Chômage : la N-VA veut réduire la dotation des syndicats
La N-VA veut revoir le financement des syndicats dans la gestion du chômage. En toile de fond : des économies budgétaires, une réforme controversée… et un bras de fer politique qui s’annonce tendu et qui va sans doute provoquer des réactions à quelques jours du 1er mai.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- La N-VA veut revoir la méthode de calcul de la dotation publique versée aux syndicats pour la gestion du chômage.
- Malgré la sortie de 184.000 chômeurs, la baisse du financement resterait limitée à 16 %, ce que le parti conteste.
- Syndicats et opposition dénoncent une réforme idéologique, tandis que le gouvernement évoque la numérisation.
Dans sa quête d’économies budgétaires, le gouvernement dirigé par Bart De Wever pourrait ouvrir un nouveau chantier sensible : celui du financement des syndicats. Comme le rapportait L’Echo, la N-VA a déposé une proposition de loi visant à revoir la méthode de calcul de la dotation publique qui leur est versée pour gérer les allocations de chômage.
Le texte, porté par la députée Eva Demesmaeker (N-VA) doit être débattu en commission des Affaires sociales de la Chambre, dans un contexte où la réforme du chômage commence à produire ses effets.
Une enveloppe de 169 millions d’euros en question
Pour rappel, en Belgique, le paiement des allocations de chômage repose sur un système particulier : un organisme public, la Capac, et trois syndicats qui assurent cette mission pour leurs affiliés. En échange, ces derniers reçoivent une compensation financière de l’État destinée à couvrir leurs frais administratifs.
En 2024, cette dotation s’élevait à 169 millions d’euros. Mais depuis le 1er janvier 2026, la limitation du chômage à deux ans a profondément modifié la donne. Près de 184.000 personnes devraient sortir du système, entraînant mécaniquement une baisse du financement public accordé aux syndicats.
Selon les estimations du ministre de l’Emploi David Clarinval (MR), cette diminution resterait toutefois limitée à environ 16 %, soit 20 millions d’euros en 2026 et 27 millions en 2027. Un décalage que la N-VA juge difficilement justifiable.
Une formule de calcul au cœur des critiques
Pourquoi une telle différence entre la chute du nombre de chômeurs et la baisse relativement modérée du financement ? La réponse tient à la formule de calcul, qui intègre des coûts fixes structurels.
Un principe que la N-VA ne conteste pas en soi, mais dont elle critique l’ampleur. Pour les nationalistes flamands, le rapport entre la baisse du nombre de bénéficiaires et celle des dotations – de un à trois – pose problème, d’autant plus que les CPAS ont vu leurs moyens augmenter pour absorber les effets sociaux de la réforme.
Dans le viseur du parti : une modification introduite en 2022 par l’ancien ministre de l’Emploi Pierre-Yves Dermagne (PS). Cette adaptation visait à mieux refléter l’évolution des coûts salariaux des syndicats, alors que la gestion des allocations est historiquement déficitaire pour eux.
Pour la N-VA, il s’agit d’un « cadeau » injustifié, représentant plusieurs millions d’euros ces dernières années. Le parti propose dès lors de revenir à la formule précédente, basée sur un cadre légal datant de 1991.
Un modèle jugé dépassé par certains experts
Ce retour en arrière ne fait toutefois pas l’unanimité. Plusieurs spécialistes du marché du travail estiment que l’ancien système est lui aussi obsolète. « La méthode actuelle repose encore en partie sur une logique d’avant la numérisation, où la gestion des dossiers nécessitait davantage de travail manuel », explique un expert cité par L’Echo. À l’époque, le volume de travail était directement lié à la taille des structures et à leurs coûts fixes.
Les syndicats dénoncent "une attaque idéologique"
Du côté des organisations syndicales, la réaction est ferme. La FGTB dénonce une proposition « idéologique, voire populiste ». Les syndicats insistent sur un point : la réforme du chômage ne simplifie pas leur travail. Au contraire, elle entraînerait une complexification des dossiers, avec davantage de mouvements d’entrée et de sortie dans le système. Dans ce contexte, une réduction trop importante des moyens pourrait, selon eux, conduire à des suppressions d’emplois.
Le ministre David Clarinval soutient néanmoins la démarche de la N-VA. Il estime qu’une partie des économies pourrait être réinvestie dans la numérisation du traitement des dossiers, encore jugée insuffisante en Belgique.
Une analyse a été demandée au comité de gestion de l’ONEM, attendue pour le mois de juin. Sur cette base, le ministre promet de prendre des initiatives pour accélérer la transformation numérique du système.
Un débat hautement politique
Au-delà des chiffres, le débat touche à un pilier du modèle social belge : le rôle des syndicats dans la gestion du chômage. De quoi enflammer encore un peu plus ce 1er mai...
Pour la N-VA, il s’agit d’un levier d’économies dans un contexte budgétaire contraint. Pour les syndicats, c’est une remise en cause plus large de leur rôle historique.