« Le cordon sanitaire doit être étendu à l’extrême gauche » : Georges-Louis Bouchez écrit à Paul Magnette
Le MR refuse de participer à la révision de la Charte de la démocratie proposée par le PS. Dans une lettre adressée à Paul Magnette, Georges-Louis Bouchez détaille ses désaccords de fond, notamment sur l’extension du cordon sanitaire, la réforme des délits de presse et la création d’un nouvel organe de contrôle.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
• Le MR décline l’invitation du PS à participer à un groupe de travail sur la Charte de la démocratie
• Georges-Louis Bouchez plaide pour étendre le cordon sanitaire à l’extrême gauche
• Le MR s’oppose à la correctionnalisation des délits de presse et défend le jury d’assises
• Le parti rejette la création d’un nouvel organe de contrôle, jugé inutile et potentiellement problématique
"Cher Paul…" Le président du Mouvement Réformateur, Georges-Louis Bouchez, a répondu par écrit à son homologue du Parti socialiste, Paul Magnette, concernant sa proposition de réunir les présidents de parti autour d’une révision de la Charte de la démocratie. Dans cette lettre, le MR confirme son refus de participer au groupe de travail proposé, tout en détaillant ses réserves de fond.
Un accord sur les principes, mais des divergences majeures
D’emblée, Georges-Louis Bouchez insiste sur un point de convergence : « Le MR partage pleinement l’objectif de défendre l’État de droit, les libertés fondamentales et la lutte contre toutes les formes de haine. »
Le président du MR rappelle également l’attachement de son parti au cordon sanitaire à l’égard de l’extrême droite : « Nous n’avons jamais cessé de combattre l’extrême droite et ses idées. » Mais il regrette certaines prises de position publiques du PS : « Je regrette d’ailleurs que tu aies pu publiquement faire croire que c’était le cas. »
L’extension du cordon sanitaire au cœur du désaccord
Le principal point de friction concerne l’élargissement du dispositif aux autres formes d’extrémisme. Le MR estime que la cohérence impose d’inclure également l’extrême gauche : « Il nous paraît indispensable d’étendre le cordon sanitaire à l’extrême gauche. » Georges-Louis Bouchez évoque des dérives similaires à celles dénoncées à l’extrême droite, citant notamment : « rejet des institutions démocratiques, culture de la haine de l’autre et dérives antisémites. » Il insiste sur l’absence de traitement équilibré : « Il n’y a aucune raison de traiter l’extrême droite comme un danger absolu et l’extrême gauche comme un simple épiphénomène. »
Délits de presse : le MR défend le jury d’assises
Autre point de divergence majeur : la volonté du PS de correctionnaliser les délits de presse à caractère discriminatoire. Le MR s’y oppose fermement. Dans sa lettre, Georges-Louis Bouchez souligne : « La presse doit continuer à bénéficier de la protection particulière qui résulte du recours au jury d’assises. «
Il qualifie ce mécanisme de : « garantie historique de la liberté d’expression et du pluralisme dans notre pays. » Le MR plaide toutefois pour une adaptation du cadre juridique concernant les contenus en ligne : « Une clarification juridique doit être apportée pour permettre aux autorités judiciaires de poursuivre efficacement les discours de haine […] en dehors du cadre strict de l’activité journalistique. »
Un refus de créer un nouvel organe de contrôle
Le projet du PS de créer une instance indépendante chargée de veiller au respect de la Charte suscite également l’opposition du MR. Le président libéral exprime ses craintes : « Nous nous opposons à la création d’un nouvel organe chargé de décider de ce qui est politiquement ou moralement acceptable dans le débat public. »
Il met en garde contre une dérive potentielle : « un nouvel organe de contrôle des opinions […] risquerait […] de se transformer en instrument de police politique du débat public. » Pour le MR, le rôle de sanction doit rester entre les mains de la justice : « la seule autorité légitime […] doit demeurer une autorité juridictionnelle, indépendante et impartiale. »
Pas de participation au groupe de travail
Enfin, Georges-Louis Bouchez prend acte de la proposition du PS de constituer un groupe de travail dès la semaine du 23 mars, mais estime que les divergences sont trop importantes.
Il conclut : « il n’existe, à ce stade, pas de base suffisamment partagée pour un texte commun. » Et annonce clairement la position de son parti : « le MR ne désignera donc pas de collaborateur pour participer à ce groupe de travail. »