Le Hamas sévit-il en Cisjordanie ? Jean-Noël Barrot, interrogé quatre fois, refuse quatre fois de répondre
« Est-ce que le Hamas sévit en Cisjordanie ? » Interrogé à plusieurs reprises après la phrase erronée d’Emmanuel Macron à l’ONU, Jean-Noël Barrot a multiplié les détours sans jamais répondre directement. Une séquence étonnante alors que le Quai d’Orsay avait déjà reconnu ce que le président avait voulu dire.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Interrogé à plusieurs reprises sur l’activité du Hamas en Cisjordanie après la bourde d’Emmanuel Macron à l’ONU, Jean-Noël Barrot a refusé de répondre directement à Benjamin Duhamel.
Il aurait suffi d’un mot : oui. Interrogé à plusieurs reprises sur la présence et l’activité du Hamas en Cisjordanie, Jean-Noël Barrot n’a pourtant jamais voulu le prononcer. Invité de Benjamin Duhamel, le ministre français des Affaires étrangères s’est lancé dans une longue défense de la politique française au Proche-Orient, sans répondre à une question factuelle qui lui a été posée quatre fois.
La séquence trouve son origine dans une phrase d’Emmanuel Macron prononcée le 22 septembre à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies. Critiquant la politique israélienne en Cisjordanie, le président français avait lancé : « Regardez ce qui se passe en Cisjordanie où, chaque jour, des violations sont faites au nom de quoi ? Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie. Jamais. »
Une affirmation factuellement erronée. Si le Hamas n’administre pas la Cisjordanie, contrairement à Gaza avant la guerre, le mouvement islamiste y est implanté et y mène des activités. La déclaration présidentielle avait aussitôt provoqué la colère du gouvernement israélien.
L’Élysée avait alors tenté de rectifier le propos en expliquant que le président avait employé « sévir » au sens de « diriger » : Emmanuel Macron aurait donc voulu dire que le Hamas n’avait jamais gouverné la Cisjordanie.
Quelques jours plus tard, Benjamin Duhamel a offert à Jean-Noël Barrot une nouvelle occasion de dissiper l’affaire.
Séquence embarrassante sur France 2: Jean-Noël Barrot, en grande difficulté, refuse de reconnaître la forte présence du Hamas en Cisjordanie.
— Julien Abbas (@JulienAbbas) September 27, 2026
À quoi joue le ministre des affaires étrangères ? Ce positionnement est une faute et une impasse dans la résolution du conflit au… pic.twitter.com/CFt8x8yqxk
« Est-ce que le Hamas sévit en Cisjordanie ? »
« Pourquoi est-ce que c’est si difficile, quand on est responsable politique, de reconnaître qu’une contre-vérité a été dite, à savoir qu’évidemment la Cisjordanie est une des bases arrière du Hamas ? », demande le journaliste.
Plutôt que de répondre sur ce point, Jean-Noël Barrot repart sur le sens général du discours présidentiel.
« Chacun a parfaitement compris, je le répète, ce qu’a voulu dire le président de la République », commence le ministre, avant de dénoncer la « complaisance coupable et scandaleuse » du gouvernement israélien face à la colonisation et aux violences commises par des colons en Cisjordanie.
Benjamin Duhamel l’interrompt. Barrot demande à terminer son raisonnement et reproche à son interlocuteur d’« extraire des phrases de leur contexte ».
« On n’extrait pas des phrases de leur contexte. Là, je crois que tout le monde a entendu cela in extenso », lui répond le journaliste.
Le ministre poursuit néanmoins son développement sur la colonisation israélienne, qu’il juge contraire au droit international et dangereuse pour la sécurité d’Israël. Puis Duhamel revient à sa question : « Mais Jean-Noël Barrot, est-ce que le Hamas sévit en Cisjordanie ? »
Nouvelle réponse, nouveau détour. « Mais chacun sait bien ce qu’est le Hamas. Le Hamas a administré Gaza. Le Hamas s’est rendu coupable du pire massacre antisémite depuis la Shoah. Et le Hamas doit être exclu. »
Mais agit-il en Cisjordanie ? Duhamel insiste.
« Je ne comprends pas ce que vous ne comprenez pas »
Barrot poursuit alors en expliquant que le Hamas se renforce chaque fois que le gouvernement israélien adopte, selon lui, une politique fondée sur « la violence et le mépris des droits des Palestiniens ».
Quatrième tentative du journaliste : « D’accord. Mais là encore, je peux poser la question une fois, deux fois, trois fois. Est-ce que le Hamas agit en Cisjordanie ? »
Cette fois, la réponse du ministre prend une tournure singulière. « Je ne comprends pas ce que vous ne compreniez pas. L’argument du président de la République est limpide. La politique du gouvernement israélien ne permet pas d’affaiblir le Hamas, ni à Gaza, ni en Cisjordanie. »
La formule est d’autant plus étonnante que cette dernière phrase reconnaît implicitement le problème soulevé par Duhamel : s’il s’agit d’« affaiblir le Hamas » en Cisjordanie, c’est bien que le mouvement y possède une présence ou une activité. Mais le « oui » attendu ne viendra toujours pas.
« Je n’aurai pas de réponse sur cette question de savoir si le Hamas sévit ou non en Cisjordanie », constate finalement Benjamin Duhamel.
Barrot repart alors sur la position diplomatique française et la nécessité d’une solution politique au conflit.
Une erreur qui aurait pu être corrigée en une phrase
Le journaliste tente une dernière fois de ramener son invité au problème initial. Certains observateurs, fait-il remarquer, estiment que la déclaration de Macron a elle-même offert au gouvernement israélien un argument facile contre la France, puisqu’il lui suffisait de relever son inexactitude factuelle.
Jean-Noël Barrot refuse encore cette lecture et accuse certains responsables israéliens d’« extraire une phrase de son contexte » pour attaquer une politique française différente de celle du gouvernement de Benyamin Netanyahou.
« Ceux qui nous regardent et nous écoutent auront constaté l’absence de réponse sur ce point », conclut Duhamel.
La scène est d’autant plus remarquable que reconnaître l’erreur n’aurait nullement obligé le ministre à modifier la position française sur le fond. Paris pouvait continuer à condamner la colonisation israélienne, les violences de certains colons et la politique du gouvernement Netanyahou tout en reconnaissant une réalité documentée : le Hamas n’a jamais gouverné la Cisjordanie, mais il y est actif.
C’est d’ailleurs précisément la distinction que le Quai d’Orsay avait fini par établir quelques jours auparavant. Son porte-parole Pascal Confavreux avait expliqué que « le président a voulu dire que le Hamas ne dirigeait pas la Cisjordanie », tout en rappelant la condamnation française des actes terroristes.
La correction était donc déjà connue. Elle aurait permis à Barrot de répondre simplement : oui, le Hamas agit en Cisjordanie ; non, il ne la gouverne pas ; et cela ne change pas la condamnation française de la colonisation.
À la place, le ministre aura consacré plusieurs minutes à répondre à tout ce que Benjamin Duhamel ne lui demandait pas. Jusqu’à finir par reprocher au journaliste de ne pas comprendre une réponse que celui-ci attendait toujours.