Squat à Woluwe-Saint-Pierre : « Je m’étonne que des élus encouragent le principe de violation de la propriété privée »
À Woluwe-Saint-Pierre, l’occupation d’un immeuble de l’avenue de Tervueren cristallise une fracture désormais classique à Bruxelles : entre légalisme assumé, tentation militante et exaspération croissante des riverains, le dossier révèle les impasses d’une politique du logement sous tension.
Publié par Harrison du Bus
Résumé de l'article
— Une occupation contestée au 182 avenue de Tervueren relance le débat entre droit de propriété et urgence sociale, dans l’attente d’une décision judiciaire imminente.
— Au conseil communal, la gauche plaide pour une solution négociée, tandis que le MR insiste sur le respect strict de l’État de droit et des compétences institutionnelles.
— Sur le terrain, des riverains dénoncent une dérive politique et s’inquiètent d’un climat dissuasif pour la classe moyenne, déjà fragilisée à Bruxelles.
La situation à Woluwe-Saint-Pierre autour de l’occupation du bâtiment situé au 182, avenue de Tervueren continue à faire couler beaucoup d’encre et à inquiéter de nombreux riverains.
Une interpellation citoyenne a eu lieu mardi soir au conseil communal. Plusieurs dizaines de personnes étaient présentes dans la salle, mais assez peu de personnes étaient de la commune. Le comité de riverains avait, lui, décidé de ne pas venir au conseil communal, estimant que celui-ci n’était pas le lieu pour discuter d’un problème qui concerne plutôt le pouvoir régional, responsable de la politique du logement, et considérant qu’il fallait aussi attendre la décision judiciaire.
Une audience s’est tenue ce mercredi matin devant la Justice de paix, suite au dépôt par le propriétaire de l’immeuble squatté d’une requête unilatérale visant à expulser les squatteurs. Une décision est attendue dans les prochains jours.
Durant le conseil communal, les partis DéFI, Ecolo et PS ont pris le parti de défendre les activistes et de laisser les personnes occuper le bâtiment, en signant par exemple une convention temporaire d’occupation et en faisant pression sur le propriétaire pour qu’il agisse en ce sens.
Le bourgmestre, lui, selon des propos rapportés par nos confrères de la Dernière Heure, a signalé qu’il « ne dispose pas de moyens pour contraindre qui que ce soit. On me demande une médiation, mais elle nécessite l’accord des deux parties. Or, ce n’est pas le cas. »
Au sein de la majorité, Étienne Dujardin, conseiller MR, rappelle que « La politique du logement n’est pas une compétence communale mais plutôt régionale et fédérale. Je ne suis donc pas sûr que le niveau communal soit le niveau de pouvoir compétent pour parler des problèmes plus larges du logement à Bruxelles. Deuxièmement, je pense que, dans un État de droit, il y a des règles à respecter. On n’organise pas la solidarité en violant les principes de base de la propriété privée. On respecte les décisions de justice et, ici, cela sera aussi un débat judiciaire entre propriétaire et squatteurs. Les élus doivent aussi respecter le principe de séparation des pouvoirs. Troisièmement, dans ce genre de dossier, on doit aussi tenir compte des riverains, qui eux aussi souhaitent que le droit soit respecté et qu’on ne commence pas à multiplier les squats dans la commune. Il faut évidemment trouver une solution pour les personnes qui risquent de se retrouver à la rue, mais pas en violant le droit, plutôt en changeant de cap dans la politique du logement bruxelloise. Ce drame que nous vivons ici est aussi le résultat de 20 ans de politique de gauche à la Région. »
Florentine Röell, Ecolo-Groen, dénonce, elle, toujours dans la Dernière Heure, un manque de volontarisme du bourgmestre : « Il se limite à une lecture juridique sans tenter de dégager une solution humaine. »
Contactés par nos soins, plusieurs riverains sont assez étonnés par la position des élus PS, Ecolo ou DéFI au conseil communal lors de l’interpellation citoyenne : « Ils prônent une médiation, mais qu’ont-ils fait pendant 20 ans aux commandes de la Région pour éviter les situations de pauvreté dans la Région ? »
Céline, habitante de l’avenue de Tervueren, est encore plus sévère : « C’est la deuxième fois que cela arrive avenue de Tervueren. Je ne comprends pas que certains élus encouragent la violation de la propriété privée. La classe moyenne quitte Bruxelles. Pensez-vous vraiment que c’est en laissant s’installer des squats à Woluwe-Saint-Pierre qu’on va convaincre des gens de rester à Bruxelles ? Or, la Région a de plus en plus besoin de sa classe moyenne pour continuer à être solidaire et à financer un cadre de vie pour les plus nécessiteux. Mais cela doit se faire dans les règles, et ni par la force ni par la pression d’activistes qui, pour la plupart, n’ont rien à voir avec le quartier. »
*Étienne Dujardin est le directeur du média 21News.