Maarten Boudry accuse les universités de lâcheté académique : « Défendre Israël, c’est devenir persona non grata »
À l’université aujourd’hui, défendre Israël ou simplement remettre en question l’accusation de génocide suffit à être traité comme un paria. C’est ce qu’écrit le philosophe des sciences Maarten Boudry (UGent) dans le magazine néerlandais Elsevier. Son réquisitoire ne se limite pas à Israël ou à Gaza, mais vise le cœur même de la culture académique : des universités qui confondent indignation morale et certitude scientifique, et un climat dans lequel prendre la parole est jugé imprudent tandis que le silence devient une stratégie de survie.
Publié par Peter Backx
• Mis à jour le
Depuis le 7 octobre 2023, date de l’attaque du Hamas contre Israël et du début de la guerre à Gaza, Maarten Boudry observe une fermeture rapide du débat universitaire. Ce qui avait commencé comme une indignation face à l’action militaire israélienne s’est rapidement transformé en dogme moral. Le doute a été assimilé à une faute morale. Ceux qui refusaient d’adhérer à l’accusation de génocide perdaient leur statut d’universitaires à part entière et se voyaient progressivement exclus.
Le fait que le débat n’ait même pas été mené, mais immédiatement clos, s’est rapidement manifesté par des actes concrets. Des lettres ouvertes d’universitaires hostiles à Israël ont recueilli en peu de temps des centaines, voire des milliers de signatures. Des universités ont suspendu leurs collaborations avec des institutions israéliennes, invoquant une possible complicité dans des crimes de guerre. Peu à peu, l’idée s’est imposée qu’une seule position était non seulement moralement défendable, mais également scientifiquement établie.
Quand le génocide devient un dogme
Cette impression a été renforcée par la manière dont le terme « génocide » a été mobilisé. Ce qui relève habituellement d’années d’analyse juridique et historique a été réduit, selon Boudry, à une qualification morale. Dans un article largement commenté, NRC affirmait qu’aucun spécialiste du génocide ne contestait encore cette conclusion. En août 2025, l’International Association of Genocide Scholars a adopté une résolution affirmant explicitement qu’un génocide avait lieu à Gaza.
Pour Boudry, il ne s’agit pas d’un consensus intellectuel, mais d’un dérapage intellectuel. « Cette accusation de génocide me paraît toujours aussi obscène qu’absurde », écrit-il. Non parce qu’il nierait les victimes civiles, mais parce qu’une question juridique essentielle est, selon lui, systématiquement éludée : l’intention. « Il n’existe aucun indice montrant que l’armée israélienne cherche à exterminer la population de Gaza. Les éléments indiquant le contraire sont abondants. »
Ce qui le frappe surtout, c’est ce qu’il décrit comme une indignation sélective au sein des milieux intellectuels occidentaux. L’attention portée à Israël est constante et implacable, tandis que le rôle du Hamas, sa rhétorique explicitement génocidaire et ses tactiques de guerre cyniques sont souvent relégués au second plan. Dans son ouvrage Het verraad aan de verlichting, Boudry inscrit cette attitude dans un cadre idéologique plus large. « L’empressement avec lequel on accuse Israël de ce “crime des crimes” continue de me surprendre », écrit-il.
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