La saisie du tanker Marinera par les autorités américaines marque un nouvel épisode dans le bras de fer qui oppose Washington au Venezuela, sur fond de sanctions économiques et de rivalités géopolitiques croissantes. Présentée par les États-Unis comme une mesure destinée à faire respecter leur régime de sanctions, cette opération illustre aussi la dimension extraterritoriale du droit américain et les tensions qu’elle suscite sur la scène internationale.
Selon les autorités américaines, le Marinera transportait du pétrole vénézuélien destiné à l’exportation via des circuits visant à contourner les sanctions imposées depuis 2019 au secteur pétrolier du pays. En ciblant directement la compagnie nationale PDVSA, Washington cherche à priver le gouvernement de Nicolás Maduro de ressources financières essentielles, dans l’espoir de provoquer un changement politique. La saisie du tanker s’inscrit dans cette stratégie de pression maximale, destinée également à dissuader armateurs, assureurs et intermédiaires étrangers de commercer avec Caracas.
Deux visions différentes en termes de légalité
Sur le plan juridique, les États-Unis fondent leur action sur l’application extraterritoriale de leur législation, estimant pouvoir intervenir dès lors que des transactions impliquent des entités ou des infrastructures relevant de leur juridiction. Cette position est vivement contestée par le Venezuela, qui dénonce un acte de piraterie et une violation du droit international maritime. Caracas affirme que le Marinera naviguait légalement et que sa cargaison appartenait à l’État vénézuélien, soulignant l’absence de mandat explicite des Nations unies pour justifier une telle saisie.
Au-delà de l’affrontement bilatéral, l’affaire du Marinera met en lumière le rôle indirect mais central de la Russie. Partenaire stratégique de Caracas, Moscou soutient depuis des années le secteur énergétique vénézuélien, notamment à travers des investissements, une assistance technique et des mécanismes de commercialisation alternatifs. Bien que le groupe Rosneft se soit officiellement retiré du Venezuela en 2020, des réseaux d’intermédiaires et de sociétés écrans liés à la Russie continuent d’être associés aux exportations de brut vénézuélien. Ces circuits parallèles, reposant sur des transbordements en mer et des changements de pavillon, visent précisément à échapper au contrôle américain, ce qui explique l’attention accrue de Washington sur certains tankers.
Moscou sans surprise irrité
Sur le plan géopolitique, la Russie utilise ces saisies pour dénoncer l’« extraterritorialité abusive » du droit américain et promouvoir un ordre international multipolaire. En soutenant politiquement le Venezuela dans les enceintes internationales, Moscou inscrit l’affaire du Marinera dans une confrontation plus large avec les États-Unis, où l’Amérique latine devient l’un des terrains périphériques de rivalités entre grandes puissances.
Les conséquences économiques pour le Venezuela sont considérables. Chaque cargaison immobilisée prive l’État de revenus cruciaux dans un pays déjà frappé par une crise profonde, marquée par l’effondrement de la production pétrolière, l’appauvrissement de la population et l’exode de millions de personnes. Si la stratégie américaine entrave effectivement les capacités d’exportation de Caracas, elle renforce aussi la dépendance du pays à l’égard de partenaires prêts à braver les sanctions, au risque d’accentuer la fragmentation de l’économie mondiale.
La saisie du tanker Marinera dépasse ainsi le simple cadre d’un contentieux maritime. Elle révèle l’usage du pétrole comme instrument de coercition politique et souligne les limites d’une politique de sanctions qui, tout en isolant un régime, contribue à redessiner les équilibres géopolitiques mondiaux.
La rédaction, avec Maxence Dozin
(Hakon Rimmereid / AFP)