Mojtaba Khamenei, le fils de l’ombre qui parachève la mue sécuritaire du régime iranien
Longtemps tapi derrière les murs du « bureau du guide », Mojtaba Khamenei accède au sommet de l’État iranien au terme d’une succession qui rompt avec l’esprit même de la révolution de 1979. Peu légitime sur le plan religieux, mais solidement arrimé aux gardiens de la Révolution et aux appareils de sécurité, le nouveau guide suprême apparaît moins comme un simple héritier que comme l’expression la plus aboutie d’un régime devenu, au fil des décennies, de moins en moins théocratique et de plus en plus sécuritaire.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
— Le fils d’Ali Khamenei hérite du cœur occulte du pouvoir iranien
— Faible religieusement, il est solidement arrimé aux appareils sécuritaires
— Sa nomination pourrait achever la mue militaire du régime
Sommaire
- Le fils du Bayt, ce centre occulte du pouvoir iranien
- Une légitimité religieuse faible, une légitimité sécuritaire forte
- Un nom associé à la répression
- Une succession dynastique pour sauver la continuité du régime
- Le récit du martyre comme levier de consolidation
- Vers une dictature militaire à façade cléricale
- Un homme plus dangereux parce que plus fermé
Il n’avait ni l’aura fondatrice de Rouhollah Khomeini, ni même la stature religieuse contestée mais acquise par l’exercice d’Ali Khamenei. Et pourtant, c’est lui qui se retrouve aujourd’hui au sommet de la République islamique. La désignation de Mojtaba Khamenei comme nouveau guide suprême ne se résume pas à une succession familiale dans un moment de guerre. Elle révèle, bien plus profondément, la nature du régime iranien au moment où celui-ci tente de survivre au choc de la mort de son chef historique, aux frappes extérieures et à l’érosion intérieure de sa légitimité.
À 56 ans, le deuxième fils d’Ali Khamenei devient le troisième guide suprême de l’Iran postrévolutionnaire. Le symbole est immense. Un pouvoir né en 1979 de la dénonciation de la monarchie et de l’arbitraire dynastique se transmet désormais de père en fils. Cette contradiction est au cœur du malaise que suscite sa nomination, y compris au sein d’une partie de la société iranienne. Mais elle dit aussi quelque chose de plus essentiel : si Mojtaba Khamenei a été choisi, ce n’est pas malgré cette dérive du régime, c’est précisément parce qu’il en est l’aboutissement.
Le fils du Bayt, ce centre occulte du pouvoir iranien
Pour comprendre Mojtaba Khamenei, il faut d’abord comprendre l’institution de laquelle il hérite. Le « Bayt-e Rahbari », la maison du guide suprême, n’est plus depuis longtemps un simple secrétariat religieux ou un organe d’intendance cléricale. Sous Ali Khamenei, ce bureau s’est transformé en véritable État dans l’État, au croisement de la sécurité nationale, du renseignement, de l’économie, des affaires étrangères, du contrôle idéologique et de la supervision de l’appareil d’État. Là où le bureau de Khomeini comptait quelques dizaines de collaborateurs, celui d’Ali Khamenei a pris une ampleur tentaculaire, avec des milliers de personnes directement intégrées et des réseaux démultipliés dans toute la structure du régime.
C’est dans cet univers que Mojtaba Khamenei a grandi politiquement. Sans fonction officielle, sans exposition publique régulière, il y a acquis au fil des années une réputation de régisseur de l’ombre, d’intermédiaire décisif, de gardien des accès et d’arbitre informel. Déjà, un câble diplomatique américain le présentait comme un homme central du « bureau du guide », proche d’Asghar Hejazi, l’un des principaux adjoints d’Ali Khamenei. Il était déjà perçu comme un « mini-guide suprême », conseillé par les ressorts d’un système qu’il connaissait intimement.
Autrement dit, Mojtaba n’arrive pas au pouvoir comme un novice surgissant du néant. Il n’est pas un successeur improvisé par la crise. Il est le produit mûri d’une longue préparation, un homme façonné dans les antichambres mêmes du pouvoir absolu. Quand certains opposants affirment qu'il y a quinze ans qu’il se prépare, la formule n’a rien d’une simple charge polémique. Elle résume un processus de consolidation silencieuse.
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