« Qui casse doit payer » : le MR veut responsabiliser les syndicats et aider les commerçants touchés
Après les violences à Liège et les incidents lors de la manifestation syndicale à Bruxelles, le MR passe à l'offensive. Bouchez veut responsabiliser financièrement les syndicats en cas de casse, tandis que Clarinval et Simonet activent des aides pour les commerçants touchés.
Publié par Demetrio Scagliola
Résumé de l'article
- Bouchez veut responsabiliser financièrement les syndicats lorsque des manifestations donnent lieu à des dégradations.
- Le MR durcit le ton face aux casseurs avec un principe : « Qui casse doit payer ».
- À Liège, David Clarinval et Eléonore Simonet activent plusieurs aides pour les commerçants touchés : chômage temporaire, facilités de paiement des cotisations sociales et droit passerelle.
Le MR lance une offensive sur deux fronts après les violences et les dégradations commises en marge de manifestations à Liège, Charleroi et Bruxelles. Les libéraux veulent durcir la réponse contre les casseurs et poser la question de la responsabilité des organisateurs de manifestations, tout en venant en aide aux commerçants qui ont subi les conséquences des émeutes à Liège.
Vendredi après-midi, après les incidents survenus en marge de la manifestation syndicale à Bruxelles, Georges-Louis Bouchez est revenu à la charge. La veille, le président du MR avait demandé aux syndicats de reporter leur mobilisation, compte tenu notamment des violences observées précédemment à Liège et Charleroi.
« Ce qui devait arriver arriva », lance-t-il dans une vidéo publiée après les incidents.
😳 Comme on pouvait le craindre, des violences importantes ont eu lieu lors de cette manifestation nationale.
— Georges-L BOUCHEZ (@GLBouchez) October 9, 2026
💸 De l’argent public gaspillé par des casseurs, des commerçants empêchés de travailler, des citoyens atteints par ces actions.
👊 Il est grand temps de responsabiliser… pic.twitter.com/2MmMuoGEYw
Bouchez cible directement les syndicats
Georges-Louis Bouchez rappelle avoir demandé « il y a plus de 24 heures » que la manifestation soit reportée de quelques jours, « le temps justement de neutraliser les casseurs, de faire en sorte que la tension diminue ».
Selon lui, les événements récents permettaient de craindre de nouveaux débordements.
« Compte tenu des images que nous avons pu voir à Charleroi, à Liège, nous pouvions craindre le pire lors de cette manifestation nationale. Et bien évidemment, ça n'a pas manqué », affirme-t-il.
Le président du MR évoque à la fois le coût des dégradations pour les pouvoirs publics, la pression supplémentaire exercée sur les policiers et les conséquences pour les commerçants et les riverains.
« C'est encore de l'argent public qui va être gaspillé, mais c'est aussi et surtout une surcharge pour nos forces de police, systématiquement sous pression face à des gens organisés, des gens structurés pour casser, pour créer de la révolte sociale », accuse-t-il.
Mais Georges-Louis Bouchez va plus loin en mettant directement en cause les organisations syndicales pour avoir maintenu leur manifestation.
« Ces syndicats n'ont rien voulu entendre. Je le dis clairement : ils ont donc une responsabilité dans ces actes. Ce sont eux qui ont généré, créé le contexte aujourd'hui qui a permis à ces débordements d'avoir lieu. »
Une initiative annoncée au Parlement
Le président du MR annonce dès lors vouloir avancer au niveau fédéral sur la responsabilité financière des syndicats lorsque des manifestations donnent lieu à des dégradations.
Pour défendre son raisonnement, il établit un parallèle avec le football.
« Je rappelle, puisque vous savez que je suis président d'un club de football, que les clubs de football sont responsables de leurs supporters. Et donc, quand des supporters entraînent des dégradations, des débordements, ce sont les clubs qui payent des amendes, qui ont des matchs à huis clos. »
Il estime qu'une logique comparable doit pouvoir s'appliquer aux organisations syndicales.
« Les organisations syndicales peuvent organiser n'importe quel mouvement, avoir des membres, des militants, ou en tout cas des gens qui gravitent autour de leurs manifestations, qui détruisent sans jamais être tenus responsables. Il est temps que ça change. La responsabilité, ce n'est pas que pour les autres. »
Le MR entend donc porter le dossier au Parlement fédéral « sans plus attendre ». Reste évidemment à déterminer la forme juridique que pourrait prendre une telle responsabilité et dans quelles circonstances elle pourrait être engagée, notamment lorsque les auteurs de violences ne sont pas membres des organisations à l'origine de la manifestation.
À Liège, le MR veut soulager les commerçants
Parallèlement à ce volet répressif, deux ministres MR annoncent des mesures destinées aux commerçants victimes des émeutes de ces derniers jours à Liège.
Le vice-Premier ministre et ministre de l'Économie David Clarinval rappelle d'abord que les entreprises dont l'activité est devenue temporairement impossible en raison des dégradations peuvent, sous certaines conditions, recourir au chômage temporaire pour force majeure pour leurs travailleurs.
« Nous voulons aider les commerçants touchés par le vandalisme à Liège. Concrètement, cela peut concerner un commerce dont les locaux ne peuvent plus être occupés en sécurité, dont les installations indispensables sont détruites, ou dont l'accès est interdit par les autorités », explique-t-il.
Les commerçants concernés sont invités à prendre rapidement contact avec l'ONEM ou leur secrétariat social et à réunir les justificatifs nécessaires : photos, constat de police, éventuelle décision de fermeture, estimation de la durée des réparations et personnel concerné. Les dossiers seront examinés au cas par cas.
Report de cotisations et droit passerelle
La ministre des Indépendants et des PME Eléonore Simonet annonce de son côté plusieurs mesures concernant les cotisations sociales.
« Les émeutes ne sont plus une manifestation. BE-Alert a demandé à des commerçants de fermer. Des commerces ont été pillés, des vitrines brisées. Les indépendants paient l'addition pour une violence qui n'a rien à voir avec leur boutique. C'est inacceptable », affirme-t-elle.
Et la ministre reprend le mot d'ordre du MR : « Qui casse doit payer ! »
Les indépendants ayant subi des dommages à Liège pourront notamment obtenir un report d'un an maximum du paiement de leur cotisation sociale provisoire du quatrième trimestre 2026, jusqu'au 15 décembre 2027. Ce report n'aura pas d'incidence sur leurs droits sociaux.
Ils pourront également, sous certaines conditions, demander une réduction de leurs cotisations provisoires ou introduire une demande simplifiée de dispense pour le quatrième trimestre. Dans ce dernier cas, le trimestre dispensé ne comptera toutefois pas pour la constitution des droits à la pension, sauf régularisation ultérieure.
Enfin, les indépendants et PME contraints d'interrompre leur activité à la suite des dégradations pourront, lorsqu'ils remplissent les conditions, solliciter le droit passerelle, qui prévoit une prestation financière ainsi que le maintien de certains droits sociaux pendant l'interruption.
Après plusieurs jours de violences, le MR cherche ainsi à imposer une ligne politique claire : soutenir ceux qui subissent les dégradations, mais aussi faire supporter davantage leurs conséquences financières à ceux que le parti considère comme responsables des débordements.