« Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie » : l’énorme erreur de Macron à la tribune de l’ONU
À la tribune de l’ONU, Emmanuel Macron a affirmé que le Hamas n’avait « jamais sévi en Cisjordanie ». Une déclaration vivement contestée par Israël et difficile à concilier avec l’histoire du mouvement islamiste. Face à la polémique, la diplomatie française assure que le président voulait dire que le Hamas n’y avait jamais gouverné.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
Emmanuel Macron a affirmé à l’ONU que le Hamas n’avait « jamais sévi en Cisjordanie ». Une déclaration contestée par les faits, que la diplomatie française a ensuite tenté de clarifier en assurant qu’il voulait dire que le Hamas n’y avait jamais gouverné.
À la tribune de l’ONU, Emmanuel Macron a affirmé que le Hamas n’avait « jamais sévi en Cisjordanie ». Une déclaration vivement contestée par Israël et difficile à concilier avec l’histoire du mouvement islamiste. Face à la polémique, la diplomatie française assure que le président voulait dire que le Hamas n’y avait jamais gouverné.
La phrase n’est ni une traduction approximative ni une reformulation de ses détracteurs. Mardi, devant l’Assemblée générale des Nations unies à New York, Emmanuel Macron a bien prononcé ces mots : « Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie. »
WTF?!
— Amit Segal (@AmitSegal) September 22, 2026
״Hamas has never been proactive in the West Bank?״
That's like saying Macron is a tall, popular, and successful president pic.twitter.com/9F22BEOb9z
Le président français dénonçait alors les violences commises en Cisjordanie et défendait la création d’un État palestinien. « Regardez ce qui se passe en Cisjordanie, où chaque jour des violations sont faites. Au nom de quoi ? Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie », a-t-il déclaré avant d’estimer que la situation rendait chaque jour plus difficile « le respect des droits légitimes du peuple palestinien à exister ».
Regardez ce qui se passe en Cisjordanie, où chaque jour des violations sont faites. Au nom de quoi ? Le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie.
Emmanuel Macron
La traduction simultanée anglaise diffusée à l’ONU a rendu la phrase par : « Hamas was never very active in the West Bank » — littéralement, « le Hamas n’a jamais été très actif en Cisjordanie ». Mais l’original français est plus catégorique encore : Emmanuel Macron a bien employé le verbe « sévir ».
Une affirmation qui a immédiatement provoqué une vive polémique. Car si le Hamas n’a effectivement jamais gouverné la Cisjordanie comme il a gouverné la bande de Gaza, affirmer qu’il n’y a « jamais sévi » est difficilement compatible avec l’histoire du mouvement islamiste palestinien.
« L’absurdité grotesque de cette déclaration est sidérante »
Le bureau de Benyamin Netanyahou a réagi dans des termes particulièrement virulents. « L’absurdité grotesque de la déclaration d’Emmanuel Macron est sidérante », a-t-il déclaré, accusant des membres du Hamas de mener des attaques en Cisjordanie et rappelant le meurtre récent d’un Franco-Israélien dans ce territoire.
L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, a lui aussi attaqué le discours du président français, le jugeant déconnecté de la réalité.
En France, plusieurs personnalités ont également relevé la phrase. L’ancien sénateur Alain Destexhe a reproché au président de présenter le Hamas comme absent de Cisjordanie. Gilles-William Goldnadel a dénoncé un « mensonge factuel » et Myriam Shermer une « fake news ».
On a le droit de contester la politique du gouvernement israélien en Cisjordanie même si focaliser son dernier discours sur l’Etat Juif , pour faire le beau, quand on a eu peur de marcher contre l’antisémitisme est irresponsable . Mais commettre un mensonge factuel aussi… https://t.co/2Vqh2Csv6R
— G-William Goldnadel (@GWGoldnadel) September 23, 2026
La formulation de leurs critiques doit néanmoins être distinguée des mots exacts de Macron. Le président n’a pas affirmé littéralement que le Hamas était « absent » de Cisjordanie. Il a déclaré qu’il n’y avait « jamais sévi ». C’est cette proposition précise qu’il faut confronter aux faits.
