Manifestations en Iran : "Pahlavi reviendra" (carte blanche)
Publié par Contribution Externe
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En Iran, le peuple se soulève, une fois de plus. Les manifestations se multiplient à travers le pays et, dans les rues, la colère gronde. Mais cette fois-ci, la contestation prend une autre couleur. Elle est née au cœur du grand Bazar de Téhéran, bastion réputé de la frange la plus conservatrice de la société, longtemps positionnée comme pro-régime et farouchement opposée à tout changement politique susceptible d'affecter ses intérêts économiques. Si le prétexte avancé pour descendre dans la rue est l'effondrement économique, les slogans scandés, sans peur ni recul, expriment une revendication plus radicale : la fin du régime des Ayatollahs. La volonté nationale de changement de régime, perceptible depuis plusieurs années, rassemble désormais toutes les couches de la société. Jeunes, étudiants, femmes et hommes rejoignent les commerçants pour scander avec force :
"Mort au dictateur" ; "Ni Gaza, ni Liban, je me sacrifie pour l'Iran" ; "L'iranien meurt mais n'accepte pas l'humiliation".
Mais surtout :
"Ceci est notre dernière bataille, Pahlavi reviendra" ; "Le Shah reviendra" ; "Javid Shah" (vive le roi ou éternel soit le roi) ; "Reza Shah, paix à ton âme" -- en référence au fondateur de la dynastie Pahlavi.
Les détracteurs du prince héritier Reza Pahlavi soulignent que, lors des manifestations de rue, les slogans ne lui seraient pas exclusivement dédiés. L'argument est non pertinent. Dans une mobilisation visant un changement de régime, s'observe souvent une double dynamique de rupture et de légitimation : d'un côté, le rejet du pouvoir en place et, de l'autre, la désignation d'une alternative politique. Autrement dit, le peuple exprime clairement ce qu'il rejette et ce qu'il souhaite à la place. L'exclusivité des slogans n'a jamais constitué un critère d'évaluation de la légitimité d'un leader, d'autant plus qu'en Iran, un seul nom est déjà scandé. Présenter cet argument pour décrédibiliser le leader relève d’une malhonnêteté intellectuelle.
La guerre du pouvoir est donc d'ores et déjà engagée. La gauche radicale, les Moudjahidines, la République islamique, ses réformateurs, ses sympathisants, et les opportunistes : tous convergent dans une même hostilité à l'égard de la dynastie Pahlavi. Pourtant, le monarque en exil demeure le seul à réunir les conditions nécessaires pour mener la période de transition : un apprentissage de souverain, une légitimité solide, un plan détaillé de reconstruction nationale, un soutien populaire croissant et une crédibilité internationale reconnue.
Les slogans pro-Pahlavi définissent ainsi la position politique en Iran et empêchent les autres factions de s'approprier la mobilisation.
Face à cela, les anti-Pahlavi ne disposent que d'une arme : la manipulation de l'information. Une méthode déjà employée contre le Shah d'Iran. Mais le contexte a changé. Le peuple iranien, mieux informé qu'hier et désormais doté d'outils technologiques, s'est rassemblé autour d'un leader non par nostalgie, mais par lucidité et par raison. Mes contacts en Iran me le confirment : ce sont les slogans entendus dans les rues, le ressenti profond des manifestations et la volonté d'un peuple déterminé à reprendre le projet interrompu de la modernisation de l'Iran.
Après la victoire de Khomeini, le Shah d'Iran, Mohammad Reza Pahlavi, confiant de son règne bienveillant, déclarait que la vérité ne resterait jamais cachée. Les slogans qui résonnent aujourd'hui à travers l'Iran semblent lui donner raison. Ce n'est pas le Pahlavisme qui a été renversé, mais la propagande islamo-gauchiste. Le Pahlavisme, lui, continue de régner au cœur de la société iranienne. Le retour tant réclamé de Pahlavi serait ainsi celui d'un Iran renouant avec son identité historique, perdue depuis l'occupation illégale de la République islamique.
Maëlie Kate Jalali, juriste et entrepreneure belgo-québécoise d’origine iranienne
(Jean-Pierre PREVEL / AFP)