanche de Julien Milquet (Les Engagés), Echevin de la Culture, du Patrimoine à Anderlecht.
Publié par Contribution Externe
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Résumé de l'article
– Les syndicats ont joué un rôle central dans les conquêtes sociales des XIXᵉ et XXᵉ siècles.
– Mais l’intelligence artificielle et la transformation du travail remettent en cause leur modèle d’organisation.
– La question n’est plus de préserver ces structures, mais d’inventer les protections sociales adaptées au XXIᵉ siècle.
Les syndicats ont joué un rôle historique majeur. Au XIXᵉ et au XXᵉ siècle, ils ont permis d’obtenir des avancées fondamentales : limitation du temps de travail, protection sociale, sécurité au travail, congés payés. Dans un monde industriel dur et souvent injuste, ils ont été un véritable contre-pouvoir face aux abus du capitalisme naissant.
Mais nous entrons aujourd’hui dans une transformation d’une ampleur comparable à la révolution industrielle : la révolution de l’intelligence artificielle.
L’IA va bouleverser profondément le travail : automatisation massive de certaines tâches, nouveaux métiers, disparition d’autres, travail à distance, freelancing, plateformes, collaborations homme-machine. Les carrières deviennent plus mobiles, plus hybrides et beaucoup moins enfermées dans les structures traditionnelles du salariat.
Or les syndicats actuels restent largement organisés selon un modèle hérité du XXᵉ siècle : par secteurs, par statuts, par grandes catégories professionnelles. Ce modèle correspondait à l’époque des grandes usines et des entreprises stables où toute une vie se passait dans la même organisation.
Mais ce monde n’existe déjà plus.
Dans de nombreux cas, les syndicats se retrouvent aujourd’hui à défendre des intérêts catégoriels ou des privilèges sectoriels, parfois déconnectés des transformations réelles de l’économie et des attentes des nouvelles générations de travailleurs. Sans parler même de l'opacité et du manque de transparence de la gestion des syndicats eux-mêmes.
Pendant que l’intelligence artificielle redéfinit la production, la compétence et la valeur du travail, et va créer une richesse inimaginable dans le futur, beaucoup de structures syndicales continuent de fonctionner avec des réflexes idéologiques hérités du siècle passé.
C’est pourquoi il est probable que les syndicats tels que nous les connaissons disparaissent ou se transforment radicalement dans les dix prochaines années. Non pas parce que la défense des travailleurs disparaîtra, mais parce que les formes d’organisation devront évoluer.
Dans un monde façonné par l’IA, les travailleurs auront besoin de nouvelles formes de représentation : plus souples, plus ouvertes, adaptées aux indépendants, aux carrières multiples et aux nouvelles réalités technologiques.
Il faut aussi reconnaître que les réponses inspirées du socialisme traditionnel, à savoir toujours plus d’État, toujours plus de rigidités, de bureaucratie et de contrôles, ne correspondent plus à la dynamique du monde qui vient. Elles freinent souvent l’innovation et l’adaptation économique.
Or, pour assurer l'avenir de l'Europe, elle devra impérativement rattraper son retard immense en matière d'IA, de numérique, de nouvelles technologies face aux USA, à la Chine, à l'Inde... Cela passera aussi par stopper tous les freins qui sont actuellement mis au développement de ces technologies. En gros : moins de juristes et plus d'ingénieurs en politique ! Moins de contraintes et plus de liberté.
La question n’est donc pas de préserver des structures héritées du passé, mais d’inventer les protections sociales du XXIᵉ siècle.
Car la réponse ne sera pas dans un capitalisme débridé ou un socialisme qui a toujours appauvri les peuples. Mais dans une économie ouverte qui prend soin des plus faibles dans une perspective d'autonomie et de responsabilité.
Respecter l’histoire des luttes sociales est nécessaire. Mais comprendre la révolution de l’intelligence artificielle l’est encore plus.