Une présence ancienne du Hamas en Cisjordanie
La distinction entre Gaza et la Cisjordanie est fondamentale. Depuis sa prise de contrôle de Gaza en 2007, le Hamas y exerce le pouvoir de facto. En Cisjordanie, l’Autorité palestinienne dirigée par le Fatah administre au contraire les zones placées sous son contrôle et ses services de sécurité ont régulièrement poursuivi et arrêté des membres du Hamas.
Le Hamas n’a donc jamais gouverné la Cisjordanie. Mais cela ne signifie nullement qu’il n’y a jamais été implanté ou actif. Le mouvement y dispose depuis longtemps de militants, de réseaux politiques et de cellules clandestines. Durant la Seconde Intifada notamment, des membres et cellules du Hamas implantés en Cisjordanie ont participé à des attentats contre des Israéliens.
Le phénomène n’appartient pas uniquement à l’histoire ancienne. Les forces de sécurité palestiniennes elles-mêmes ont, au fil des années, arrêté des membres du Hamas en Cisjordanie et démantelé des réseaux liés au mouvement. Les autorités israéliennes y mènent régulièrement des opérations contre des militants qu’elles présentent comme appartenant au Hamas.
L’existence même d’une implantation du mouvement en Cisjordanie n’est donc guère contestable. La question porte plutôt sur son ampleur et sur la comparaison avec Gaza.
Des militants du Hamas encore actifs ces dernières années
Des exemples beaucoup plus récents rendent la formule présidentielle particulièrement difficile à défendre dans son sens littéral.
À Jénine, Hébron, Naplouse et dans d’autres villes de Cisjordanie, le Hamas a conservé des réseaux et des sympathisants malgré la pression exercée à la fois par Israël et par l’Autorité palestinienne.
Le bureau du Premier ministre israélien affirme ainsi que des membres du mouvement continuent à participer à des attaques en Cisjordanie. Cette présentation israélienne s’inscrit évidemment dans un affrontement politique et diplomatique avec Paris, mais l’existence de militants et de cellules du Hamas dans le territoire est documentée indépendamment de cette polémique.
Le Times of Israel, qui rapporte la réponse de la diplomatie française, rappelle notamment que le Hamas est présent depuis longtemps en Cisjordanie et que des cellules établies dans le territoire ont participé aux vagues d’attentats contre Israël, notamment pendant la Seconde Intifada.
La différence entre Gaza et la Cisjordanie n’est donc pas celle qui séparerait un territoire où le Hamas existe d’un autre où il serait absent. Elle tient essentiellement à sa capacité à exercer le pouvoir et à agir ouvertement.
Paris assure que Macron voulait dire autre chose
C’est d’ailleurs précisément sur ce terrain que la diplomatie française a tenté de clarifier les propos présidentiels.
Interrogé après la controverse, un responsable diplomatique français a expliqué au Times of Israel qu’Emmanuel Macron « voulait dire que le Hamas ne gouverne pas la Cisjordanie ».
Cette explication correspond effectivement à la réalité institutionnelle palestinienne : le Hamas ne gouverne pas la Cisjordanie. L’Autorité palestinienne, dominée par le Fatah, y constitue l’autorité palestinienne reconnue et combat elle-même les réseaux du mouvement islamiste.
Mais ce n’est pas la phrase qu’Emmanuel Macron a prononcée. « Le Hamas ne gouverne pas la Cisjordanie » et « le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie » sont deux affirmations différentes. La première décrit correctement la situation politique du territoire. La seconde suggère une absence historique d’activité du Hamas beaucoup plus difficile à soutenir au regard des faits.
Et l’hypothèse d’une simple erreur de traduction ne suffit pas à résoudre la difficulté : l’enregistrement français du discours est sans ambiguïté. Le président a lui-même employé les mots « n’a jamais sévi ».